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 Michel Cernay

 

Né en 1950, Michel Cernay est historien, a enseigné en Normandie, à Paris, et a vécu une vingtaine d’années en Colombie, à Bogota.

Nouveau retraité, il rentre en France, et découvre un pays différent de celui qu’il avait quitté, voire, opposé à ce qu’étaient ses rêves de jeunesse.

Il commence à prendre la plume (le clavier), prépare un roman, rédige des nouvelles… et commence une seconde vie.

Chemin faisant, il découvre que son univers intérieur est une synthèse improbable faite d’expériences, les deux masters, la banlieue des élèves, le départ, aussi le veuvage, le retour, les Sud-américains si chaleureux et si rêveurs.  S’y mêlent la sociologie et la poésie, la politique et l’irréalité du monde, le cœur et les idées, la vérité historique et l’impermanence.

«- Mai 68, dans ma ville de province, en terminale, n’avait rien à voir avec la légende qui s’est montée depuis autour des milieux parisiens. J’ai vu, durant une ou deux semaines, comme en apesanteur, des gestes de solidarité de la part de gens qu’on n’imaginait pas avoir autant de cœur. Existe-t-il des univers parallèles?

» Savons-nous ce que nous vivons? Qui nous aime? Qui aimons-nous? Que faisons-nous, en réalité? Sans doute l’amour devrait être une éthique en soi. Ce n’est pas une réponse, c’est un art de vivre.»

Le Gamin

Extrait

 

«…A tous ceux qui pensent que la vie est cruelle, il faut dire que ce n’est pas comme ça – Aïe, faut pas pleurer, la vie, c’est un carnaval…» Dans la nuit, Pablito fredonne sans cesse cette salsa, tout en fouillant dans les poubelles, à voir ce qu’il va récupérer. Lorsque le garçon aspire les gaz sournois qui s’affranchissent des sacs crevés, c’est son rythme qui l’empêche de réagir, et les paroles qui suivent décrivent assez bien le cirque qui s’ouvre sous ses yeux, entre ses mains crasseuses. Quels clowns ! Pourquoi jettent-ils des CD avec leurs reflets arc-en ciel, des mixers, des écrans plasma dont le modèle est dépassé ? Ici, ces vêtements de marque, à peine tachés ? Pablito calcule déjà combien il va pouvoir en tirer – toute la famille aura de quoi manger demain! «…A tous ceux qui pensent que leur vie est injuste, ce n’est pas comme ça: la vie c’est si beau, seulement il faut vivre sa vie!»

 

Le cheval hennit, amarré à la charrette. Là où il est amarré, il ne peut atteindre ni les feuillages, ni le gazon, ni les fleurs qui bordent la chaussée. Il sait que le chemin sera long, dans l’aurore oblique, et que ses maîtres pressés lui exigeront trop d’efforts pour grimper la côte.

© Nouvelles Magazine
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