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Par Christophe Laventure

Partout j’écris

Encre mutine
Encre orpheline
Bleue, noire
Sur du papier à boire
Plume d’oie, plume d’acier
Au crayon coloré
Minuscule, majuscule
En lettres funambules
Avec la bouche, avec les mains
Sur un ventre, sur des reins
Sur des fesses, sur des lèvres
À la façon d’un orfèvre
Au crayon à papier
Un jour de janvier
Sur nos cœurs, sur nos larmes
Le poète a une arme
Partout j’écris
Je suis Charlie

 

Par Emilie Boré

Delta Charlie Delta

Gommés de la terre en rafale
Eux qui voulaient encore jouer.
Mauvais joueurs au jeu de balles,
Ce qu’ils aimaient: c’est dessiner.

Ils ont perdu au jeu de balles,
(Un jeu qu’ils trouvaient tous truqué) ;
Alors ils ont quitté la salle
Sur la pointe de leurs HB

Nous pleurons tous, c’était fatal
Mais maintenant il faut chanter.

 

Leonnic Asurgi

Meilleurs veules : ne pas mettre là Charlie devant les boeufs

Meilleurs veules : ne pas mettre là Charlie devant les boeufs
Veules, lâches !
Veulent l’âge des cavernes,
Volent l’âge de raison, à tort,
Volages malgré les interdits,
Violent l’âge canonique (qu’avec un canon ils niquent)
Veaux agités, ne pas mettre là Charlie devant ces bœufs
Violent a giorno la loi,
A vau-l’eau, de bon aloi,

Paradent, dogmes attisent, stigmatisent,
Paradigmes,
Paradent, dînent,
Scélérats dignes,
Les rats dinent, ragotent,
Les rats dotent, radotent, médusent,
Noient le poison.

A l’horizon leurs idéaux s’alignent,
De proche en proche se confondent,
A l’infini se superposent,
Puisque l’infini ment

Charlie ne les as pas attendus pour se faire harakiri,
Flingué avant-hier, Charlie est ressuscité, la passion re-suscitée, c’est l’an zéro.
« Ne pas être anarchiste à seize ans, c’est manquer de cœur,
L’être encore à quarante ans, c’est manquer de jugement »,
Disait (de lui-même) George Bernard Shaw (en cabotinant).
Charlie Hebdo est né il y a quarante ans,
Comme moi, normal, je suis Charlie.

Sans caricaturer, Nul n’est prophète en son pays.

Par Delphine LAURENT

CHARLIE EN ACROSTICHE

Nos Crayons sont brisés.

Honte

Aux Artisans de la haine !

Mais nous Riposterons pour nos

Lecteurs et notre pays.

Nos Idées ne sont pas mortes !

Ensemble, nous sommes CHARLIE.

 

 

Analogie avec le 11 Septembre (ndlr)

A DOUBLE TOUR

Par Delphine LAURENT

 

Il ôta sa veste qui lui donnait l’impression d’être enfermé dans une armure et desserra sa cravate d’un geste rageur. Campé devant la baie vitrée, il regardait sans la voir la ville qui, loin sous ses pieds, bourdonnait d’activité, telle une ruche industrieuse, indifférente aux préoccupations de ses habitants. Dans quelques minutes, Paul allait devoir assurer la présentation de la campagne pour cette nouvelle crème visage révolutionnaire, sur laquelle il planchait depuis des semaines et que son agence espérait bien décrocher. Quelques mois auparavant, cet enjeu l’aurait galvanisé, mais aujourd’hui, il s’en moquait comme de son premier slogan.

Toutes ses pensées étaient tournées vers Elle, et Elle, en l’occurrence, ne désignait pas la publicité. Plongeant la main dans sa poche, il en extirpa son téléphone portable et appuya sur la touche d’appel pour accéder au dernier numéro composé, mais une fois de plus, il fut basculé directement sur la messagerie vocale. Il raccrocha en jetant un regard torve à l’appareil. S’asseyant à son bureau, il exhuma d’un tiroir la lettre qu’il avait trouvée jour pour jour un an auparavant, posée sur l’oreiller à côté du sien. Il n’avait jamais eu besoin de la relire : les mots étaient restés gravés sur sa rétine, indélébiles. De ses doigts fébriles, il tira le papier de l’enveloppe, le déplia et comme pour célébrer cet anniversaire, commença à lire.

« Paul,

Je ne suis pas celle que tu crois. Ainsi, j’ai décidé de coucher sur le papier les mots que je redoute tant de te dire. Si j’ai attendu si longtemps avant de te l’avouer, c’est que je me mentais à moi-même. Je me disais qu’après tout, ce n’était pas si important. Or, je me trompais. Je ne veux pas que notre histoire soit basée sur un mensonge. Je ne suis pas Jessica. Je suis… Juliet, sa sœur jumelle. Ma sœur m’avait raconté ce rendez-vous qu’elle avait eu avec ce gars qui travaillait dans la publicité, un homme agréable, intéressant et pas dénué de charme. Elle avait été frappée par son honnêteté, lorsqu’il lui avait avoué qu’il ne s’était inscrit sur ce site, qu’afin que son meilleur ami arrête sa croisade contre son célibat ! Néanmoins, elle n’avait pas ressenti le doux picotement des ailes du papillon au creux de son estomac. Pour ma sœur, la seule flamme qui avait brûlé ce soir-là, c’était celle du petit photophore posé au centre de la table. Mais lorsqu’elle s’était connectée au site pour me montrer la photo de cet homme, ce n’était pas un papillon qui était venu me chatouiller les entrailles, c’était… toute la « section lépidoptères » du Musée d’Histoire Naturelle ! Quand tu as voulu la revoir, j’ai pris sa place. Tu connais la suite. » (…)

Cet aveu avait mis fin à leur relation. Paul ne l’avait plus jamais contactée à l’issue de ce jour. Amertume, colère, frustration : il était passé par toutes les étapes du dépit amoureux, pour finalement réaliser des mois plus tard que ce qu’elle avait fait lui était égal. Jessica, Juliet… Peu importait son identité, il l’aimait. La veille, il s’était enfin décidé à tout oublier, à dire à Juliet qu’il voulait qu’elle partage ses plats chinois, son dentifrice, son lit, bref… sa vie ! Il avait campé de longues heures en bas de son immeuble, mais avait trouvé porte close. Depuis, il éprouvait une empathie toute nouvelle pour les harceleurs de tous poils, car avec la trentaine de messages qu’il avait laissés sur le répondeur de la jeune femme – tous plus pitoyables les uns que les autres – il aurait bien mérité une ordonnance restrictive ! Mais qu’à cela ne tienne, il savait où la trouver. Elle entendrait son mea-culpa, dût-il dresser un bivouac dans le hall d’accueil de l’immeuble où elle travaillait.

Le regard brûlant et le cœur tambourinant dans sa poitrine comme s’il venait de gravir trente étages en courant, il déchira la lettre, l’abandonna sur son sous-main et sortit en trombe de son bureau. Il bouscula une secrétaire et évita de justesse la collision avec le chariot du courrier. Ignorant les vociférations de son collègue, qui, le voyant filer à l’anglaise, avait deviné que la fameuse crème miracle allait sous peu lui donner des rides, Paul se rua dans l’ascenseur.

Il était neuf heures moins le quart. Un sourire radieux éclairait son visage quand la cabine se referma. Il savait qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. Aucun doute là-dessus. Exactement une minute plus tard, l’explosion éclata dans la Tour Nord, où était basée l’agence publicitaire qui employait le jeune homme. A New York ce matin-là, deux jumelles s’éteindraient. Elles ne s’appelaient ni Jessica, ni Juliet.

 

Par Sabrina Meder

Sabrina MEDER

 

Je suis Charlie

La liberté massacrée

La France

Nous

Moi

Non à la dictature

De la terreur

Non à la censure

Ecrire et dessiner en étant engagé

Est devenu un acte de bravoure

Restons debout

Je ne veux pas vivre agenouillée

Mon crayon est mon arme

Tes pensées le sont aussi

Attention avec quels idées tu te marrie

Le côté que tu choisiras est essentiel

Pour cette nouvelle étape :

Ta posture républicaine

Restons unis :

C’est notre force mon cher ami

Notre combat est le même

Evitons les amalgames

Non à la censure

Nous restons debout

Dans le calme et la dignité

Ne nous mettons pas à leur niveau

Continuons à penser

Continuons à dire et à vivre

Comme nous le voulons

Vive la Liberté

 

L’insoumise

 

Soy Charlie

La libertad ha sido masacrada

Francia también

Nosotros

Yo

No a la dictadura del terror

No a la censura

Escribir y dibujar estando comprometidos

Se ha vuelto un acto de bravura

Quedémonos parados

No quiero vivir de rodillas

Mi lápiz es mi arma

Tus pensamientos también

Cuidado con que ideas te casas

Estar de un lado o del otro es esencial

Para esta nueva etapa:

Tu postura republicana

Quedémonos unidos:

Esa es nuestra fuerza querido amigo

Nuestro combate es el mismo

Evitemos las amalgamas

No a la censura

Quedémonos parados

En la calma y la dignidad

No nos pongamos a su nivel

Continuemos a pensar

Continuemos a decir y a vivir

Como lo deseamos

Viva la Libertad

 

La insumisa

Par Gaëlle Chevet

Le chevalier Charlie

Charlie était un chevalier atypique. Il combattait ses adversaires avec un simple crayon de papier. Il les bombardait de ses dessins humoristiques, armé de sa plus belle plume, un sourire enfantin au coin des lèvres. Il savait que le plus dur était de faire naître un sourire sur le visage de son opposant. Une fois que ce dernier avait esquissé le premier signe d’amusement, la partie était gagnée, car il était parvenu à trouver un terrain d’entente, un atome crochu, une première pierre pour fonder une nouvelle amitié. Ainsi avait-il triomphé de tous ses ennemis.

Un jour, un combattant fit irruption dans son cabinet de travail. L’homme avait le visage masqué par un long foulard noir, qui ne laissait même pas deviner ses yeux. Il déclara d’une voix accusatrice :

« Charlie, chevalier impie. Tes dessins moquent mon peuple. Tu dois mourir ! »

Sur ces mots, il brandit une lourde épée d’acier, attaquant le chevalier de front. Charlie s’empara aussitôt de son crayon. De sa pointe surgit une caricature de Mahomet. Le dessin fit office de bouclier contre l’offensive de son adversaire, détournant le coup tranchant. Le chevalier rit de son esquisse, fixant son adversaire pour tenter d’apercevoir son expression. Mais le combattant ne laissa rien transparaître derrière son masque. Il rugit de nouveau :

« Tu ris de notre Prophète. Brûle ! »

Au même instant, des flammes jaillirent de son épée, droit vers Charlie. Cependant, le chevalier était plein de ressources. Fendant l’air de son crayon, et constatant que son opposant peinait à plaisanter de ses convictions, il propulsa d’innombrables caricatures. Cette fois, les dessins proposaient des blagues sur tout ce qui pouvait exister : les chrétiens, les bouddhistes, les juifs, les noirs, les blancs, les homos, les hétéros… Tout ce qui peuplait le monde fut projeter sous forme humoristique face au combattant. Et Charlie lui adressa son sourire le plus innocent, le plus sincère, le plus amical.

Le feu brûla toutes les esquisses du chevalier. Lorsque la fumée et les cendres se dispersèrent, Charlie était convaincu de rencontrer un visage jovial. Son adversaire avait forcément été amusé par au moins un des dessins.

Son foulard avait été emporté par le souffle de l’attaque. Pourtant, ce que découvrit le chevalier derrière ce masque le glaça. Dans les yeux du combattant, un mot brûlait de flammes démoniaques : fanatisme.

Charlie comprit aussitôt pourquoi l’homme n’avait pu rire de ses caricatures. Il était aveuglé par ce mot. Le chevalier fouilla dans sa poche à l’aide de sa main libre. Il cherchait une gomme. Il avait l’intention d’effacer ce mot ignoble des yeux du combattant. Ainsi, il recouvrerait la vue et ils seraient en mesure de devenir amis.

À peine Charlie eut-il glissé sa main dans sa poche que son adversaire sortit une arme à feu du néant. Il tira une salve de balles, sans manifester la moindre émotion, les lettres enflammées brillant d’une lueur malfaisante dans ses yeux aveugles. Le corps du chevalier fut propulsé en arrière. Son bras décrivit un arc de cercle vers le plafond tandis que ses doigts laissaient échapper son fidèle crayon. Il s’écroula sur le sol, le corps inerte. Mort. Le combattant était alors convaincu d’avoir remporté la victoire.

Cependant, lorsque la plume heurta le sol, elle se brisa en milliers, en millions, en milliards de morceaux qui se dispersèrent aussitôt. Ils voyagèrent à travers le monde, empruntant les routes, traversant les rivières, gravissant les montagnes, s’insinuant dans les profondeurs les plus impénétrables, envahissant les villes et les champs. Ils se dispersèrent sur l’ensemble de la planète. Alors, face à ce drame, des milliers, des millions, des milliards d’êtres humains prirent le fragment de crayon de Charlie dans leur main. Cette plume symbolique, ils la dressèrent au-dessus de leur tête et, d’une même voix, scandèrent :

« Je suis Charlie. »

 

Gaëlle Chevet

Par Monique DAHAN

Liberté chérie

J’ai la chance de vivre sur les bords de la Méditerranée, sous son ciel souvent bleu, où les étés sont chauds et les hivers doux. C’est pourquoi j’ai pris l’habitude de m’installer, presque tous les matins, vers dix heures, à la terrasse d’un café, sur la place du marché. Je commande une « noisette » : un petit noir avec une trace de lait dedans et je regarde passer les gens. Mais depuis que trois « fous de Dieu », trois paumés, des lâches sans discernement, ont assassiné des innocents pour l’insolence de leurs idées ou pour leur religion, j’ai conscience de ce que ce plaisir simple, ce petit bonheur quotidien comme il y en a des milliers, n’est possible que parce que je suis libre ! Libre de faire ce que je veux, libre de penser et d’exprimer mes idées sans crainte, libre d’entreprendre, libre d’exercer ma foi ou de ne pas en avoir, LIBRE … LIBRE !!

Les millions de Français qui ont défilé dans toutes les villes et les villages de notre beau pays, ont pris brutalement, eux aussi, la mesure de ce que représentent les libertés individuelles ; ils ont compris qu’elles ne sont pas acquises à tout jamais : des milliers d’hommes et de femmes sont morts pour que nous puissions aujourd’hui en jouir. Il nous appartient de les protéger pour que les générations à venir vivent debout, libres elles aussi ! Ce dimanche de communion nationale nous a fait grandir, découvrir qu’au-delà de nos vies individuelles, il y a l’intérêt suprême de la Nation, et que nous devons savoir dépasser nos propres préoccupations pour que la France soit éternellement un pays où il fait bon vivre. Terre des Droits de l’Homme, patrie des grands philosophes des Lumières dont les idées ont fondé l’ère moderne et permis l’instauration de la démocratie, la France doit continuer à montrer l’exemple d’un peuple rassemblé autour des valeurs cardinales que sont la Liberté, l’Egalité et la Fraternité. Et ce n’est pas par hasard que quarante chefs d’Etats se sont réunis à Paris pour défiler, à pied eux aussi, dans les rues de notre capitale.

Ce moment de grâce où tout le monde s’est senti « Charlie », juif, adepte de l’Islam  ou policier, doit être le début d’un nouvel élan. Nous aurions pu naître au Pakistan, en Irak, au Mali ou dans l’un de ces pays ravagés par une vague létale d’obscurantisme et de barbarie, et connaître la peur, l’oppression et l’arbitraire. Mais puisque nous avons eu le bonheur de voir le jour dans notre douce France, alors aimons-la encore plus fort, et unissons-nous pour que, tel un phare, elle guide les peuples en danger vers la paix et leur renaissance.

Vive le République ; vive la Démocratie ; vive la France

Monique DAHAN

Par Paul Garcia

Vous aurez beau !

Vous aurez beau tirer sur nous, sur ceux qui ont tiré un trait sur leur canson, mettant en avant un trait d’humour pour mieux lancer un trait d’union entre toutes les personnes qui ont pour morale : la vie, la liberté, l’amitié et l’amour, vous n’arriverez pas à nous détruire d’un trait de haine.

Mais pour comprendre ce message, auquel vous avez répondu par un trait de sang, il faut être humain, digne de ce qualificatif, ouvert d’esprit et de tolérance et avoir un peu d’humour. Mais à cela vous êtes étrangers, tant vous vous êtes drapés dans une idéologie qui trahit la religion que vous voulez défendre. La haine a pris le pas sur la tolérance, la barbarie, associée à l’obscurantisme, vous fait commettre d’affreux crimes que vous faîtes subir, sans distinction, à tout être humain, même à vos frères, qui défie votre folie.

Si vous avez l’ambition de nous affliger de telles horreurs, vous aurez toujours face à vous, debout, des hommes, des femmes, des enfants de toute culture, de toute confession prêts à vous combattre avec des armes humaines telles que : tolérance, considération, respect, amour et liberté. Alors arrêtez votre vil combat, il est vain, malsain car même d’un trait de sauvagerie vous ne pourrez jamais nous éliminer, nous tous les Charlie et êtres libres. A cause de vous, pauvres débiles, de peine, j’ai les traits tirés.

Par Cyrille Godefroy

 

L’esprit de Voltaire à terre

 

 

 

7 janvier 2015. Un bureau, parmi tant d’autres, perdu dans la grisaille parisienne. Des coups de crayons, des éclats de rire, une camaraderie badine et égrillarde, des imaginaires vierges de tout joug, une sauvage inspiration délestée de toute censure. Une pièce où tout semble possible.

En effet, une porte s’ouvre. Et l’obscurité tombe en plein midi. Les paupières se ferment les unes après les autres. Les emprises sur les stylos, ces petites tours, se desserrent tragiquement. Les dessins s’imprègnent de carmin. Des hommes, des artistes, des copains tombent à terre, à l’unisson ou presque. Mauvaise chute.

Ce ne sont pas seulement des corps qui s’écroulent en ce mercredi 7 janvier 2015, c’est aussi l’esprit de Voltaire que tentent d’assassiner les terroristes. Du 11 septembre au 7 janvier, il n’y a qu’un pas meurtrier, un océan d’inhumanité.

 

Quel est le message adressé au monde par ces ombres encagoulées se réclamant du prophète Mahomet ? Que ceux qui osent remettre en question ou brocarder les symboles de leur structure identitaire et religieuse s’exposent à des représailles fatales. Le djihad prôné par les terroristes n’admet ni la légèreté ni la discussion. Il se nourrit de violence et d’oppression. Il sous-tend un désir irrépressible de domination et d’expansion.

 

Qu’est-ce qu’un terroriste si ce n’est un être paumé, souvent désocialisé, sans réelles perspectives,  qu’il soit d’origine française ou étrangère. Il puise dans l’adversité, le combat et la destruction le gage de son existence, jusqu’à son ultime extrémité… la mort. Le terroriste s’affirme par l’éradication systématique de ce qui offense le cœur de son identité auquel il s’est aveuglément aliéné durant son embrigadement (via internet et/ou un voyage dans un camp djihadiste).

On ne naît pas terroriste, on le devient. Le terroriste, avant de devenir un tueur, est un individu qui se cherche, vivotant dans un flou existentiel, balloté entre la prison, les potes, les petits trafics, le vide affectif et culturel. Il aspire à appartenir à un groupe, à adhérer à une cause qui fera de lui un acteur de sa vie, voire un exemple à suivre. Il désire ardemment sortir de sa condition de pantin ou de rebut de la société. Un peu comme tout à chacun. Le terroriste prend simplement le pire chemin.

Et il faut bien l’admettre : le terrorisme est aussi le symptôme d’un modèle occidental malade, anémié.

 

Au 18è siècle, Voltaire demeurait déjà démuni face à l’obscurantisme : « Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ». Menacé par ce péril fanatique, quelle attitude doit adopter l’occident qui demeure malgré tout un îlot de paix et de liberté ? Dans un monde nouveau où les populations se brassent, où les nationalités s’entremêlent, il serait étriqué, tardif et illusoire de procéder à la fermeture des frontières et au repli sur soi-même.

La responsabilité de cet enjeu est évidemment d’ordre politique mais elle relève également d’un mouvement individuel dans le sens où chacun doit apprendre à vivre avec l’autre, avec sa différence, son étrangeté qui n’est du reste qu’apparente et superficielle. L’homme libre occidental se fourvoierait s’il se recroquevillait dans la défiance et la stigmatisation.

Cette posture est difficile à tenir car l’homme occidental est lui-même fragilisé à bien des égards, corrodé par de multiples fléaux, en particulier le consumérisme, le matérialisme, le vide spirituel qui s’engouffre dans le sillage du compresseur économique. Nos démocraties valorisent démesurément la richesse, le pouvoir, la célébrité, la productivité au détriment du vivre ensemble et de la création intérieure.

 

Puisse notre modèle conserver suffisamment de consistance et de souffle pour ne pas fustiger aveuglément l’ensemble de la communauté musulmane et sombrer dans un conflit civilisateur.

Puisse notre modèle concentrer uniquement sa réponse sur les fanatiques, leur organisation, leur mode d’action, mais également en amont sur les facteurs d’émergence de ce fanatisme, qu’ils soient éducatifs, culturels ou socio-économiques.

 

Bien avant cet attentat visant Charlie Hebdo, l’esprit des Lumières dans notre pays s’était déjà ramolli, essoufflé, affaissé. La pensée s’était insidieusement racornie, lézardée, aseptisée. De plus en plus, l’invective, l’intolérance, la moraline, le politiquement correct contribuaient à asphyxier les échanges.

 

Cet attentat vient nous rappeler que la liberté d’expression peut s’éteindre à tout moment telle la flamme d’une bougie exposée aux vents mauvais. Il revient à chacun de se comporter de telle façon à ce que la liberté, le respect d’autrui, la tolérance mais aussi l’impertinence, l’humour, la singularité perdurent et s’étendent aux régions qui n’en jouissent que partiellement.

Puisse ce mercredi 7 janvier servir d’électrochoc et stimuler cet esprit, cette vigueur que nous avons hérités des lumières !

Par Laure Hadrot

Je suis Maman

Récit

Le 7 janvier 2015, un terrible attentat est commis contre le journal Charlie Hebdo. Quelques heures plus tard, un graphiste français, Joachim Roncin, crée le slogan qui deviendra planétaire : « Je suis Charlie ».

Le 9 janvier 2015, deux attaques terroristes viennent secouer la France déjà durement éprouvée par les évènements du mercredi précédent. Les slogans « Je suis Charlie » se répandent de plus en plus, et sont repris en masse par les réseaux sociaux.

Le 11 janvier 2015, une immense manifestation se regroupe à Paris. Les plus grands dirigeants sont là, à côté des plus anonymes des français. Tous sont des Charlie, tous arborent la désormais célèbre pancarte aux lettres blanches sur fond noir « Je suis Charlie ».

Tous se retrouvent dans ce texte simple, devenu un moyen de se serrer les coudes dans une France meurtrie et inquiète pour son avenir.

Tous n’y voient pas pour autant la même signification. Sans vouloir faire de la sociologie de bas niveau, ce slogan signifie pour certains « Je suis pour la liberté d’expression » ; pour d’autres : « Je suis solidaire des victimes des attentats. » ; pour d’autres encore : « Je suis français, pays de Voltaire, pays de la liberté, égalité, fraternité. » ; pour d’autres également ; « J’y étais, j’ai manifesté mon soutien et ma solidarité nationale dans la grande manifestation. »

D’autres enfin l’interpréteront encore différemment, peu importe, ce qui compte surtout, à mon sens, c’est qu’il s’agit d’un message positif, un message de reconstruction qui aide à voir l’avenir moins noir.

Le 16 janvier 2015, je suis emmenée en urgence à l’hôpital. Cette fois, et c’est bien naturel, cela émeut tout au plus une dizaine de personnes, et encore, en comptant large.

Je vais devoir passer quelque temps hospitalisée, loin de ma famille tant aimée, loin de l’homme de ma vie et des trois adorables poupées que nous avons conçues ensemble.

Je suis très triste de cette situation, mon mari également, les petites aussi même si elles ont plus de mal à réaliser.

Alors, pour me réconforter, améliorer mon moral et me redonner de l’espoir, mon mari a une idée géniale. Celle de faire réaliser aux petites des pancartes sur lesquelles sont écrits ces trois mots simples qui résonnent désormais dans ma tête comme une douce musique : « Je suis maman ».

Tous quatre sur la photo arborent fièrement ce message, même si mes filles doivent avoir du mal à en saisir le sens : « Je suis maman », cela veut dire que moi aussi je suis une maman ? maman de mes poupées, maman de mes petites sœurs ? Et papa qui dit qu’il est maman va-t-il se transformer en maman pour la remplacer le temps de son absence ?

Peu importe au fond, ce qu’elles en comprennent, ce qu’elles savent, c’est qu’elles posent pour la photo avec cette pancarte à la main pour dire à maman qu’elles l’aiment. L’aînée avec le plus grand des sérieux, les petites jumelles tâchant comme d’habitude de copier leur grande sœur, l’une avec l’air intrigué et interrogatif, l’autre plus coquine et mutine. Quant à mon mari, il a son bon sourire amoureux que j’aime tant et qui me touche énormément.

En voyant cette photo, je suis émue aux larmes. Car je comprends bien le message que mon mari a voulu faire passer : nous sommes avec toi, nous sommes solidaires de ta souffrance, tu es une partie de nous, nous avons besoin de toi, nous t’aimons.

Merci, mon amour, de m’avoir fait ce beau cadeau, cette photo m’accompagnera jusqu’au restant de mes jours.

 

Par Jean-François FOLL

Aux armes Citoyens ! Sortez vos taille-crayons…

 

Hasard du calendrier ou dérèglement climatique ?

Cette année, le  11 septembre tombait le 7 janvier !

Et en ce mois de janvier 2015, il y a des soldes monstres chez Charlie hebdo

Tout doit disparaître. Mais attention faites vite !

Dans cette sorte d’Hara-Kiri…stourne sur le dessinateur satyrique

Beaucoup de modèles sont déjà partis.

Les plus prestigieux se sont « arrachés » comme des p’tits pains,

Pains perdus pour tant de fidèles lecteurs qui se retrouvent au pain sec.

La France entière a pris un pain dans la figure ! Ne nous restent que les miettes.

Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski ont tiré leur révérence

Eux, pourtant champions du monde incontestés de l’irrévérence

Cabu, éternel jeune homme qui a eu un grand mérite :

Perpétuer sans vergogne la coiffure de Mireille Mathieu

Non mais, grand Duduche, tu t’es vu quand Cabu ?

Toi qui avais osé avec quelques camarades, sur la tombe de ton ami Reiser

Déposer une gerbe sur laquelle on pouvait lire

«  De la part de Hara-Kiri, en vente partout… »

Quelle épitaphe te siérait le mieux ? Puis-je te suggérer

Pour bien mettre en évidence ton futur inamissible ennui :

« Ici on s’fait chier ! Signé Cabu…colique »

Gageons que tu as rejoint ton « petit » Mano Solo au Père Lachaise

Et qu’il n’hésitera pas à te présenter Desproges, Amadou

Francis Blanche et quelques autres fins esprits.

Ceux-ci devraient t’inspirer pour encore « crayonner »longtemps.

Au fait, savais-tu qu’un cabus est un chou pommé ?

Alors certes ce chou va participer à la fermentation intestinale,

Mais « paumés » c’est nous qui le sommes depuis ton départ !

Démocrates, laïques, tolérants, libres… nous sommes !

Libres d’écrire, libres de dessiner, libres de penser.

La camarde a sorti sa faux pour de vrai

Les crayons de la rue Appert ont très mauvaise mine.

Cher Cabu, maintenant tu peux bien nous confier un secret

Lequel d’entre vous a lâché le premier la vanne la plus pourrie

Sur le nom de votre rue ? Je parierais  volontiers sur Wolinski

Lui, imaginant d’un côté de la rue l’Appert de couilles

Et toi Cabu de l’autre côté l’Appert de seins !

En tout cas vous faisiez bien l’Appert tous les deux!

Wolinski parlons-en ! Sacré Georges ! Personnage déroutant

Toi qui as déjà souffert de l’assassinat de ton père

Toi le romantique paillard, érotomane invétéré

Te voilà au paradis…Mais je crains fort que tu l’aies déjà déserté

Si tu as eu le temps de vérifier de visu l’adage

Qui affirme : « les anges n’ont pas de sexe »

Quel parcours depuis tes débuts à Rustica !

Pas étonnant d’écrire « Les cocos » quand on a travaillé à l’Humanité…

Ça l’est un peu plus de « sinuer » entre Hara-Kiri, le Nouvel Obs,

Match, Le journal du Dimanche ou encore l’Echo des Savanes !

Et que dire de ce patronyme si peu franchouillard ?

En inadéquation totale avec cette latente et palpable xénophobie

Wolinski : par contre, bien placé, ça cartonne « grave » au scrabble.

S’il m’était donné de pouvoir écrire dans Charlie Hebdo

J’aimerais avertir de ton « départ » par un hiémal

«  Wolin…ski hors-piste » !

Quant à toi Charb, nom issu d’une banale apocope

Peut-être devrais-je te vouvoyer eu égard à

Ton ronflant titre de « directeur de la publication »

Ta bonté d’âme fut légendaire, bien sûr pour les bons mots

Que sont Charb…bon, Charb…bonner ou encore Charb…bonnier

Mais aussi pour avoir créé le facétieux personnage de Quotillon

Mais les fêtes sont finies il faut remiser les cotillons !

Toi l’amoureux des traits d’esprit de bon ou de mauvais goût

Tu dois apprécier cet idoine imparfait du subjonctif : charbonnasse.

Que ton nom soit associé, hormis la vulgarité, à la gente féminine

Ne doit pas être pour te déplaire…

A Charlie lorsque l’on évoquait les armes ce devait être

Du genre femme « canon » voire « bombe » sexuelle !

Tignous quant à toi tu as collaboré à Marianne

L’express, VSD, La grosse Bertha et aussi Fluide glacial

« Fluide glacial » qui parcourt nos veines depuis quelques jours…

Tes écrits : Tas de riches ou Le fric c’est capital

Ne souffrent aucune forme d’ambiguïté…

D’ordinaire tu « sévissais » aussi dans l’Evénement du Jeudi

Malheureusement l’événement cette semaine c’était un mercredi.

Habile gaucher, tu as fini par passer l’arme de ce côté-là.

Ton pseudo tiré de « petite teigne » t’allait comme un gant.

Rimant avec Bluetooth, on peut être sûrs que de là-haut

Tu pourras nous envoyer tes prochaines productions !

Honoré (moi de même !)  il est de notoriété publique

Que, tout comme Tignous tu as honoré La grosse Bertha

Mais aussi Le Monde ; Libé, Les Inrockuptibles, Le Magazine littéraire

Au paradis des dessinateurs tu seras canonisé

Et ça me va bien, j’adore le « Saint Honoré » !

Après cette  horrible journée du 7 janvier

L’anagramme de Charlie prend tout son sens : chialer…

Je suis Charlie et si le choix s’offrait à moi ; en amoureux de la BD

J’opterais volontiers pour le Charlie Brown de ce cher papa Schultz.

Les armes ont donc parlé. Serait-ce donc cela « le droit canon » ?

Bien sûr pas question d’oublier les autres victimes moins connues.

Correcteur, psychiatre, agent de maintenance, économiste, flics

Bernard, Mustapha, Elsa, Michel, Frederic, Ahmed, Franck,

 

Maintenant, de ce diem horribilem il faudra tirer des enseignements :

  • les kalachnikovs à la différence des antibiotiques peuvent être automatiques.
  • A Paris, la grande différence entre Charlie Hebdo et Roland Garros c’est qu’au moins sur les cours de la Porte d’Auteuil on renvoie les balles.
  • En 2015, à Paris, Il est possible de rire, faire rire et donc… mourir de rire (mdr !) : une bande décimée !
  • En cette Annus horribilis (Wolinski aurait sûrement affirmé en connaitre, des « en un seul  n » pas horribles du tout) aux coups de crayon répondent des coups de fusil ; ça s’appelle chercher des crosses, non ?
  • Douze, le nombre de victimes, comme le nombre de pieds d’un alexandrin. Sauf que cette histoire-là ne rime à rien !

 

 

A contrario, certaines conséquences sont indubitablement positives :

 

  • Le Dimanche 11 janvier des centaines de milliers de citoyens et des dizaines de chefs d’état ont défilé dans Paris et bien d’autres villes de France : la marche est très bonne pour la santé et cette déambulation pourra constituer une excellente préparation pour le marathon (pour rester en bonne forme se souvenir d’éviter Boston !).
  • En Empyrée, partie du ciel la plus élevée, cette bande d’anars libertaires a rejoint nombre de leurs anciens potes partis au paradis des dessinateurs : Gébé, Choron, Reiser, Cavanna, Fred, Serre, Topor et autre Siné… Ils doivent bien se marrer comme au bon vieux temps des Inrockuptibles, Echo des Savanes, Pilote, sans oublier l’incontournable Hara-Kiri qui s’affichait en son temps « Journal bête et méchant » (au moins là, y’avait pas tromperie sur la marchandise !).
  • Tous ces libres penseurs ont déjà dû se faire une nouba « d’enfer ». Pas du genre à se faire dicter leurs faits et gestes par un prophète, ils revendiquaient plutôt leur appartenance à la mouvance « pro-fête » !
  • Ces sempiternels contestataires antisystème, gamins athées indisciplinés (d’aucuns diront qu’ils ont mis du temps à avoir du plomb dans le crâne !) doivent se tordre de rire et se taper sur les cuisses en voyant qu’à cause d’eux (ou grâce à eux ?) F. Hollande a reçu Sarkozy au palais de l’Elysée, que l’on a sonné le glas à Notre-Dame de Paris et que de nombreux groupes de personnes ont spontanément entonné la Marseillaise…
  • Les nombreux Dieux s’inspirant de l’exemplaire élan fraternel du peuple français pourraient se réunir là-haut pour essayer de mettre en place une gouvernance de coalition basé sur un « programme commun », une espèce de G5 de l’au-delà et qu’ils arrêtent de se comparer en permanence pour savoir lequel d’entre eux a la plus grosse (je parle de l’aura bien-sûr !!!).
  • Douze, le nombre des victimes aux douze coups de midi, comme les douze demi-tons d’une octave en musique, prélude de la symphonie d’un nouveau monde ? Et heureusement qu’il n’y a eu que douze morts ; un supplémentaire aurait porté la liste à 13 ; ce qui aurait pu porter malheur !

 

Voilà ! Salut les gars. Je vous quitte. Euh, non ! C’est vous qui nous avez quittés !

Excusez-moi de vous avoir tutoyés mais j’étais si proche de vos dessins

Que j’ai l’impression d’avoir fait partie de la famille Charlie…

Démocrates, laïques, tolérants, libres… nous resterons !

Libres d’écrire, libres de dessiner, libres de penser.

 

P.S : une p’tite dernière pour la route dans « l’esprit Charlie » :

Vous qui étiez tant obsédés dans vos textes et vos dessins par le sexe et le « pipi-caca-prout » vous devez être ravis de cette soudaine abondance de trous de balle ?!

Par Jessica Kuma Tohanga

Plume immortelle

La plume chiffonnée entre ses doigts s’imbibe de sang tandis que la pluie s’abat en trombe comme pour verser à sa place les larmes qui n’ont plus la force de couler d’elles-mêmes. Et dans son regard noyé de rouge c’est l’incompréhension qui apparait et la déception quant à l’esprit fermé dont pouvait faire preuve certains individus incapables de comprendre et d’accepter les différences. Incapables qu’ils étaient de voir la beauté du monde, les mystères qu’il avait à leur faire découvrir ou la liberté qu’il avait à offrir.
Barbares sans âme sourds aux murmures délicats de la plume, trop avides de sang pour ne pas succomber à l’appel sinistre des armes aussi vides qu’eux. Mais la plume survivrait à son départ, même imbibée de rouge elle poursuivrait son office, proclamant la liberté entre toutes les mains par lesquelles elle passerait. Et alors que ces meurtriers croiront avoir vaincu, les victimes triompheront par-delà la mort, s’immortalisant tels des symboles à la gloire d’un monde meilleur.

Par Fanny Renard

Aux Larmes Citoyens

 

Ce matin, en me levant, j’ai du mal à trouver mes affaires, à rassembler mes idées. Depuis cinq ans que je suis professeur, je vais devoir donner mon cours le plus difficile de ma carrière. Parce que ce ne sera pas un cours de grammaire ou de conjugaison.

 

Mais parce qu’hier, un type a sorti une arme et a buté celui qui, bien des années auparavant, avait dessiné le nez de Dorothée.

 

Aujourd’hui, je ne retrouve plus mes affaires. Pas facile de s’habiller quand les larmes coulent. Je les laisse faire, il vaut mieux qu’elles s’échappent maintenant que plus tard, devant les élèves incrédules. Là, à 6h27 du matin, je ne suis que la sombre idiote qui ne retrouve plus ses vêtements à travers sa vision brouillée par les larmes. Tout à l’heure, je serai le professeur qui expliquera à des élèves de quinze ans pourquoi des gens se font tuer après avoir gribouillé des dessins.

 

7h24. Le train arrive. Je suis étonnée qu’il soit là, n’y a-t-il pas de plan vigipirate, des soldats un peu partout, le GIGN, les hélicoptères ? Non, juste ce bon vieux train qui continue son office. Conduit par un bonhomme qui réussit à ne pas pleurer. C’est beau. Les gens s’agglutinent en silence. On se bouscule, mais pas un bruit, pas un mot. La minute de silence prévue pour ce midi a déjà commencé. Hier, on parlait, on exprimait notre incompréhension. Aujourd’hui, il n’y a plus rien à dire. Le mots manquent. Ce matin, au milieu du silence assourdissant de ce train bondé, je me dis que les terroristes ont réussi, ils ont détruit l’expression. Les gens n’ont plus que la liberté de pleurer.

 

8h04. Je traverse le couloir menant à la salle de classe, puis ouvre la porte. La parole est revenue, elle se déverse dans les rangs épars, avec toujours les mêmes mots, toujours les mêmes intonations, comme si tous les élèves du lycée répétaient une même leçon apprise par cœur.

 

Au moins, c’est déjà ça. La jeunesse n’a pas perdu sa liberté d’expression.

 

Je m’installe à mon bureau, pendant que les conversations continuent, à un moment où, d’habitude, les derniers ragots du matin se meurent peu à peu pour laisser place au silence recueilli du début de cours, lorsque les élèves attendent, debout, que le professeur leur donne l’autorisation de s’asseoir avant le sacro-saint appel.

Aujourd’hui, le silence est le grand absent. Les mots continuent de se répandre, toujours les mêmes, toujours cette leçon collective de l’horreur découverte. Pour la première fois avec cette classe, je suis obligée de jouer pendant une minute le rôle de la « méchante prof’ qui élève la voix » pour obtenir, enfin, le silence attendu.

 

Et c’est à mon tour de parler.

De dire l’inexplicable.

Surtout, ne pas avoir la voix qui tremble. Les mots doivent venir, clairs, distincts, pédagogues.

 

« Ok. Visiblement, quelque chose vous préoccupe ce matin. De quoi discutez-vous ? »

 

Les élèves me regardent comme si j’étais une extra-terrestre. Quoi, elle délire la prof’ ou bien… ?

L’une d’eux lève la main et dit timidement :

« Bah, Madame, de ce qu’il s’est passé hier.

– Et que s’est-il passé hier ?

– Heu… Ben y’a des gars qui ont tué des journalistes de Charlie Hebdo. »

 

Voilà, le plus dur est fait. Continuons, frappons fort contre l’oppression, contre la haine, contre ceux qui veulent notre silence.

 

« Savez-vous qui étaient ces gens qui ont tué les journalistes ? »

Réponse stupéfiante d’une autre élève, spontanée, affreuse :

« Ce sont des Arabes Madame ! »

Pile poil ce que je craignais. Bon sang, ils ont pourtant grandi avec des préceptes de tolérance ces gosses !

« Non, ce sont des Français qui ont fait cela. »

Stupeur générale. Quoi ?  Ce ne sont plus les frères Kouachi qui ont fait le coup ? On a trouvé d’autres suspects ?

« Ne vous fiez pas aux apparences, ni aux préjugés. Ceux qui ont fait cela avait la nationalité française, comme vous et moi. Ils ont grandi en France, on reçu une éducation et une instruction similaires à la vôtre. Ils ne sont pas étrangers. »

J’entends presque les soupirs de soulagement. Ah non, c’est bon. La prof’ fait juste la différence entre Saïd, né au Liban et Saïd, né à Paris.

« Oui enfin ils étaient d’origine étrangère Madame. C’est pareil. »

Pauvres élèves, quinze ans et déjà des discours de vieux acariâtres remplis de préjugés.

« Bien sûr que ce n’est pas pareil. Nous ne sommes plus au Moyen Age, la bataille de Poitiers contre les Maures, c’est un peu dépassé tout de même. »

Quelques rires se font entendre. Voilà, ne pas s’énerver, ne pas répondre à l’intolérance primaire par la colère. Ils sont jeunes, ils peuvent comprendre sans amalgame.

 

« Ces terroristes étaient Français. Attention à ce que pourraient dire les gens, à la télévision, dans les journaux. A ceux qui voudront profiter de cette atroce boucherie pour diffuser leurs idées mauvaises, leurs idées de haine, d’intolérance.

N’oubliez pas une chose essentielle : la folie est apatride. Ceux qui ont fait cela, ceux qui ont tué froidement ne sont ni arabes ni français, ils sont fous. Ils se croient illuminés, persuadés d’avoir le droit de tuer des humains parce qu’ils se sentent blessés par des images. Parce qu’ils veulent briser la liberté des autres et instaurer leur loi du silence. C’est pour cela qu’il ne faut pas se taire, qu’il ne faut pas oublier que nous avons le droit de parler, de nous exprimer, de défendre nos idées.

 

Charb, Cabu, vous ne les connaissez peut-être pas très bien, pourtant vous avez sûrement étudié certaines de leurs illustrations en cours d’Histoire, au collège ou même cette année. Ces gens n’étaient pas mauvais, ils n’étaient pas remplis de haine ni irrespectueux des religions. Ils ne critiquaient aucune croyance, seulement ce que certains en faisaient, comment certains utilisaient le prétexte d’un dieu vengeur pour détruire son prochain.

 

Ce week-end, il y aura un rassemblement dans pas mal de villes en l’honneur de ces hommes qui sont morts parce que leur liberté d’expression ne plaisait pas à certains qui n’hésitent pas, eux, à faire entendre la leur en filmant des exécutions sommaires d’otages par décapitation et en les publiant sur internet. Avant de vous rendre à ces rassemblements, je vous conseille de vous renseigner sur ces journalistes que vous ne connaissez que trop peu, allez voir ce qu’ils ont fait, leurs dessins, leurs actions. Apprenez à les connaître, pour que leur mission continue même après leur mort, pour que ceux qui les ont tués en pensant tuer leurs idées avec eux aient échoué.

 

Hier, des hommes ont tué d’autres hommes parce qu’un dessin de Mahomet ne leur a pas plu. Derrière cela, il faut bien voir ce qui est arrivé : des hommes ont tué d’autres hommes pour nous faire peur, pour qu’on ne se sente plus libres, pour que notre civilisation, construite pendant des siècles, se laisse asservir par la terreur. Vous dire que vous ne craignez rien serait un mensonge, dès lors que nous prenons le parti de vivre, nous prenons en même temps le risque que cela s’arrête un jour. Mais ne vivez pas dans la peur, ne donnez pas raison à ces gens qui veulent briser votre liberté.

Continuez de parler, de vivre, de respecter ce qui est respectable et de bannir ce qui est condamnable. Votre vie ne doit pas être régie par la peur, même si ce n’est pas facile, même si certaines choses sont effectivement terrifiantes.

 

Ne donnez pas raison à ceux qui ont tenté de détruire notre liberté d’expression. Continuez de la faire vivre. »

 

Pas facile de reprendre le cours après cela. De passer d’un tel sujet à l’étude d’un extrait des Fourberies de Scapin (« Même s’il s’est éteint hier, le rire ne doit pas mourir ! »). Pourtant, les élèves doivent rester des élèves, ils doivent continuer d’apprendre, de découvrir des auteurs qui ont construit leur monde, en écrivant des comédies, en faisant rire tout en critiquant certaines folies, certaines injustices. Molière a failli être condamné au bûcher par l’Eglise pour son sulfureux Dom Juan, Voltaire a passé une partie non négligeable de sa vie enfermé dans la Bastille pour avoir dénoncé l’extrémisme religieux. Pourtant, s’ils n’avaient pas été là, s’ils avaient pris peur et accepté de se taire pour sauver leur vie, mon cours aujourd’hui ne serait pas le même. Ils auraient vécu plus longtemps, peut-être, plus tranquilles, sûrement, mais à quel prix !

 

Tandis qu’ils découvrent comment Scapin se joue de son maître en l’enfermant dans un sac et en le rouant de coups, j’observe mes élèves. Trente-quatre adolescents, et autant de promesses d’un avenir rempli de découvertes, de créativité, de choix à faire au bon moment ou un peu trop tard.

Autant de mémoires qui se souviendront. Qui, plus tard, transmettront, à leurs enfants, à des amis, à de nouvelles connaissances.

 

Hier, un type a sorti une arme et a buté celui qui avait dessiné le nez de Dorothée.

Aujourd’hui, la jeunesse est prête à se souvenir, pour qu’il ne meure jamais totalement, pour que son combat lui survive encore longtemps.

© Nouvelles Magazine
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