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Texte 1

Son fils avait cessé de vivre… Avec cette façon de se mouvoir, un peu comme des marionnettes, de ceux qui perdent pied dans le chaos de leur vie brisée, la Fedina éleva le cadavre, qui ne pesait guère plus qu’une coquille sèche, jusqu’à son visage fiévreux. Elle l’embrassa. Elle le caressa. Soudain, elle se mit à genoux ; un reflet couleur de paille filtrait sous la porte. Afin de mieux voir la dépouille de son petit, elle s’inclina vers l’endroit où la lumière de l’aube glissait un rayon de clarté, au ras du sol, presque sur la fente.

Avec sa petite figure ridée comme la peau d’une cicatrice, deux cercles noirs autour des yeux, les lèvres terreuses, il ressemblait plus à un fœtus qu’à un enfant de plusieurs mois – un fœtus dans des langes. Elle le retira en hâte de la clarté, le serrant contre ses seins gonflés de lait. Elle se plaignait de Dieu dans un langage inarticulé, des mots baignés de pleurs ; par moments son cœur s’arrêtait et, comme un hoquet d’agonie, sans cesser ses plaintes elle balbutiait : Mon fils… fils !…  fils !…  fils !…

De qui est ce texte ? 

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Texte 2

Nous avons ajouté quelques lignes du texte pour mieux orienter votre recherche d’une chute

Comme d’habitude, Mme Klara emmena son petit garçon, cinq ans, au jardin public, au bord du fleuve. Il était environ trois heures. La saison n’était ni belle ni mauvaise, le soleil jouait à cache-cache et le vent soufflait de temps à autre, porté par le fleuve.

On ne pouvait pas dire non plus de cet enfant qu’il était beau, au contraire, il était plutôt pitoyable même, maigrichon, souffreteux, blafard, presque vert, au point que ses camarades de jeu, pour se moquer de lui, l’appelaient Laitue. (…)

Madame Klara était assise sur un banc, occupée à tricoter, et le soleil la nimbait d’un halo. Son petit garçon était assis, bêtement désœuvré, à côté d’elle, il n’osait pas se risquer dans l’allée avec son fusil et il le manipulait avec maladresse (…)

« – Allons, Dolfi, va jouer, l’encourageait Mme Klara, sans lever les yeux de son travail.

– Jouer avec qui ?

– Mais avec les autres petits garçons, voyons ! vous êtes tous amis, non ?

– Non, on n’est pas amis, disait Dolfi. Quand je vais jouer ils se moquent de moi.

– Tu dis cela parce qu’ils t’appellent Laitue !

– Pourtant moi je trouve que c’est un joli nom. à ta place, je ne me fâcherais pas pour si peu. »

Mais lui, obstiné : « Je veux pas qu’on m’appelle Laitue ! »

(…) Quelques pages plus loin, après avoir été lynché par ses petits camarades qui lui ont tendu un piège : Saignant du nez, les genoux couronnés, couvert de terre de la tête aux pieds, il alla retrouver sa maman dans l’allée.

« Mon Dieu ! Dolfi, qu’est-ce que tu as fait ? » Elle ne lui demandait pas ce que les autres lui avaient fait, mais ce qu’il avait fait, lui. Instinctif dépit de la brave ménagère qui voit un vêtement complètement perdu. Mais il y avait aussi l’humiliation de la mère : quel pauvre homme deviendrait ce malheureux bambin ? Quelle misérable destinée l’attendait ? Pourquoi n’avait-elle pas mis au monde, elle aussi, un de ces garçons blonds et robustes qui couraient dans le jardin ? Pourquoi Dolfi restait-il si rachitique ? (…) Elle essaya d’imaginer son fils dans quinze, vingt ans. Elle aurait aimé se le représenter en uniforme, à la tête d’un escadron de cavalerie (…) Mais elle n’y arrivait pas (…) Elle le voyait (…) penché sur le banc de l’école, penché sur la table de la maison, penché sur le bureau d’une étude poussiéreuse. Un bureaucrate, un petit homme terne. Il serait toujours un pauvre diable, vaincu par la vie. »

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