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Biographie de Philippe Pelouze

Pascal Parent est né en 1972. Photograveur de formation, il a vécu en Corée, à Séoul, en tant que displayer. Il est actuellement plasticien ; a créé un atelier, Le Collectif Antécimaise. Vit en région parisienne.

La Lorelei de L’Oréal

Philippe Pelouze

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Est-elle coupée trop court ? L’ai-je assez bien conservée ? La première question m’échappe : elle appartient à la paire de ciseaux ; à la main qui l’a tenue, à celle qui l’a ramassée. Et dans quel but ? Hagiographie de ses cheveux, la mèche est-elle un mythe ou est- ce aussi – surtout – un fragment de l’histoire ? (Elle est pour moi les deux.) Désormais, pour répondre à la question, seule la seconde m’appartient. Ou plutôt, elle est à mes regards aimants ce que le relief de la médaille à la pulpe de mon pouce a pu, lentement, avec patience, évoquer, alors qu’à celle de l’index, au même instant, d’une douce caresse, un prénom – sans atteindre celle qu’à mon cœur il appelle, espère, attend – n’était jamais qu’exploré. Ainsi, ce sachet n’était-il compris qu’entre deux sensations : tandis qu’ils n’en savaient, ces deux doigts l’explorant, ici l’ovale et là l’anneau, qu’une courbe (ils la reconstituaient comme on voit), mon regard non fortuit n’alignait, luisant, infortuné, aux cheveux vus, blonds duvets des ans passés gardant l’enclos du temps, lui, plus qu’un rêve, un souvenir recomposé. Et ce n’est pas qu’un document ! Il est là dans l’un des plis de mes habits, un peu le cœur de mon costume. Et je le puis réactiver, ce souvenir, le mettre en monde. Et même en relation avec le mien, le quotidien dira-t-on, celui de ces jours esseulé, laissé à moi-même autant qu’aux regrets, à lire le journal, celui d’aujourd’hui. Ne me parlez plus de cette date-là, du 4 septembre 1944. L’argent l’évoque où la célèbre la mèche. Hélas ! Au fond de moi je sais qu’entre ma mère et son prénom, autant qu’entre sa mèche et la médaille, il n’y a pas d’identité. Dès lors, si j’étudie les mœurs et l’économie du Nord de la France, c’est que je me suis rendu si étranger à moi-même que désormais l’histoire de ma propre famille m’est un surcroît d’étrangeté.

 

De ma mère il ne me reste que le contenu d’un petit sachet de plastique transparent à fermeture simple hermétique de fort petites dimensions : soixante millimètres utiles sur quarante-et-un de large, soixante-dix-neuf en tout dans la longueur. Ce sachet est toujours dans mon portefeuille, avec ma carte grise et le contrat d’assurance de l’automobile. Un mini-plan de métro de Lille y est collé, ancien et inutile, obsolète. Il s’agit d’une mèche de ses cheveux d’enfant, d’avant la séparation de ses parents. La couleur en est platine avec des reflets verts, comme du pollen. Il y a aussi entre les boucles, un peu ternie, une médaille d’argent. L’une des faces représente Marie, l’autre porte une date de naissance et un prénom. Non pas Maman, mais Marie-Joséphine. Et par cette médaille et par cette mèche-là, c’est tout un monde  qui m’échappe et à jamais m’échappera. Or j’ai l’intime conviction qu’alors mes doigts – le pouce un peu plus que l’index – touchaient quelque chose de marial et que cela leur permettait d’atteindre à ce que mon regard ne percevrait pas et ne pouvait percevoir : une antéposition par la voie de la mémoire. Autant dire que cette médaille m’était tout à la fois une présence actuelle et de l’oubli qui est aussi un futur et du passé autrement moins mémorable que la mèche de ses cheveux, qu’elle avait blonds comme les blés au moment du regain, lorsqu’à l’horizon stridulent les grillons. C’est bucolique à souhait mais toi mon cœur au bout de mes doigts, es-tu pour autant lavé des pailles de mon regard ?

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