Sélectionner une page

Le recueil de nouvelles en livre… ou en e-book

Tom Buron

 

Tom Buron est né en 1992 et vit en banlieue parisienne. Il se consacre pleinement à l’écriture depuis deux ans et vit de petits boulots éreintants tout en prenant régulièrement la route. Son grand maître est John Fante en matière de prose, mais il se réclame également de Hamsun, Céline, Donleavy, Bukowski, ainsi que des auteurs de la Beat Generation. En 2013, il fait la connaissance de Richard Bohringer qui l’encourage dans son entreprise poétique après avoir lu son premier recueil, Valse avec les flammes. Il a écrit un roman qui fait le tour des maisons d’éditions depuis déjà quelques mois, Les chiens errants de Syntagma, qui narre les déboires éthyliques et amoureux d’un jeune écrivain tourmenté et vagabond. Un de ses nombreux recueils de poèmes, publié à compte d’auteur, devrait sortir sous peu et s’intitule Cimetières, Déserts, Sous-sols et Souterrains. Il se concentre actuellement sur la rédaction d’un second roman, tout en continuant à produire des nouvelles et de la poésie libre.

 

Il s’intéresse au Père-Lachaise depuis son adolescence alors qu’il venait rendre visite à Jim Morrison (bien trop) régulièrement, profitant des beuveries et de toutes sortes d’aventures qui se profilaient autour des célébrations Doorsiennes à Paris et particulièrement dans ce cimetière. C’est ainsi qu’il a voulu rendre hommage à ce poète du rock avec ce court texte, tout en essayant de supprimer son propre style et de rendre au texte une identité Morrisonienne : une voix las mais sacrée, passionnée mais désenchantée, emplie de langage parlé.

 

Bibliographie:

 

Tom Buron n’a pas encore été publié mais il y travaille sérieusement. Il a écrit quelques textes et articles pour le journal de l’Université d’Evry ainsi qu’une critique littéraire de Raging Bull de Jake LaMotta pour le Républicain.

 

Liens: http://tomburon.over-blog.com

The Père-Lachaise Dead Band

 

Extrait

 

Comment ça ce n’est pas un résident du Père Lachaise ? Si, si. Bien sur que si. Vous les vivants l’oubliez souvent parce qu’il n’a pas de tombe : mais ses cendres ont été vidées sur la mienne il y a quelques temps de cela déjà. Ici, il était assez copain avec un guitariste français loufoque, qui avait longtemps été junky comme lui, du nom d’Olivier Caudron, dit Olive. Il était arrivé récemment au cimetière. Il nous montra ce qu’il savait faire et on le prit illico, du tac au tac. Tout ce beau monde réuni, c’était formidable.

 

La nouvelle

« No one here gets out alive »

Jim Morrison, Five to one

*

Je me souviens que c’était en été puisque Cerdan était dans le coin. Ouais, Cerdan, le grand boxeur français. Non, vous ne rêvez pas. Il venait ici quand le soleil rôtissait Paris, après la fin du printemps, pour voir Piaf. Il avait une autorisation du Grand Chef, et chaque année il quittait son cimetière du sud pour venir ici. C’était un bon repaire de temps, pour nous, les morts.

On aimait, tous autant qu’on était, les histoires de Cerdan. Son combat contre Jake LaMotta – que je préférais, étant américain – nous a été conté mille fois et de manières différentes à chaque fois, avec les gestes et tout. Enfin bon, cet été là, moi, Jim Morrison, j’ai organisé le plus grand concert de morts jamais réalisé dans tout Paris. Et ouais, j’avais monté un groupe extra pour l’occasion. Un groupe de macchabées, certes, mais le meilleur.

Nous avions tout d’abord une scène magnifique, établie par Molière. Ouais, le grand dramaturge français, le plus grand auteur de comédie. Il faisait partie intégrante du groupe. Il avait imaginé les décors, et créé des chorégraphies pour le spectacle avec des danseuses et danseurs. Le chef de la troupe des danseurs, c’était Achille Zavatta, le clown. Il en connaissait un rayon en spectacle, ce gars là, alors on lui avait confié ce poste. J’aimais les clowns. Tout cela amenait du burlesque et de l’absurde. Ca avait un côté beckettien.

Au piano nous avions le français Michel Petrucciani, très jazzy. Ce petit homme était formidable, il jouait terriblement bien. Avec lui, on avait Chopin, les deux se renvoyaient la balle avec leurs notes suprêmes et on avait un combo de piano des meilleurs, sans déconner. Du Jazz au classique : c’était une musique extrême, fabuleuse, moderne. Ce beau monde était accompagné à la batterie par un chanteur. Et ouais, il y avait cette place à prendre et il l’a prise, bien que ce ne soit pas son instrument de prédilection : je parle de Stiv Bators, le leader des Dead Boys. Comment ça ce n’est pas un résident du Père Lachaise ? Si, si. Bien sur que si. Vous les vivants l’oubliez souvent parce qu’il n’a pas de tombe : mais ses cendres ont été vidées sur la mienne il y a quelques temps de cela déjà. Ici, il était assez copain avec un guitariste français loufoque, qui avait longtemps été junky comme lui, du nom d’Olivier Caudron, dit Olive. Il était arrivé récemment au cimetière. Il nous montra ce qu’il savait faire et on le prit illico, du tac au tac. Tout ce beau monde réuni, c’était formidable. Ils essayaient tous de travailler ensemble, et Michel Magne, compositeur français, dirigeait la petite affaire pour faire comprendre à tout le monde les aspirations de chacun et l’art de communiquer à travers divers univers musicaux. Il était un peu comme notre chef d’orchestre. Ce gars là était une bête, sans déconner. Il avait créé la musique de grands films français comme Les Tontons flingueurs ou encore Un singe en hiver et avait également bossé avec le Grateful Dead, Pink Floyd, Elton John ou encore Marc Bolan.

J’avais demandé à Balzac de bosser avec nous, seulement, il avait refusé. Mais Wilde, lui, avait accepté. Quand je dis nous, je parle des chanteurs, Alain et moi. Alain, oui, Alain Bashung, vous le connaissez, n’est-ce pas ? On avait eu l’idée ensemble, il y a quelques semaines, pour fêter ses trois années ici. Ainsi, on était quatre à travailler sur les paroles, puisque Stiv Bators nous prêtait main forte avec Wilde. J’aurais adoré avoir Baudelaire, si ça avait été possible, mais le poète n’était pas de chez nous, il appartenait au Cimetière de Montparnasse.

Quand on est monté sur scène, je vous jure, ça avait de la gueule. Molière avait créé de somptueux décors tragiques. Oui, on lui avait commandé du tragique – et après tout, on était dans un cimetière. Il était content et fier qu’on lui demande de nous faire quelque chose comme… comme si une tragédie grecque et le monde moderne fusionnaient. Les danseurs étaient tous de noir vêtu, et Zavatta était un clown sombre, maquillé comme il se doit. Contre le décor, Stiv à la batterie tapait un rythme régulier et puissant. Tout ça, c’était le cabaret des âmes sans corps, un truc brechtien, et plus absurde que Jarry. Et les deux pianos intervinrent. Chopin envoya sa dose de classique dramatique et Petrucciani arriva en balançant un enchaînement de notes enflammé. La guitare de Caudron résonna, avec un overdrive tonitruant. A ses côtés, Wilde, toujours impeccablement habillé, ajoutait du beau à ce portrait, et tapait sur un tambourin en lançant les chœurs. Bashung et moi nous sommes regardés après avoir toisé le public, et nous nous sommes mis à chanter. Le Père-Lachaise Dead Band était né.

© Nouvelles Magazine
Visit Us On TwitterVisit Us On FacebookVisit Us On Google Plus