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Les gagnants du N°1 – Sandira Belmude Quirin – Père Lachaise 2

Les gagnants du N°1 – Sandira Belmude Quirin – Père Lachaise 2

Sandira Quirin, biographie

Comment résumer en quelques lignes toute une vie? Quasi impossible. Et puis quel intérêt de savoir que je suis née un soir de décembre dans le sud de l’Inde, que j’ai passé ma vie à voyager grâce à un papa diplomate, que j’ai passé mon bac à Singapour pour ensuite faire des études au Canada ? Qui veut savoir que depuis toute petite je joue avec les mots pour me tenir compagnie, pour écrire ce que je tais? Cela intéresse-t-il quelqu’un d’apprendre que j’ai fini par poser mes bagages dans un petit coin de Normandie où je travaille avec mon mari en regardant avec fierté nos enfants grandir ? Je ne pense pas. Mais puisque notre point commun ce sont les mots, parlons-en. En février dernier j’ai osé, sous l’insistance de ma sœur et amie, montrer mes écrits à un éditeur. Surprise ! L’éditrice en a fait un recueil publié cet été, et chose incroyable nous préparons le deuxième. Alors je me suis laissée tenter par ce concours sur le thème du Père Lachaise et la encore, une bonne nouvelle. Cela m’amène à aborder mon univers, de ce que l’on ne voit pas mais qui existe, de cette lueur dans les épreuves, même les plus terribles. En parler serait trop long, mais si vous avez envie de voyager dans mon monde, je vous y attends.

 Sandira Belmude Quirin

Lisa

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Comme tous les matins, Kurt s’étire de sa longue nuit avant de s’installer sur le pallier de sa demeure. Un café serait le bienvenu mais cela fait plus d’un demi-siècle qu’il n’en a pas bu. Pourtant, en se concentrant bien il arrive à se souvenir de l’arôme qui, à l’époque, se dégageait de la petite tasse et en faisant un effort de plus, il lui semble même percevoir le goût amer glisser le long de sa gorge.

 

Assis sur le granit froid, il observe. Il ne fait plus que ça, observer. Le temps est long. Son voisin de gauche lui a dit un jour :  » considère cela comme ta retraite. » Tu parles d’une retraite ! Elle n’en finit pas et il n’y a rien à faire sinon attendre on ne sait quoi. Parfois une visite, son fils et sa belle fille qui apportent des fleurs, font un brin de ménage sans un mot avant de repartir. À quoi bon venir puisqu’ils ne lui parlent pas. Certes il est mort mais il n’est pas sourd !

 

Kurt observe donc en soupirant les grandes allées habillées d’arbres. Dans quelques minutes les portes s’ouvriront pour laisser entrer ceux qui ont perdu un proche mais aussi les curieux, les touristes à la recherche de célébrités, plan en main débutant une sorte de chasse au trésor. Il ne se fait pas d’illusion. Il n’est pas sur le plan.

 

Pour s’occuper il essaie de deviner les relations qu’avaient ses voisins avec leurs visiteurs. Devant les larmes il comprend le manque mais le silence lui pose plus d’interrogations. Étaient-ils si mauvais qu’on ne les pleure plus, ou est-ce l’oubli ? Aucune réponse pour le moment. Bien sûr il s’est remis en question lui aussi, pour comprendre, pour occuper le temps. Sa vie n’était pas exaltante mais il a toujours été là pour sa femme et son fils. À ce sujet, cela fait longtemps que son épouse ne lui a pas rendu visite et comme son fils ne lui parle pas, il ne sait toujours pas pourquoi. Il en est de même pour certains voisins de son « quartier », ils sont partis on ne sait où.

Leurs familles viennent encore devant leur dernière demeure et ils ne se rendent même pas compte qu’elle est vide  ! Et pourquoi est-il, lui, encore là ? Timide de nature, il n’ose pas se renseigner. Ou à-t-il peur des réponses ?

 

Tiens, un visiteur. Une petite fille. Cela fait déjà deux jours que Kurt l’a repérée, sillonnant les allées d’un pas léger. Même si elle s’arrête volontiers non loin de lui, il est peu probable qu’elle soit de sa famille, à moins que sa mémoire ne lui fasse défaut.

Contrairement aux autres enfants qu’il voit régulièrement courir en riant, celle-ci a le regard triste. Tellement triste qu’il arrive à l’atteindre et le troubler. Allez, il faut oser…

 

— » Bonjour… »

La fillette sursaute.

— » Je ne voulais pas t’effrayer. Je m’appelle Kurt, et toi ?

  • Lisa, bonjour monsieur.
  • Que fais-tu ici toute seule ? Où sont tes parents ?
  • Je ne sais pas. Je ne trouve plus ma maman. »

 

Kurt est bouleversé devant cette petite poupée blonde aux cheveux ondulés qui couvrent ses épaules fragiles.

 

  • « On va la retrouver, je vais t’aider si tu veux. »

 

Lisa lui tend la main et hoche la tête en signe d’acquiescement. Cela fait si longtemps qu’il n’a pas tenu la main d’une enfant qu’il ose à peine la saisir de peur de lui faire mal. Du haut de son mètre quatre vingt dix, qui faisait son charme à l’époque, il lui sourit.

Ils parcourent ainsi les allées, les chemins, à la recherche de la maman. Lisa ne dit rien, elle avance au rythme de Kurt, tournant parfois la tête à gauche, à droite, dans l’espoir de reconnaître la silhouette maternelle. Parfois elle s’arrête pour ramasser des feuilles d’érables que l’automne commence à semer.

 

  • « Je vais faire un bouquet pour maman. »

 

Attendri, Kurt passe sa main dans les boucles blondes avant de poursuivre ses recherches. Au passage il demande à une petite grand-mère, si, par hasard, elle aurait vu quelque chose. Émue à son tour par cette enfant au regard triste, elle décide de mobiliser tous les défunts qu’elle connaît. Une véritable chasse à la maman est organisée.

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Les gagnants du N°1 – Emilie Boré – 15’000 signes, espaces compris

Les gagnants du N°1 – Emilie Boré – 15’000 signes, espaces compris

Biographie

À cause du manque d’entrain de son hémisphère gauche, Émilie Boré a renoncé à faire des études de médecine pour s’adonner aux sciences molles. Historienne de l’art par vocation, elle a passé quatre ans dans le marché de l’art et se passionne pour le genre du paysage (elle s’intéresse toujours de très près à l’iconographie des glaciers alpins). Chroniqueuse satirique par dévotion, elle a collaboré à l’hebdomadaire suisse romand Vigousse comme responsable des pages culturelles et journaliste judiciaire. Pourvoyeuse de contenu par obligation, elle a été rédactrice en chef du site web et du magazine Loisirs.ch jusqu’en 2014. Aujourd’hui, elle continue à gribouiller des histoires et des chansons avec ses deux chats, Duke et Lington, sur les genoux. Elle a publié son premier livre en 2014 aux éditions Stentor, Contes saugrenus pour endormir les parents, et a un album jeunesse en préparation qui narre les déboires d’un loup végétarien (sortie prévue en mars 2015).

Emilie Boré

15’000 signes, espaces compris

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Elle s’assit sur une tombe au hasard de la division 39 du fameux cimetière parisien, celui du confesseur de Louis-elle-ne-savait-plus-combien.

 

15’000 signes, espaces compris, pour une nouvelle autour du Père-Lachaise. Le thème du concours littéraire (célébrités et anonymes trépassés parlant entre eux et avec les vivants) vacillait dans l’esprit d’Émilie comme un feu follet ; elle trouvait ce sujet espiègle et terrifiant à la fois. Pourtant, c’était la consigne qui tournait dans son esprit comme une formule magique, entêtante : 15’000 signes, espaces compris. Elle qui se perdait généralement en phrases à rallonge et parenthèses à tiroirs, elle était inquiète.

 

Emmitouflée dans une longue doudoune et chaussée de bottes italiennes fourrées pour parer à cette froide fin d’après-midi de novembre, elle se cala confortablement contre la pierre tombale et laissa dériver son esprit sur les vertus synthétiques de l’épitaphe. 15’000 signes, espaces compris. Elle imagina alors le caveau de Jacques Chirac portant l’inscription « 5 minutes, douche comprise » et pouffa.

 

Puis, lorgnant la pointe impeccable de ses bottes appuyées sur le granit épuisé, elle pensa à la tombe de

 

Jacques Prévert à Omonville-la-Petite, dans le Cotentin ; pas une sculpture, à peine un tombeau. Juste un tumulus surmonté d’une pierre brute, recouvert de marguerites, de bruyère et d’hortensias. Nos morts ressemblent à nos vies, songea Émilie revenue à des pensées plus profondes. Celui qui a chanté la nature sauvage des fleurs comme celle des hommes se retrouve, fort justement, dans l’humilité de la terre.

Elle tourna la tête, vit la tombe grandiloquente d’un maréchal d’Empire avec ses empilements de colonnettes, de médaillons sculptés et de pyramides orgueilleuses. Cette parade post-mortem la dérouta. Ne sera-t-on jamais en paix, vraiment ? Faudra-t-il rouler des mécaniques jusque dans le sépulcre ? L’égalité devant la mort, tu parles ! Va dire à Mozart, dont les os se battent en duel dans une fosse commune, qu’il a autant d’importance que Balzac, encensé dans sa robe de chambre en pierre. Émilie nota dans son carnet Moleskine que la robe de chambre de Balzac, sculptée par Rodin, était un « mondain habit de nuit éternelle ».

 

— Hé ! lança une voix.

— Hein ? murmura Émilie qui capuchonna son Mont-Blanc n’importe comment.

 

Se redressant sur ses jambes, elle chassa rapidement un pli disgracieux que sa doudoune

formait au niveau du ventre (qu’elle avait pourtant plat), se retourna vers la division 25 d’où provenait la voix, mais  ne vit rien. Frissons, jambes molles, cœur dans la gorge, déglutissement malhabile. Émilie ressentit la liste habituelle de ses symptômes d’angoisse qui arrivaient à peu près n’importe quand, surtout quand il n’y avait absolument aucun danger.

 

— Ben ça vous réussit pas d’être au cimetière. Vous êtes toute pâle, blanche comme un suaire !

 

La voix venait « d’en bas ». Nom de Dieu, Hadès m’a entendu me foutre de ses morts, il m’appelle, il veut que je descende, pensa Émilie entre deux spasmes nauséeux.

 

— Là ! Non, au-delà ! Où…, là, en bas ! Dans le trou !

 

Enfin elle le vit. Un homme, plus en chair qu’en os, appuyé contre une pelle (et non une faux comme elle le crut d’abord), au fond d’un profond trou, de l’autre côté de l’allée. Un fossoyeur ! Oh, la bonne nouvelle… Ayant recouvert toute sa faculté de juger (et par la même occasion,  celles de marcher, sentir, déglutir et aimer), Émilie prit le temps de penser à Brassens, à la plage de Sète, à ces endroits de vrai répit où elle aimerait finir ses jours. Et pas dans un parc d’attractions de la mort comme ce Père Lachaise. Elle traversa l’allée et gagna le bord de la division 25 pour s’approcher de son interlocuteur des abysses.

 

— Bonjour, Monsieur. Pardon, je ne comprenais pas d’où venait cette voix… spectrale !

Elle agita nerveusement ses doigts en forme de guillemets avant de reprendre, en direction du trou : Non, mais ça va. Je suis très blanche de nature, mon côté « aristocrate » dit ma mère. Elle acheva sa phrase par un petit rire mondain.

 

— Mais ça va faire une heure que vous êtes là ! C’est pas un lieu pour jeunes filles, croyez-moi, répondit-t-il en riant aussi, d’un rire toutefois moins cristallin – sans doute à cause de son âge avancé et, peut-être aussi, de son nez très aquilin. Émilie trouva qu’il ressemblait à un aigle ; avec ses deux yeux perçants, comme des billes noires, qui la déshabillait.

 

— Non, mais en fait, je viens m’imprégner du lieu parce que je participe à un concours de nouvelles dont le thème tourne autour du cimetière du Père Lachaise.

 

L’homme la regarda avec un fin sourire (il avait une bouche vraiment très mince, comme un trait de crayon entre le nez et le menton) et il leva les yeux vers le ciel, comme un haussement d’épaules du cœur.

 

— Voici les auteurs attirés bien bas… Plume à la main dans un triste décor, cherchant une muse dans le trépas : au lieu de vivre, ils regardent les morts.

— Joli, concéda la jeune femme intriguée par la verve de l’ouvrier.

 

Pur produit de la ville, pensa-t-elle. Elle écrirait dans son Moleskine, plus tard (bien après la clôture du concours) : « C’était une sorte de Charon entre la vie et la mort, entre la nature qu’il creusait et la culture qu’il cultivait. Il avait d’ailleurs un nez bourbon, une noble bouche un peu pincée (mais peut-être n’avait-il tout simplement plus beaucoup de dents ?) ».

Le fossoyeur jeta sa pelle, s’adossa à la paroi du trou et croisa les bras.

 

— C’est sûr, les passants pensent qu’on est pragmatique avec nos tractopelles et nos mines blasées. Mais faut pas croire… Ou plutôt si ! On a des tics, on entend des voix, on voit des choses passer…

— Vous voulez dire que vous avez des connexions avec l’au-delà ?

— Ouais ma petite dame, et en haut débit même. De quoi écrire, mais dans l’genre requiem…

— Non, vous me charriez, s’abandonna Émilie en adoptant un ton nettement plus familier.

Il rit à nouveau de sa grosse voix rauque d’ouvrier qui a eu froid souvent et renifla.

— Non je vous charrie pas ! Il y a bien des signes. Des signes qui trompent pas.

— Mais comment ça, des signes ?

— Tenez, sur la tombe de Monsieur Parmentier où vous étiez assise. Au-dessus, tous les jours, on pose une patate : Ratte ou Désirée, Belle de Fontenay, Daisy ou Pompadour.

— Vous vous y connaissez drôlement en pommes de terre ! siffla Émilie admirative. C’est vrai que c’est drôle.

— Ce serait hilarant si on savait qui c’est ! Qui c’est qui les apporte et pourquoi il le fait !

— Un maniaque de la patate, lança Émilie, amusée. Je ne sais pas moi, un belge névrosé !

— Mais ça fait 41 ans, quelle guigne ! Pour un total de 15’000 jours, 15’000 signes…

— Espace compris ?

— Hein ?

— Non, pardon. C’est juste que je cherche un thème pour cette nouvelle et je trouve que la mort est un sujet sans fond.

— Ça doit être long ? demanda le fossoyeur, visiblement intéressé.

— 15’000 signes.

— Espace compris ?

— Espace compris.

 

Il cracha dans ses mains, reprit sa pelle et se remit au travail.

 

— Ce qu’il faut c’est la chute ; une fin bien pensée. Quelle que soit la culbute : une pointe, un arrêt.

— Mmmh. Je vois que vous écrivez un peu… Hein ?

Elle lui fit un petit sourire en coin, un sourire bien particulier qu’elle avait dans l’idée de faire breveter tant son efficacité était redoutable : immanquablement, il appelait la confession. Cela ne manqua pas, le fossoyeur inclina la tête contre son cou comme une tourterelle qui se rengorge et frotta sa joue imberbe du revers de la main.

 

— Oh, des gaudrioles ; des historiettes sur le genre humain, des trucs un peu grivois parfois… C’est que j’en vois passer des vivants !

Et vous avez d’autres histoires ? demanda Émilie intriguée.

 

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Les Gagnants du N°1 – Jean-François Foll – Exercices de style

Les Gagnants du N°1 – Jean-François Foll – Exercices de style

Jean-François Foll

Exercices de style

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Paraphilie sépulcrale : Il pleut fort. Elle est en retard pour avoir eu beaucoup de mal à garer sa voiture. Comme toujours elle est très élégante. Elle tient un énorme bouquet. Le bruit de ses chaussures à talons sur les pavés des allées du cimetière éveille une kyrielle d’émotions étranges. Que de fétichistes du pied dans ce cimetière ! Et moi, je suis seul,  bien obligé de l’attendre ; pour bien des raisons je me sens au fond du trou… Elle se penche, j’ai beau parler, crier, vociférer elle ne m’entend pas ; alors je me suis résolu à écrire un texte dont elle est l’héroïne. Mais en a-t-elle parlé récemment à l’éditeur ? Ça fait longtemps qu’il n’a pas donné de nouvelles…

 

Prendre des couleurs : Il fait gris. Ce fut une galère pour ranger sa magnifique Clio jaune. Elle a cueilli dans son jardin un camaïeu de roses rouges et pourpres mettant en valeur ses yeux vairons et son seyant tailleur fuchsia ; elle a toujours eu la main verte. Ses mocassins fauves battent le pavé à la brunante, émoustillant au passage quelques oisifs blancs-becs, rouges d’excitation. Moi, je ne suis pas un bleu ; j’ai bien vu leur manège. Je ris jaune et j’ai des bleus à l’âme… Elle a beau caresser mon rutilant marbre bleu turquin, je lui en balance des vertes et des pas mûres. Depuis peu je couche noir sur blanc mon spleen dans une nouvelle pas très fleur bleue, plutôt roman noir. Son récent forfait Orange devrait lui permettre d’obtenir le feu vert de l’éditeur

.

Boîte à lettres : Que d’O ! Il y a de l’orage dans l’R, on est AC loin du temps DT. Une 2CV eut été plus facile à stationner que cette grosse BMW  GTI! Son tailleur BCBG est très court, C talons hauts pilonnent le sol en cadence, D hurluberlus, D plus UP aux plus KP en sont tout NRV.Ci2 ! L a OT son chapeau pour se BC et poser C fleurs. L n’est pas venue I.R : balade au BHV puis à la tour FL. G.U la N. Je l’ai A.I mais je l’M quand même d’un amour XXL, c’est pour moi bien plus qu’une histoire de Q. Plus AG qu’elle (et DCD !) G un regain d’NRJ dès qu’LLA. G une ID. Tout ce VQ, GD6D de le narrer dans une nouvelle. Elle est très OQP, MM que je dois OC le ton pour qu’L appelle ou qu’L fasse un SMS à l’éditeur, rien de plus facile avec le nouveau forfait SFR 4G qu’L AHT.

 

Oublié de relire ? : Il pleuvai for. Si elle aurait su, elle aurait pas venue. Pane de voiture et donc métro ! Journée de m… Elle est venu avec un bouquet garni (pas d’échalottes ni d’autres épisses mais bien des fleurs). En harpentant  les allées du père Lachaise, elle se rang conte que plusieurs satires matent, via son gin délavé, une partie bien précise de son nanatomie… Entrenous le cou rang passe mal, on sentant mal. Quant elle est la, j’ai bot parlé for, elle mentant pas. Il faut que je me résoude à lui écrire de mes nouvelles, mais je crin un peut car je suis pas lerche for en ortograffe.                     Elle voeu en envoiller une à Lady Teur (ici personne laconnait cette dame !?) mais je crois que c’est-c’qui faut qu’elle fait, et dabord la peler avec son nouveau forfet Frit Mobil.

 

Merci Georges(1), Jacques(2) Léo(3) : il pleut(2) et il peut pleuvoir(2) l’été s’en fout(3),

 

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Les Gagnants du N°1 – Nicole Bastin –  Thème « Maman »

Les Gagnants du N°1 – Nicole Bastin – Thème « Maman »

Les auteurs du N°1

 

Nicole Bastin

À l’ombre des souvenirs en fleurs

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Des années qu’elle n’avait pas ouvert ce portail, foulé ces graviers.

Et dire que cette terre lui appartenait maintenant ! Elle avait encore du mal à concevoir la réalité d’une idée aussi folle.

Mais il fallait croire qu’elle était la seule à douter. Ni le jardin ni la maison n’avaient l’air de tenir rigueur à leur nouveau propriétaire. Bercé lentement par le vent, le peuplier majestueux qui gardait la vieille bâtisse familiale semblait gentiment la saluer et l’inviter à entrer.

 

Petite, elle pouvait à peine ouvrir la lourde porte de chêne. Aujourd’hui, elle n’eut qu’à donner un léger coup d’épaule pour faire céder le gond et pénétrer à l’intérieur.

Un étonnant mélange de senteurs enfouies, comme autant de madeleines du passé, la fit chavirer sur ses pieds. Submergée d’émotions, elle dut patienter quelques instants qu’un vertige se dissipe.

 

Au fur et à mesure, ses yeux s »habituaient à l’obscurité. Elle distinguait désormais des masses de couleur claire, comme des fantômes gisant ça et là.

Au milieu d’eux, elle ne put s’empêcher d’avancer à pas feutrés.

 

Pourtant, il était temps de les réveiller. Elle ouvrit les doubles rideaux de velours et fit entrer la tendre lumière du présent. Puis, dans un grand mouvement, elle souleva, un à un, les immenses draps blancs couvrant les dormeurs.

Dans un doux nuage de poussière, surgit alors la bergère de sa grand-mère, puis la méridienne, le secrétaire…

Des fragments d’une époque révolue lui revenaient en mémoire.

Elle pouvait presque voir sa chère Mamilou, dont les doigts délicats s’affairaient sans cesse, sur une lettre, un tricot, sa mère à la fenêtre, toujours voilée de fumée, perdue dans ses pensées et son grand-père, malin, coquin qui la pilait aux cartes avec la joie d’un gamin.

Et ce fameux guéridon ! Sur son dessus nu, dévêtu, manquait dorénavant la bonbonnière gourmande, promesse éternelle de confiseries démodées, de sucres d’orge aux mille couleurs !

 

Une ombre passa dans la pièce. Un corbeau déchira le silence.

Elle tressaillit malgré elle.

Quelle idiote ! Elle avait tenu à venir seule pour ces étranges retrouvailles avec le temps d’avant. Était-ce une erreur ?

Aaron l’attendait au café du village. Elle ferait mieux de l’appeler.

 

Non, il fallait en finir.

Elle s’approcha de l’escalier sinueux qui menait à l’étage. Comme autrefois, elle frissonna devant le sombre colimaçon qui s’enfonçait dans le noir.

Avec le grincement des marches, le malaise augmentait. Elle sentait grandir une peur sourde qui lui tordait le ventre.

 

Ça y est, elle l’avait devant elle. La « chambre rose ».

Quel nom acidulé pour un lieu tant redouté !

Elle se força à ouvrir la porte.

Tremblante, elle revit le grand lit tendu, la croix de bois au-dessus, le petit miroir fêlé et tout au fond le sinistre cabinet, triste témoin de son enfance meurtrie.

 

Avec le goût amer de ce qu’on ne peut digérer, tout lui revenait en tête.

Les gifles humiliantes, les coups sous la douche, les cris dans la nuit. La vue de ses propres mains, levées vers le plafond en un geste vain de protection. Et le regard exorbité de sa mère tandis qu’elle déchaînait sur elle ses démences passagères.

« Quand vas-tu te taire ? » criait-elle.

 

Encore maintenant, elle ne savait pas ce qui était le plus dur, les violences hystériques de sa mère ou le déchirement de la voir partir. Quand le scandale avait éclaté.

Comme un vulgaire sparadrap, il ne leur avait pas fallu longtemps pour l’arracher à elle et l’enfermer dans cette institution sordide. « Pour son bien », avaient-ils dit.

Mais comment se construire dans l’absence ?

Comment oublier, pardonner dans la distance ?

Comment guérir dans l’isolement ?

 

Aujourd’hui, tout le monde était parti. Il ne restait plus qu’elle.

Mamilou n’avait pas survécu à l’internement de sa fille. Elle avait sombré, s’était laissée faner. Papilou l’avait suivie de près, comme toujours. Depuis 15 ans maintenant, les chrysanthèmes au dessus d’eux rappelaient la ferveur de leur amour incroyable.

 

15 ans… Elle-même avait enchaîné les familles d’accueil et les centres d’aide sociale. Les visages s’étaient succédés autour d’elle dans un tourbillon administratif et sa propre indifférence.

Elle avait perdu le fil.

Jusqu’à ce qu’elle rencontre Aaron. Alors seulement, avec lui, elle avait pu émerger de ce labyrinthe opaque. Petit à petit, elle avait trouvé la sortie.

 

Pourtant, même maintenant qu’elle semblait sortie du piège, elle restait tiraillée par un lien invisible.

Rien ne pouvant plus altérer sa réalité, la figure maternelle avait pris une dimension mythique, iconique. Quoi de plus dur en effet que de confondre une légende !

Lui rendre visite peut-être, lui faire face ? Elle ne pouvait s’y résoudre.

 

Au final, la vie avait tranché. Le mois dernier.

 

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Nicole Bastin

Nicole Bastin grandit à Paris, entourée de livres, de crayons de couleur et de ses six frères et soeurs.

À 18 ans, des études de commerce lui permettent de s’évader à Grenoble puis en Angleterre.

Mais, bien vite, la capitale la rattrape. La voilà qui intègre la Walt Disney Company.  Elle y apprend, entre autres, les rudiments du métier de monteuse.

Très vite, le montage est pour elle une passion, elle décide d’en faire sa carrière.

 

Quelques années plus tard, la trentaine à peine entamée et devenue entre-temps jeune maman, Nicole perd son chat. Un événement, somme toute, extrêmement banal mais qui, de manière totalement inattendue, va raviver chez elle la flamme de l’écriture.

En imaginant ce qu’il pourrait se passer dans la tête d’un enfant qui perd son chat (et comment en le retrouvant, il aurait grandi et le chat aussi), Nicole reprend en main une plume longtemps délaissée et crée le personnage de Timothée.

Un alter-ego miniature, un Pinocchio tendre et attachant, dont Nicole tire désormais les ficelles sur son blog, « Moi Timothée » (moitimothee.blogspot.fr).

Les gagnants du N°1 – Xavier Béraud – Exercices de style

Les gagnants du N°1 – Xavier Béraud – Exercices de style

Biographie

Xavier Béraud est un musicien, chef de chœur né en 1976 à Lyon. Il commence un cursus en histoire de l’art avant d’entrer au conservatoire pour étudier le chant lyrique. En 2000, il emménage à Paris où il continuera sa formation à l’académie du gospel et dans une école de Jazz. Passionné par l’écriture, il participe depuis deux ans à l’atelier « Mot à Mot » animé par la romancière Joëlle Guillais. Cette expérience lui permet de polir son univers littéraire qui folâtre, entre autres, avec l’humour et le burlesque. Il travaille aujourd’hui sur l’écriture de plusieurs recueils de nouvelles dont un projet de chroniques autour des rois de France.

 

 

Xavier Béraud

La femme est un loup pour l’homme (Hyperbole)

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Ce jour-là, l’orage du siècle sévit. Ma femme le brava corps et âme, se précipitant sous le déluge, affrontant la tornade, luttant avec acharnement contre les éléments effrénés. Elle était cent et cent fois plus terrorisée à l’idée de trouver le cimetière fermé à double tour, que de ne pas m’y trouver moi-même. Pourtant, je reposais inéluctablement dans ma niche minuscule, flanqué à jamais dans le mur au million de défunts. Plus vite que son ombre, elle escalada l’allée centrale, foulant la cascade de feuilles mortes pour tenter de rejoindre le columbarium. Il lui fallut déployer un effort surhumain pour y parvenir. À cet instant précis, si le ciel m’avait octroyé l’immense plaisir d’être encore vivant, un insoutenable frisson m’aurait foudroyé sur le champ, tant j’étais encore éperdument amoureux d’elle.

Elle arriva devant le mur, trempée jusqu’aux os, mais la plus heureuse des femmes. Dans ses yeux de déesse, je lus de la pitié, la désolation de me voir paralyser ici pour l’éternité, alors que j’étais si jeune et sans doute l’écrivain le plus talentueux de cette dernière décennie. Ce regard fut un supplice pour moi, car je me sentais si merveilleusement bien derrière ma lucarne. Mon au-delà était un lit de ouate. Mon au-delà était délicieusement doux. Mon au-delà était un repos salvateur plus que mérité. Quant à ma femme, son sourire d’ange attestait l’amour indéfectible qu’elle me portait du plus profond de son être. Si délicieuse, si innocente, si candide, elle avait déjà oublié la guillotine sèche que je lui avais misérablement réservée en périssant dans les bras d’une autre.

Elle s’approcha timidement de mon écrin à cendres, puis délogea pléthore de chats de sa gorge, tant l’émotion la ravageait. Sa voix survint alors fluide, aussi limpide que le cristal.

« Tu peux être le plus fier de tous les hommes. Ta dernière nouvelle va être publiée chez le plus grand éditeur jamais connu jusqu’ici. Cependant, je mettrais ma main à couper que tu ne m’en as jamais parlé. Et je ne te cache pas avoir été anéantie par la manière dont je l’ai trouvée. Elle était en pièce jointe, dans l’un des mails dithyrambiques envoyés à ta sirène machiavélique, celle avec laquelle tu atteignais le nirvana chaque jeudi soir. Quelle plume déliée ! L’apothéose de la prose ! »

Cette révélation catastrophique fut pour moi comme le jugement dernier. Ma femme connaissait maintenant

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Les gagnants du N°1 – Michel Maruenda – Père Lachaise 2

Les gagnants du N°1 – Michel Maruenda – Père Lachaise 2

Ingénieur, Michel MARUENDA a fait carrière dans des grands groupes des secteurs de l’énergie et de l’environnement, sur la France et à l’international.

Depuis 2009, il accompagne des cadres dirigeants pour les aider à booster leur motivation et leur performance dans des environnements professionnels en profonde mutation.

Parallèlement, il réalise des travaux d’écriture nourris par son observation du monde qui l’entoure.

Michel Maruenda

Mes amours mortes

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J’ai un âge dit canonique, et pourtant, cela fait des lustres que je ne suis plus canon. Au fil des ans, je suis devenue transparente aux yeux de ces jeunes hommes que je croise sur les boulevards de Paris et qui me regardent sans me voir.

Quand je pense que, lorsqu’ils me rencontraient, leurs grand-pères, à leur âge, bavaient sur mes rondeurs, et sentaient leur palpitant s’emballer ! Depuis, mes attraits se sont noyés dans les eaux de la Seine et je ne suis plus qu’une vieille pomme fripée.

Alors, chaque vendredi, après ma sieste, je me rends au cimetière pour retrouver mes vieux amants. Ce rendez-vous hebdomadaire, c’est mon cinq à sept à moi, mon rancard amoureux avec les restes de mes chevaliers servants et de mes souvenirs. C’est ma vie intime de petite vieille, et c’est mon secret. Personne ne sait, pas même mes petits-enfants. Ils ne comprendraient pas. Ils se moqueraient. Peut-être-même, certains voudraient me faire interner. « Pour mon bien » qu’ils diraient.

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Les gagnants du N°1 – Emmanuelle Cart-tanneur – Thème « Maman »

Les gagnants du N°1 – Emmanuelle Cart-tanneur – Thème « Maman »

Emmanuelle Cart-tanneur

Nous ne vieillirons pas ensemble

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Ne bouge pas. S’il te plaît…

Tu vois, je n’avais jamais eu envie de te parler jusqu’à présent. Depuis le temps qu’on est ensemble, j’aurais pu. Ne serait-ce que pour te maudire. Mais j’ai préféré t’ignorer. Faire comme si tu n’avais jamais existé. Nier ton existence, pour oublier comment tu étais arrivé, et refuser de penser à ce qui allait nous arriver.

Mais ce soir il le faut bien : nous n’avons plus beaucoup de temps à passer ensemble toi et moi, et il faut que tu saches, avant de t’en aller pour toujours, pourquoi je suis dans ce car de nuit – et pourquoi je vais les laisser te tuer.

Tu ne verras jamais la couleur de mes yeux. Tu ne connaîtras jamais l’odeur de ma peau. Nous ne vieillirons pas ensemble, c’est stupide mais j’ai en tête, lancinante, la musique de ce film de Pialat que j’avais adoré. Un vieux film, je crois, mais je l’avais découvert un soir, avec lui, qui m’en avait apporté le DVD. On s’était installés sur le canapé, lovés l’un contre l’autre comme deux gros chats paresseux, comme deux petites bêtes qui se tenaient chaud, et c’est ce qu’on faisait, depuis six mois : on réchauffait nos solitudes – rien que ça, je crois. Je ne sais pas s’il m’aimait. Je ne le pense pas. Mais il m’importait peu de ne pas être aimée, j’avais un homme à moi, pour moi, des épaules pour me protéger, un toit pour m’accueillir le soir, un lit pour m’y reposer. Le futur était incertain, oui, mais je ne m’en souciais pas. Le présent était doux, et je m’y laissais glisser, détachée, sereine. Et je croyais que ça pourrait durer.

 

Je ne sais plus depuis combien de temps le car est parti. Ai-je dormi ? Somnolé, peut-être. Je n’ai pas vu la frontière – bien sûr, il n’y a plus de douane ; mon crime restera européen. Il aura pourtant fallu que je quitte la France pour accomplir ce que j’ai décidé, faute d’y avoir trouvé soutien ou compréhension. La loi l’a dit : je devais m’expatrier, ou te garder.

La loi ! Qui a pu décider un jour que la vie devait suivre des chemins rectilignes, prédéfinis, schématisés ? Quelqu’un a-t-il imaginé qu’un jour, une jeune femme de vingt-cinq ans découvrirait sa grossesse au bout de quatre mois alors qu’on l’avait dite stérile ? A-t-on codifié ce qu’elle devrait alors raconter à son père musulman qui avait toujours préféré penser que sa fille resterait vierge jusqu’au mariage ? S’est-on demandé ce qu’elle envisagerait quand son amant déciderait de reprendre sa liberté au même moment ?

Les questions sont toujours les mêmes. J’ai bien compris que personne n’aurait de réponse. Alors, j’ai décidé, toute seule. Je ne peux pas te garder.

 

Est-ce Eindhoven ou Utrecht que nous venons de passer ? J’ai consulté le trajet du car à la gare routière, avant de partir, hier soir. Il faudrait que je dorme. Mais je vois déjà le jour s’annoncer et le car arrive au petit matin.

Tu vois, on aura au moins fait un voyage, tous les deux… Je t’aurai emmené en Hollande… Quelle est cette douleur qui me rend si cynique ? Je ne voulais pas penser cela. Pardonne-moi. Même s’il est trop tard, bien trop tard pour te demander pardon.

On aurait pu… on aurait pu, oui, peut-être, s’en sortir, tous les deux. J’aurais accepté ce poste à plein temps. On aurait déménagé. On aurait pu se cacher, les premiers temps. Et puis, mon père aurait fini par comprendre.

Peut-être.

Non. Il n’aurait jamais compris.

Je n’ai pas eu le courage de l’affronter. Tu aurais été trop petit pour me le donner.

Tu aurais souffert toi aussi, tu sais. C’est aussi pour toi que je fais ça.

 

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Les Gagnants du N°1 – Philippe Pelouze – Thème « Maman »

Les Gagnants du N°1 – Philippe Pelouze – Thème « Maman »

Biographie de Philippe Pelouze

Pascal Parent est né en 1972. Photograveur de formation, il a vécu en Corée, à Séoul, en tant que displayer. Il est actuellement plasticien ; a créé un atelier, Le Collectif Antécimaise. Vit en région parisienne.

La Lorelei de L’Oréal

Philippe Pelouze

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Est-elle coupée trop court ? L’ai-je assez bien conservée ? La première question m’échappe : elle appartient à la paire de ciseaux ; à la main qui l’a tenue, à celle qui l’a ramassée. Et dans quel but ? Hagiographie de ses cheveux, la mèche est-elle un mythe ou est- ce aussi – surtout – un fragment de l’histoire ? (Elle est pour moi les deux.) Désormais, pour répondre à la question, seule la seconde m’appartient. Ou plutôt, elle est à mes regards aimants ce que le relief de la médaille à la pulpe de mon pouce a pu, lentement, avec patience, évoquer, alors qu’à celle de l’index, au même instant, d’une douce caresse, un prénom – sans atteindre celle qu’à mon cœur il appelle, espère, attend – n’était jamais qu’exploré. Ainsi, ce sachet n’était-il compris qu’entre deux sensations : tandis qu’ils n’en savaient, ces deux doigts l’explorant, ici l’ovale et là l’anneau, qu’une courbe (ils la reconstituaient comme on voit), mon regard non fortuit n’alignait, luisant, infortuné, aux cheveux vus, blonds duvets des ans passés gardant l’enclos du temps, lui, plus qu’un rêve, un souvenir recomposé. Et ce n’est pas qu’un document ! Il est là dans l’un des plis de mes habits, un peu le cœur de mon costume. Et je le puis réactiver, ce souvenir, le mettre en monde. Et même en relation avec le mien, le quotidien dira-t-on, celui de ces jours esseulé, laissé à moi-même autant qu’aux regrets, à lire le journal, celui d’aujourd’hui. Ne me parlez plus de cette date-là, du 4 septembre 1944. L’argent l’évoque où la célèbre la mèche. Hélas ! Au fond de moi je sais qu’entre ma mère et son prénom, autant qu’entre sa mèche et la médaille, il n’y a pas d’identité. Dès lors, si j’étudie les mœurs et l’économie du Nord de la France, c’est que je me suis rendu si étranger à moi-même que désormais l’histoire de ma propre famille m’est un surcroît d’étrangeté.

 

De ma mère il ne me reste que le contenu d’un petit sachet de plastique transparent à fermeture simple hermétique de fort petites dimensions : soixante millimètres utiles sur quarante-et-un de large, soixante-dix-neuf en tout dans la longueur. Ce sachet est toujours dans mon portefeuille, avec ma carte grise et le contrat d’assurance de l’automobile. Un mini-plan de métro de Lille y est collé, ancien et inutile, obsolète. Il s’agit d’une mèche de ses cheveux d’enfant, d’avant la séparation de ses parents. La couleur en est platine avec des reflets verts, comme du pollen. Il y a aussi entre les boucles, un peu ternie, une médaille d’argent. L’une des faces représente Marie, l’autre porte une date de naissance et un prénom. Non pas Maman, mais Marie-Joséphine. Et par cette médaille et par cette mèche-là, c’est tout un monde  qui m’échappe et à jamais m’échappera. Or j’ai l’intime conviction qu’alors mes doigts – le pouce un peu plus que l’index – touchaient quelque chose de marial et que cela leur permettait d’atteindre à ce que mon regard ne percevrait pas et ne pouvait percevoir : une antéposition par la voie de la mémoire. Autant dire que cette médaille m’était tout à la fois une présence actuelle et de l’oubli qui est aussi un futur et du passé autrement moins mémorable que la mèche de ses cheveux, qu’elle avait blonds comme les blés au moment du regain, lorsqu’à l’horizon stridulent les grillons. C’est bucolique à souhait mais toi mon cœur au bout de mes doigts, es-tu pour autant lavé des pailles de mon regard ?

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Les gagnants du N°1 – Monique Dahan – Thème personnel

Les gagnants du N°1 – Monique Dahan – Thème personnel

Monique DAHAN est née à Oran en 1942.

Après ses études universitaires et un parcours professionnel varié, elle crée un cabinet indépendant de conseil en gestion de patrimoine à Dijon, qu’elle dirigera pendant vingt-trois ans. Durant cette période, la rigueur mathématique et juridique ne laissera aucune place à son imagination qui soupire néanmoins, de temps en temps, à l’idée de romans qu’elle aimerait tant écrire ! Désormais libérée du poids de ses responsabilités par l’arrivée opportune de la retraite, elle peut enfin se saisir de la plume et donner libre cours à son inspiration.

 

Monique Dahan

Monsieur Emile

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Les premières lueurs du jour pointent au-dessus de la colline, puis le ciel s’embrase, annonçant l’apparition imminente du soleil. Le jour qui se lève sera, comme les précédents, brûlant et épuisant, car cet été 1947 est l’un des plus chauds depuis la création du service météorologique en 1873. C’est pourquoi le petit village auvergnat s’anime au moins deux heures plus tôt que d’habitude, afin de profiter des heures fraîches.

 

Toutes les fenêtres sont grandes ouvertes, comme autant de bouches asséchées, aspirant l’air frais du matin, que les maisons tenteront de conserver quand portes et volets se seront refermés.

Ici, on met la dernière main à la construction de l’estrade pour l’orchestre du bal du 14 Juillet ; là, on se presse déjà au marché et partout, sur les bancs, les anciens regardent s’agiter, d’un œil critique, tous ces « jeunes qui ne savent plus travailler, ma bonne dame ! »

 

Sortant de sa maison, monsieur Emile marche à pas lents, tête haute et regard fier. Ah ! C’est une célébrité locale, monsieur Emile, un authentique héros de la Résistance ! On lui a même offert la mairie, mais il l’a refusée sans donner de raison particulière. Les uns disent qu’il a quelque ressentiment à l’égard de certains villageois ; d’autres, qu’il n’en était pas capable ; d’autres encore, qu’il avait assez donné de sa personne … Mais il était résulté de cet affront fait à la commune, une partition de la population : soit il inspirait respect et admiration, soit on lui vouait rancune et hostilité. Lui, imperturbable, ne parlait plus à personne, gratifiant seulement d’un furtif signe de la tête ceux qui lui adressaient un sourire ou un salut.

 

C’est étrange, tout de même, qu’un homme aussi « bien » que lui, n’ait pas trouvé de compagne ; c’est un malheur de vivre tout seul, comme ça ! Dit une commère récemment arrivée au village.

Oh ! Mais c’est qu’il était marié avant la guerre ! Nous on l’a bien connue madame Emile, hein Janine ? Répond Marcelle, en donnant un coup de coude dans les côtes de sa voisine pour la faire acquiescer.

Ben, qu’est-ce qu’il lui est arrivé, alors ?

On n’sait pas ! C’est un mystère !

C’est pas si mystérieux que ça ! Reprend Janine ; tout le monde savait qu’ils ne s’entendaient pas !

Pour sûr ! Intervient le vieux René. Elle avait du succès la Ginette … C’était une bien jolie poulette ! Si j’avais pu …

Oh ben, toi !! Un balai avec un peu de rouge à lèvres, et tu courais derrière ! Lance Marcelle

Vieillir ne t’a pas arrangé le caractère, ma pauvre Marcelle ; toujours un mot désagréable pour chacun ! Pourtant … Si tu avais été plus gentille, je t’aurais ben fait un brin de causette !

Non, mais ; écoutez-le, celui-là ! Et Tu crois que je t’ai attendu pour … causer ? J’ai séduit les plus beaux gars du canton, moi, monsieur … Et si mon homme n’était pas mort à la guerre, j’aurais eu une famille, moi aussi !

La voix de Marcelle s’est brisée sur les derniers mots de sa tirade ; toute la rangée baisse la tête et fait silence pendant quelques secondes. C’est Janine qui ranime la discussion :

Le fait est, qu’un matin Ginette avait disparu !

On ne disparaît pas comme ça, quand même ! S’étonne la commère ; et ce … monsieur Emile, qu’est-ce qu’il a fait ?

Oh, ben il a participé aux recherches. On a ratissé les bois alentour, les ravins, les taillis … Rien ! Et puis, chez eux, il manquait une valise et des vêtements de Ginette. Les gendarmes en ont conclu qu’elle avait tout bonnement plaqué son mari !

Et elle a bien fait ! S’exclame Janine ; l’Emile, c’est peut-être un héros, mais ça ne doit pas être de la tarte de vivre avec lui ; il n’y en a que pour ses chats ! Tenez, regardez donc où il va !

 

En effet, à petits pas tranquilles, Emile se dirige vers le lavoir municipal où l’attend une dizaine de matous affamés. Il tire de son cabas une cantine en fer blanc, et distribue leur pitance aux petits félins impatients. Puis il les caresse et prend plaisir à leurs manifestations de contentement. C’est à peu près le seul moment de la journée où l’on peut le voir sourire. Ensuite, il reprend sa marche et, un jour sur deux, passe chez le boucher pour acheter du mou et, quelquefois, un morceau de viande pour sa soupe à lui.

Parce que, des chats, il en a aussi chez lui ! Ajoute Marcelle. Il ne reçoit jamais personne, mais je suis sûre que ça doit sentir la vieille pisse dans sa tanière !

René a raison ! Réplique Janine : tu es vraiment méchante ! Tu n’en sais rien du tout de l’odeur qui a chez lui ! Et puis, il trouve sans doute plus de satisfaction avec ses animaux qu’avec nous !

C’est vrai que, pendant qu’il risquait sa vie dans le maquis pour tenter de protéger les nôtres, y en a certains, ici, qui l’auraient bien vendu pour un peu d’argent ou un laissez-passer ! Ajoute René ; j’en connais au moins …

Bon, ça va, René ; la guerre est finie ! Aboie Marcelle. Eh ben, sur ces bonnes paroles, je m’en vais m’occuper un peu de chez moi !

 

Le soleil commence à chauffer ; il est temps pour chacun d’aller fermer volets et fenêtres. A partir de midi, la canicule va vider les rues jusqu’à ce que l’astre du jour entame son déclin. Alors, les enfants sortiront les premiers ; leurs jeux et leurs cris résonneront dans les ruelles étroites entre les maisons chaudes. Un peu plus tard, les anciens regagneront leurs bancs, heureux d’avoir survécu un jour de plus à la fournaise.

 

Ils sont là, comme ce matin, fidèles à leur rendez-vous informel, savourant la douceur de l’air et la chanson des grillons … pour ceux qui peuvent encore l’entendre. Les yeux fermés ou plantés dans les étoiles, à quoi pensent-ils ? A d’autres nuits aussi belles, quand ils étaient jeunes et qu’ils s’étaient échinés tout le jour à la moisson ? Aux premiers baisers maladroits, à la découverte de l’amour …

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Les gagnants du N°1 – François Camper – Père Lachaise 2

Les gagnants du N°1 – François Camper – Père Lachaise 2

François Camper : biographie

De ma naissance à Besançon (Doubs) en 1947, je n’ai, vous vous en doutez bien, aucun souvenir. Mais de mes années d’étude, jusqu’au bac, si ! Un plaisir d’écrire, de raconter qui traverse toutes les années collège et lycée, mais un bac math élem. Par goût et non en raison d’une quelconque dictature des matières scientifiques.

Après le bac, je quitte la Franche-Comté pour la Bretagne. Complète ma formation par deux années d’études philosophiques puis un retour aux amours scientifiques en licence de physique-chimie… abandonnée en fin de 2e année.

En 1970 je commence ma vie professionnelle comme professeur des collèges (matières scientifiques) puis oblique rapidement vers le journalisme. La raison a pris le dessus, j’ai fini de balancer, je choisi l’écriture ! Pendant 30 années, à Nantes, Vitré et Rennes, au sein du journal Ouest-France, j’apprends à écrire clairement, rapidement… et court, mais l’exercice laisse peu de place à la créativité.

Fan de musique classique, pour satisfaire cette envie de raconter autre chose qu’une actualité parfois bien banale, j’exerce en parallèle une activité de critique musical pour mon journal mais aussi Répertoire puis Classica. Spécialité : musiques anciennes. Ce sera l’occasion de faire, chez les interprètes autant que dans les répertoires, des rencontres chargées d’émotions propres à débrider la plume (puis le clavier).

Aujourd’hui à la retraite, j’ai de nouveau traversé la France pour revenir au pays. Mais, après avoir vécu dans de grandes métropoles, j’ai décidé de m’arrêter dans un tout petit village de montagne à quelques centaines de mètres de la Suisse. Un autre mode de vie ! Avec ses valeurs et ses travers que j’observe avec intérêt et attention et que je retranscris en contes et nouvelles sans avoir encore osé les partager.

François Camper

Le théorème du « Triangle »

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Les grands cimetières n’ont rien de lugubre. Même sous la lune ! Il s’y produit d’étranges rencontres. On y entend de curieuses conversations. En fait on y vit intensément… Vous voulez vous en convaincre ? Suivez-moi dans le carré des poètes au cimetière du Père Lachaise. Tendez l’oreille et ouvrez les yeux.

  • Pierre, réveille-toi !

 

 

  • Bon sang, fait un effort, bouge-toi un peu. Tu ne vas pas passer ton temps à dormir.

 

  • Oh, Frédéric, laisse-moi un peu tranquille. Je pense ! Tu crois que c’est facile de raconter des bêtises. Il me faut du temps pour donner l’impression que j’ai la répartie facile. Si tu l’as oublié, on est quand même un peu déconnectés de la réalité maintenant. Et puis, flûte, est-ce que je te dérange quand tu composes en cachette ?

 

  • Joue pas au cabot, Pierre. Ce n’est pas ton genre

 

  • Tu veux encore me faire écouter un de tes innombrables « nocturnes » ? T’arrêtes pas depuis que tu es enfermé sous ta pleureuse. C’est pas parce qu’on nous a abandonnés sous terre et qu’on ne revit que la nuit qu’il faut nous bassiner avec tes accords langoureux et tristes à en mourir. Change de registre Fred ! Lâche-toi. Qu’est-ce que tu dirais d’une
  • bacchanale ? Au moins on pourrait rigoler un peu tous ensemble. Demande à ton voisin Luigi si tu ne sais comment t-y prendre. Ou à Michel. Il avait le piano un peu plus joyeux que toi !

 

  • Je t’ai connu plus drôle. Tu es en panne d’inspiration ou tu fais la tronche ? Si je te hèle, c’est que j’ai besoin de toi !

 

  • Bon, allez, vas-y, accouche.

 

*

*  *

 

  • La nuit est tombée depuis longtemps sur les allées du cimetière du Père-Lachaise. L’espace appartient aux seuls « défunts ». Enfin, pas si morts que cela les pensionnaires éternels. Derrière les grands murs, cela bouge autant que de jour, mais jamais vous n’en serez témoin. A moins de me suivre…

 

  • Si ce soir, Bosquet Delille, au bout du Chemin Denon, dans le carré des poètes, l’ambiance semble un peu électrique, l’ambiance est en général plus détendue. Voire bon enfant.

 

  • La vedette, ici, c’est Frédéric ! Frédéric Chopin. Tout le jour ça se bouscule autour de sa tombe. La muse éplorée qui veille sur lui préfère cacher son regard. Lui, le pauvre, il en attrape le tournis. Au point, dès que les portes du grand cimetière se ferment sous la lumière incertaine de la lune, d’éprouver le besoin de s’échapper et d’oublier fans et groupies. Faut dire qu’il les supporte depuis 165 ans ! Des jeunes, des vieux, de toutes nationalités ; des blancs, des jaunes, des noirs… Sûrement qu’un jour, il verra des petits hommes verts venir fleurir sa tombe. Un brouhaha incessant, des bousculades… et ces fleurs ! Par dizaines, par centaines, par milliers… Il a horreur des fleurs !
  • Pour oublier, chaque soir, une fois le calme retrouvé, Frédéric part faire la fête avec ses voisins.

 

*

*  *

 

  • Tiens, au passage, me souffle en aparté, l’un des voisins du musicien, Pierre Desproges, le Pierre que hélait Frédérique au début, «la « Fête des voisins » c’est dans les cimetières qu’elle est née. Pas dans les HLM de la région parisienne ! Ici tout est aboli. Le temps et les privilèges, tout comme les classes sociales. Les monuments les plus grands, les plus riches ou les plus extravagants ne sont là que pour témoigner d’une gloire ou d’une puissance bien passée. Aujourd’hui, tous ceux qui y ont élu domicile sont sur le même pied, dans l’égalité la plus complète. Cela aide dans les rapports humains ! Tu me crois ou pas, ça m’est égal. Mais il était nécessaire que je t’en informe, foi de Monsieur Cyclopède ! ».

 

*

*  *

 

  • Mais revenons à Frédéric ! Et à ses voisins. Sous les grands arbres centenaires, le quartier du chemin Denon et ses alentours ne sont finalement pas si mal famés. Une poignée de musiciens aux styles très divers, voire opposés. Luigi Cherubini, Gustave Charpentier, Michel Petrucciani, Mano Solo… Et à peine plus loin, un peu isolé, et volant parfois la vedette à Frédéric, Jim Morrison !

 

  • Si Luigi, le « vieux » maître italien, garde une certaine distance – il en veut encore au polonais d’avoir brillé plus que lui dans les salons parisiens – les autres aiment comparer leurs styles. Petrucciani subjugue Frédéric.

 

  • « Une chance pour moi que tu sois né un siècle et demi plus tard. J’aurais eu quelques soucis à me faire côté virtuosité. Va falloir que tu m’apprennes deux trois trucs. »

 

Les rencontres entre les deux pianistes finissent toujours dans un grand éclat de rire et une sarabande de vingt doigts déliés sur un clavier imaginaire. De mémoire de résident, aucun piano n’ayant franchi les murs du cimetière !

 

Conteurs et amuseurs font aussi partie de la bande. Quand il décide de prendre l’air, Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, l’auteur de « Paul et Virginie », le plus délicat des romans d’amour, impose à tous le silence. « Faut pas que je vous laisse dans l’ignorance. Je me dois de vous narrer les vraies amours de mes héros. C’est plus proche du Marquis de Sade que d’une bluette. N’oubliez pas que Virginie était la fille d’un libertin ! Aujourd’hui, je ne crains plus rien. Mais à l’époque si l’on voulait vivre libre, il valait mieux rester dans les clous de la morale. Pas question pour moi de vivre comme le « divin marquis » qui n’aura pas vu plus le jour pendant sa vie qu’après sa mort !  »

 

L’accumulation des détails ne manque jamais de semer le trouble dans les corps décharnés et refroidis de son auditoire. Le plus assidu est Pierre Desproges. Il jouit de cette littérature salace enfouie sous des siècles d’oubli. Il se défoule.

 

  • Ça y est. Ça recommence. Y a ma libido qui me chatouille. J’arrive plus à bosser. Coucher, baiser, sauter, y a plus que ça qui compte, je n’arrête pas…. »*

 

Peut jamais aller plus loin ! Claude Chabrol le coupe à chaque fois. Ça l’amuse de trancher et de détourner les profondes pensées de son ami. Et puis il a tant d’images qui l’obsèdent qu’il lui faut sur le champ raconter le film qu’il est en train de monter dans sa tête.

 

  • «Jacques-Henri, te rends-tu compte ? C’est puissant ton histoire ! Un conte pervers à la Régine Deforges ! Tu avais deux siècles d’avance… Mais comment raconter ça sans se faire censurer. Pas simple… »

 

  • « Fait pas ton cinoche, Claude. La pellicule restera dans ta tête. C’est fini les cinés des grands boulevards ou les cinoches de quartier » se venge à chaque fois le caustique Desproges.

 

Le prude Frédéric aux amours féminines plutôt difficiles ne s’accommode guère, lui, de ces déballages érotiques mais la peinture, à la fois précise et magnifiée par les talents du conteur, du décor luxuriant des amours de Paul et Virginie lui font tendre l’oreille jusqu’au terme du récit. D’autant que le dénouement change au gré de l’inspiration.

 

Ainsi va la vie nocturne au Père-Lachaise.

 

*

*  *

  • ..

 

  • Oui, Fred, qu’est-ce qu’il t’arrive pour être aussi insistant ? Les copains te gonflent ?

 

  • Laisse tomber, ils s’amusent. Un peu grassement, mais ils s’amusent.

 

  • Il va bientôt faire jour. Tout va rentrer dans l’ordre. Et nous au bercail. Enfin, dans le trou !

 

  • Justement faut faire vite. As-tu déjà jeté un œil discret quand, de jour, seuls les vivants sont dehors ?

 

  • Ben, oui, c’est parfois marrant.

 

  • Et souvent instructif. Tu es franc-maçon, Pierre ?

 

  • Tu n’es vraiment pas bien… Tu me connais encore mal. Quelle idée ?

 

  • Alors, tu ne me feras pas le coup de la symbolique franc-maçonne.

 

  • ?

 

  • As-tu remarqué la tombe qui est en face ? « Rouland » ?

 

  • Oui, très « fin XIXe », sans grande valeur artistique. Tout à fait commune !

 

  • Je te croyais plus observateur…

 

  • ?

 

  • Toi, moi et eux, on est placés aux trois sommets d’un triangle équilatéral.

 

  • ?

 

  • Rigole si tu veux, mais j’ai le sentiment qu’on est réunis dans une même communauté.

 

  • Tu exagères. Qu’est ce qui te permet d’affirmer une énormité pareille. On ne les a jamais vu fréquenter nos petites fêtes et sorties…

 

  • Sont sans doute un peu timides. Ils n’ont pas l’habitude des planches et du spectacle. Surveille un peu ce qui se passe dans la journée et on reparle à la prochaine sortie.

 

  • Ça marche. Allez, bonjour ! Dors bien. Et s’il te vient l’envie de composer, fais-toi aider par Petrucciani !

 

L’attente fut de courte durée.

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Auteurs et extraits – Concours Exercices de style

Auteurs et extraits – Concours Exercices de style

Le concours, c’est ici

Le texte de base

Depuis sa tombe du cimetière du Père Lachaise, sous un orage, il attend la visite de sa femme. Toujours amoureux ? Elle arrive. Il parle, d’eux, de lui, de ses voisins de cimetière… Pourtant, il sait bien qu’elle ne peut pas l’entendre, tout au moins au sens matériel du terme. La chute : sa dernière nouvelle a-t-elle été retenue pour le concours ?

L’un des textes de Jean-François Foll

Prendre des couleurs

Il fait gris. Ce fut une galère pour ranger sa magnifique Clio jaune. Elle a cueilli dans son jardin un camaïeu de roses rouges et pourpres mettant en valeur ses yeux vairons  et son seyant tailleur fuchsia ; elle a toujours eu la main verte. Ses mocassins fauves battent le pavé à la brunante, émoustillant au passage quelques oisifs blancs-becs, rouges d’excitation. Moi, je ne suis pas un bleu ; j’ai bien vu leur manège. Je ris jaune et  j’ai des bleus à l’âme… Elle a beau caresser mon rutilant marbre bleu turquin, je lui en balance des vertes et des pas mûres. Depuis peu je couche noir sur blanc mon spleen dans une nouvelle pas très fleur bleue, plutôt roman noir. Son récent forfait Orange devrait lui permettre d’obtenir le feu vert de l’éditeur.

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