Sélectionner une page

Le recueil de nouvelles en livre… ou en e-book

Entre deux chaises

 

Extrait

 

Los Angeles, 12 décembre 2009.

Je suis un rocker français dont toute la musique que j’aime vient du blues. Mes tubes ont commencé et fini par me déhancher, j’eus été l’idole des jeunes qui ne le sont plus.

Depuis quelques jours, je les sens, les entends. Ils se chamaillent, s’accablent, se rejettent les torts, des sorts, les responsabilités, comme si j’étais mort alité. Tous me font parler mais ne m’entendent pas.

Quelques-uns m’émeuvent, je voudrais les serrer fort contre moi. D’autres s’inquiètent plus pour eux que pour moi, se servent de ma notoriété pour asseoir la leur. Ceux-là me révulsent. Je gronde, je tonne, j’éclate comme leur sincérité au grand jour, mais rien ne trouble leur manège. Je suis bâillonné.

 

 

Léonnic Asurgi

 

Léonnic Asurgi : quel drôle de nom ! Pourquoi un tel pseudonyme ? Au début, car il obéissait à une règle absconse défiant les nouvelles technologies de cyber sécurité et dont j’étais quasiment le seul à détenir l’algorithme permettant de remonter à ma réelle identité ; si certains redoutent la notoriété, je tremblais à l’idée que mes proches me découvrent sous l’angle d’un producteur de navets OGM grandes séries ou d’écrits vains. Et maintenant, pour assurer une pseudo-continuité ; on ne peut pas passer sa vie à changer d’identité.

Cette crise de confiance inhibitrice quand il fallut s’exhiber ne fut pas la première que je gérai dans ma cellule personnelle de décrisement bien rôdée ; loin de là, les crises, j’en raffole, elles m’ont éloigné des rivages de mes certitudes pétries, m’abandonnant parfois au milieu de l’océan, cadençant ma vie à tel point qu’au moment de me présenter, c’est à elles que je pense en premier lieu, persuadé que les crises nous poussent dans nos retranchements pour construire de meilleurs lendemains (d’où mon optimisme autiste par rapport à la situation actuelle économique et sociale française) jusqu’à la prochaine crise.

Crise d’adolescence attardée, quand je fis voler en éclats ces promesses tennistiques d’enfance, ces coups d’éclat, dopé alors par le rêve de fouler le central de Roland-Garros un jour : un matin, je crisai en réalisant emprunter un chemin semé d’embûches et de sacrifices quand mes amis, eux, jouissaient des plaisirs de notre âge et pogotaient à corps et à crises sur ces rythmes et textes de rock engagé alternatif français auxquels j’étais très sensible. Je raccrochai alors mes raquettes pour rentrer dans le rang (d’oignons) dont j’épluche aujourd’hui le passé une larme à l’œil (effet à retardement du bulbe ?), pour devenir ingénieur parmi de nombreux autres geigneurs, mes collègues de fortune.

Crise aigüe et prématurée de la quarantaine quand j’accusai le coup et, en guise de coup de pouce, m’infligeai un coup de poing dans le quotidien, sans hémoglobine n’en déplaise à Tentin Quarantino : je décidai ma mise en quarantaine à trente ans, pour une durée indéterminée, et me lançai dans l’écriture, après avoir subi une véritable crise de foi pendant laquelle j’ai vu déferler tous les nihilismes. Qui croire ? Que croire ? Quel sens ? Les sens ? La panne d’essence jusqu’au ravitaillement salvateur : le sens, le mien, ce sera l’écriture.

Depuis dix ans, j’écris. Pour moi. Pour ma fille, Mila. Pour Eva. Pour mes parents, qui m’ont supporté lors de toutes ces crises d’idéaux qu’ils ont su porter haut. Pour ma famille. Pour mes amis. Et, allez, soyons fous, pour celles et ceux qui se retrouveraient nez à nez avec un de mes textes.

Léonnic ASURGI

Blog Auteur  http://LeonnicAsurgi.blogspot.com

Bibliographie

© Nouvelles Magazine
Visit Us On TwitterVisit Us On FacebookVisit Us On Google Plus