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Manon LE GALLO  –  Racines – Ecoutez la nouvelle

Manon LE GALLO – Racines – Ecoutez la nouvelle

RACINES

Extrait

sylve
Les branchages qui retenaient le ciel captif semblaient s’étendre pour recouvrir la forêt toute entière. Et cela n’avait aucun sens ; par cette métamorphose, l’absente était devenue omniprésente. Le deuil était fait depuis plus d’étés qu’on ne pouvait en compter, mais l’arbre demeurait, respirait l’immuable comme savent si bien le faire les choses perdues. Et les racines plongeaient plus vaillamment que jamais dans le sol, résolument agrippées au monde.

« C’est toi qui es partie, et pourtant c’est toi qui es ancrée à la terre, quand je ne fais qu’être poussée sans attache au long des années. J’ai besoin de ces racines. Laisse-moi te les emprunter. »

Pour toute réponse, une nouvelle bourrasque vint agiter l’épaisseur de la nuit, sema son lot de frissons parmi les arbustes proches. On entendit quelque chose filer sous les fougères.

 

Le recueil N° 2 de Nouvelles Magazine

Ecoutez la nouvelle


Manon LE GALLO

 

Née en 1993, j’ai passé l’essentiel de ma courte vie dans un charmant petit coin de Dordogne, avant de tourner mes pas vers Toulouse en 2010 pour y étudier puis y travailler dans le monde merveilleux de l’édition. Je passe donc ma vie dans les livres, qu’il s’agisse de plancher sur ceux des autres ou d’en noircir moi-même les pages (… ou bien d’en empiler sur mes étagères bien plus que je n’ai le temps d’en lire, il faut bien le dire).

Avec une grande prédilection pour les univers de l’imaginaire, d’abord pour l’heroic fantasy et le fantastique puis plus tard pour la science-fiction, j’ai eu la chance de voir publier mes premiers livres à l’adolescence. Aujourd’hui, j’ai quelques romans et toute une série de nouvelles dans mes tiroirs, quelques premiers prix de concours à mon actif, et en particulier un titre de lauréate du prix Clara, prix littéraire caritatif pour les moins de 18 ans lancé par et publié chez les éditions Héloïse d’Ormesson. J’ignore encore où me porteront mon imagination, ma carrière ou mon amour étrange et éclectique pour les pouvoirs surnaturels, les dragons, l’Islande, les Vikings et leurs haches, les récits mythologiques, les mers déchaînées de Turner et les overdoses de fromage fondu, mais je sais en tout cas que la route sera pavée de livres – que j’y aie œuvré en coulisses ou aie passé mes nuits blanches à les écrire…

Bibliographie

Éditions du Manuscrit : La Cité des vents, 2007 (roman, fantasy). Trois miroirs, 2009 (nouvelles, science-fiction)

Éditions Héloïse d’Ormesson : Nouvelles d’ados – Prix Clara 2011, 2011 (recueil collectif d’un prix littéraire jeunesse)

Sencho édition – Collection « Guentra »

Raconte-moi ta liberté, 2012 (recueil collectif). Deux textes publiés également dans les catalogues 2009 et 2011 « Des mots pour voir » suite au concours du site Texteimage.

Aux Éditions du Désir, Manon a publié une nouvelle dans le recueil « Nouvelles du Père Lachaise » Saison 1, sous le titre « L’infatigable », dont elle nous dit :

« Ma nouvelle est dédiée à l’immensément prolifique Gustave Doré, artiste aux mille talents. »

 

Les gagnants du N°1 – Sandira Belmude Quirin – Père Lachaise 2

Les gagnants du N°1 – Sandira Belmude Quirin – Père Lachaise 2

Sandira Quirin, biographie

Comment résumer en quelques lignes toute une vie? Quasi impossible. Et puis quel intérêt de savoir que je suis née un soir de décembre dans le sud de l’Inde, que j’ai passé ma vie à voyager grâce à un papa diplomate, que j’ai passé mon bac à Singapour pour ensuite faire des études au Canada ? Qui veut savoir que depuis toute petite je joue avec les mots pour me tenir compagnie, pour écrire ce que je tais? Cela intéresse-t-il quelqu’un d’apprendre que j’ai fini par poser mes bagages dans un petit coin de Normandie où je travaille avec mon mari en regardant avec fierté nos enfants grandir ? Je ne pense pas. Mais puisque notre point commun ce sont les mots, parlons-en. En février dernier j’ai osé, sous l’insistance de ma sœur et amie, montrer mes écrits à un éditeur. Surprise ! L’éditrice en a fait un recueil publié cet été, et chose incroyable nous préparons le deuxième. Alors je me suis laissée tenter par ce concours sur le thème du Père Lachaise et la encore, une bonne nouvelle. Cela m’amène à aborder mon univers, de ce que l’on ne voit pas mais qui existe, de cette lueur dans les épreuves, même les plus terribles. En parler serait trop long, mais si vous avez envie de voyager dans mon monde, je vous y attends.

 Sandira Belmude Quirin

Lisa

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Comme tous les matins, Kurt s’étire de sa longue nuit avant de s’installer sur le pallier de sa demeure. Un café serait le bienvenu mais cela fait plus d’un demi-siècle qu’il n’en a pas bu. Pourtant, en se concentrant bien il arrive à se souvenir de l’arôme qui, à l’époque, se dégageait de la petite tasse et en faisant un effort de plus, il lui semble même percevoir le goût amer glisser le long de sa gorge.

 

Assis sur le granit froid, il observe. Il ne fait plus que ça, observer. Le temps est long. Son voisin de gauche lui a dit un jour :  » considère cela comme ta retraite. » Tu parles d’une retraite ! Elle n’en finit pas et il n’y a rien à faire sinon attendre on ne sait quoi. Parfois une visite, son fils et sa belle fille qui apportent des fleurs, font un brin de ménage sans un mot avant de repartir. À quoi bon venir puisqu’ils ne lui parlent pas. Certes il est mort mais il n’est pas sourd !

 

Kurt observe donc en soupirant les grandes allées habillées d’arbres. Dans quelques minutes les portes s’ouvriront pour laisser entrer ceux qui ont perdu un proche mais aussi les curieux, les touristes à la recherche de célébrités, plan en main débutant une sorte de chasse au trésor. Il ne se fait pas d’illusion. Il n’est pas sur le plan.

 

Pour s’occuper il essaie de deviner les relations qu’avaient ses voisins avec leurs visiteurs. Devant les larmes il comprend le manque mais le silence lui pose plus d’interrogations. Étaient-ils si mauvais qu’on ne les pleure plus, ou est-ce l’oubli ? Aucune réponse pour le moment. Bien sûr il s’est remis en question lui aussi, pour comprendre, pour occuper le temps. Sa vie n’était pas exaltante mais il a toujours été là pour sa femme et son fils. À ce sujet, cela fait longtemps que son épouse ne lui a pas rendu visite et comme son fils ne lui parle pas, il ne sait toujours pas pourquoi. Il en est de même pour certains voisins de son « quartier », ils sont partis on ne sait où.

Leurs familles viennent encore devant leur dernière demeure et ils ne se rendent même pas compte qu’elle est vide  ! Et pourquoi est-il, lui, encore là ? Timide de nature, il n’ose pas se renseigner. Ou à-t-il peur des réponses ?

 

Tiens, un visiteur. Une petite fille. Cela fait déjà deux jours que Kurt l’a repérée, sillonnant les allées d’un pas léger. Même si elle s’arrête volontiers non loin de lui, il est peu probable qu’elle soit de sa famille, à moins que sa mémoire ne lui fasse défaut.

Contrairement aux autres enfants qu’il voit régulièrement courir en riant, celle-ci a le regard triste. Tellement triste qu’il arrive à l’atteindre et le troubler. Allez, il faut oser…

 

— » Bonjour… »

La fillette sursaute.

— » Je ne voulais pas t’effrayer. Je m’appelle Kurt, et toi ?

  • Lisa, bonjour monsieur.
  • Que fais-tu ici toute seule ? Où sont tes parents ?
  • Je ne sais pas. Je ne trouve plus ma maman. »

 

Kurt est bouleversé devant cette petite poupée blonde aux cheveux ondulés qui couvrent ses épaules fragiles.

 

  • « On va la retrouver, je vais t’aider si tu veux. »

 

Lisa lui tend la main et hoche la tête en signe d’acquiescement. Cela fait si longtemps qu’il n’a pas tenu la main d’une enfant qu’il ose à peine la saisir de peur de lui faire mal. Du haut de son mètre quatre vingt dix, qui faisait son charme à l’époque, il lui sourit.

Ils parcourent ainsi les allées, les chemins, à la recherche de la maman. Lisa ne dit rien, elle avance au rythme de Kurt, tournant parfois la tête à gauche, à droite, dans l’espoir de reconnaître la silhouette maternelle. Parfois elle s’arrête pour ramasser des feuilles d’érables que l’automne commence à semer.

 

  • « Je vais faire un bouquet pour maman. »

 

Attendri, Kurt passe sa main dans les boucles blondes avant de poursuivre ses recherches. Au passage il demande à une petite grand-mère, si, par hasard, elle aurait vu quelque chose. Émue à son tour par cette enfant au regard triste, elle décide de mobiliser tous les défunts qu’elle connaît. Une véritable chasse à la maman est organisée.

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Les gagnants du N°1 – Emilie Boré – 15’000 signes, espaces compris

Les gagnants du N°1 – Emilie Boré – 15’000 signes, espaces compris

Biographie

À cause du manque d’entrain de son hémisphère gauche, Émilie Boré a renoncé à faire des études de médecine pour s’adonner aux sciences molles. Historienne de l’art par vocation, elle a passé quatre ans dans le marché de l’art et se passionne pour le genre du paysage (elle s’intéresse toujours de très près à l’iconographie des glaciers alpins). Chroniqueuse satirique par dévotion, elle a collaboré à l’hebdomadaire suisse romand Vigousse comme responsable des pages culturelles et journaliste judiciaire. Pourvoyeuse de contenu par obligation, elle a été rédactrice en chef du site web et du magazine Loisirs.ch jusqu’en 2014. Aujourd’hui, elle continue à gribouiller des histoires et des chansons avec ses deux chats, Duke et Lington, sur les genoux. Elle a publié son premier livre en 2014 aux éditions Stentor, Contes saugrenus pour endormir les parents, et a un album jeunesse en préparation qui narre les déboires d’un loup végétarien (sortie prévue en mars 2015).

Emilie Boré

15’000 signes, espaces compris

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Elle s’assit sur une tombe au hasard de la division 39 du fameux cimetière parisien, celui du confesseur de Louis-elle-ne-savait-plus-combien.

 

15’000 signes, espaces compris, pour une nouvelle autour du Père-Lachaise. Le thème du concours littéraire (célébrités et anonymes trépassés parlant entre eux et avec les vivants) vacillait dans l’esprit d’Émilie comme un feu follet ; elle trouvait ce sujet espiègle et terrifiant à la fois. Pourtant, c’était la consigne qui tournait dans son esprit comme une formule magique, entêtante : 15’000 signes, espaces compris. Elle qui se perdait généralement en phrases à rallonge et parenthèses à tiroirs, elle était inquiète.

 

Emmitouflée dans une longue doudoune et chaussée de bottes italiennes fourrées pour parer à cette froide fin d’après-midi de novembre, elle se cala confortablement contre la pierre tombale et laissa dériver son esprit sur les vertus synthétiques de l’épitaphe. 15’000 signes, espaces compris. Elle imagina alors le caveau de Jacques Chirac portant l’inscription « 5 minutes, douche comprise » et pouffa.

 

Puis, lorgnant la pointe impeccable de ses bottes appuyées sur le granit épuisé, elle pensa à la tombe de

 

Jacques Prévert à Omonville-la-Petite, dans le Cotentin ; pas une sculpture, à peine un tombeau. Juste un tumulus surmonté d’une pierre brute, recouvert de marguerites, de bruyère et d’hortensias. Nos morts ressemblent à nos vies, songea Émilie revenue à des pensées plus profondes. Celui qui a chanté la nature sauvage des fleurs comme celle des hommes se retrouve, fort justement, dans l’humilité de la terre.

Elle tourna la tête, vit la tombe grandiloquente d’un maréchal d’Empire avec ses empilements de colonnettes, de médaillons sculptés et de pyramides orgueilleuses. Cette parade post-mortem la dérouta. Ne sera-t-on jamais en paix, vraiment ? Faudra-t-il rouler des mécaniques jusque dans le sépulcre ? L’égalité devant la mort, tu parles ! Va dire à Mozart, dont les os se battent en duel dans une fosse commune, qu’il a autant d’importance que Balzac, encensé dans sa robe de chambre en pierre. Émilie nota dans son carnet Moleskine que la robe de chambre de Balzac, sculptée par Rodin, était un « mondain habit de nuit éternelle ».

 

— Hé ! lança une voix.

— Hein ? murmura Émilie qui capuchonna son Mont-Blanc n’importe comment.

 

Se redressant sur ses jambes, elle chassa rapidement un pli disgracieux que sa doudoune

formait au niveau du ventre (qu’elle avait pourtant plat), se retourna vers la division 25 d’où provenait la voix, mais  ne vit rien. Frissons, jambes molles, cœur dans la gorge, déglutissement malhabile. Émilie ressentit la liste habituelle de ses symptômes d’angoisse qui arrivaient à peu près n’importe quand, surtout quand il n’y avait absolument aucun danger.

 

— Ben ça vous réussit pas d’être au cimetière. Vous êtes toute pâle, blanche comme un suaire !

 

La voix venait « d’en bas ». Nom de Dieu, Hadès m’a entendu me foutre de ses morts, il m’appelle, il veut que je descende, pensa Émilie entre deux spasmes nauséeux.

 

— Là ! Non, au-delà ! Où…, là, en bas ! Dans le trou !

 

Enfin elle le vit. Un homme, plus en chair qu’en os, appuyé contre une pelle (et non une faux comme elle le crut d’abord), au fond d’un profond trou, de l’autre côté de l’allée. Un fossoyeur ! Oh, la bonne nouvelle… Ayant recouvert toute sa faculté de juger (et par la même occasion,  celles de marcher, sentir, déglutir et aimer), Émilie prit le temps de penser à Brassens, à la plage de Sète, à ces endroits de vrai répit où elle aimerait finir ses jours. Et pas dans un parc d’attractions de la mort comme ce Père Lachaise. Elle traversa l’allée et gagna le bord de la division 25 pour s’approcher de son interlocuteur des abysses.

 

— Bonjour, Monsieur. Pardon, je ne comprenais pas d’où venait cette voix… spectrale !

Elle agita nerveusement ses doigts en forme de guillemets avant de reprendre, en direction du trou : Non, mais ça va. Je suis très blanche de nature, mon côté « aristocrate » dit ma mère. Elle acheva sa phrase par un petit rire mondain.

 

— Mais ça va faire une heure que vous êtes là ! C’est pas un lieu pour jeunes filles, croyez-moi, répondit-t-il en riant aussi, d’un rire toutefois moins cristallin – sans doute à cause de son âge avancé et, peut-être aussi, de son nez très aquilin. Émilie trouva qu’il ressemblait à un aigle ; avec ses deux yeux perçants, comme des billes noires, qui la déshabillait.

 

— Non, mais en fait, je viens m’imprégner du lieu parce que je participe à un concours de nouvelles dont le thème tourne autour du cimetière du Père Lachaise.

 

L’homme la regarda avec un fin sourire (il avait une bouche vraiment très mince, comme un trait de crayon entre le nez et le menton) et il leva les yeux vers le ciel, comme un haussement d’épaules du cœur.

 

— Voici les auteurs attirés bien bas… Plume à la main dans un triste décor, cherchant une muse dans le trépas : au lieu de vivre, ils regardent les morts.

— Joli, concéda la jeune femme intriguée par la verve de l’ouvrier.

 

Pur produit de la ville, pensa-t-elle. Elle écrirait dans son Moleskine, plus tard (bien après la clôture du concours) : « C’était une sorte de Charon entre la vie et la mort, entre la nature qu’il creusait et la culture qu’il cultivait. Il avait d’ailleurs un nez bourbon, une noble bouche un peu pincée (mais peut-être n’avait-il tout simplement plus beaucoup de dents ?) ».

Le fossoyeur jeta sa pelle, s’adossa à la paroi du trou et croisa les bras.

 

— C’est sûr, les passants pensent qu’on est pragmatique avec nos tractopelles et nos mines blasées. Mais faut pas croire… Ou plutôt si ! On a des tics, on entend des voix, on voit des choses passer…

— Vous voulez dire que vous avez des connexions avec l’au-delà ?

— Ouais ma petite dame, et en haut débit même. De quoi écrire, mais dans l’genre requiem…

— Non, vous me charriez, s’abandonna Émilie en adoptant un ton nettement plus familier.

Il rit à nouveau de sa grosse voix rauque d’ouvrier qui a eu froid souvent et renifla.

— Non je vous charrie pas ! Il y a bien des signes. Des signes qui trompent pas.

— Mais comment ça, des signes ?

— Tenez, sur la tombe de Monsieur Parmentier où vous étiez assise. Au-dessus, tous les jours, on pose une patate : Ratte ou Désirée, Belle de Fontenay, Daisy ou Pompadour.

— Vous vous y connaissez drôlement en pommes de terre ! siffla Émilie admirative. C’est vrai que c’est drôle.

— Ce serait hilarant si on savait qui c’est ! Qui c’est qui les apporte et pourquoi il le fait !

— Un maniaque de la patate, lança Émilie, amusée. Je ne sais pas moi, un belge névrosé !

— Mais ça fait 41 ans, quelle guigne ! Pour un total de 15’000 jours, 15’000 signes…

— Espace compris ?

— Hein ?

— Non, pardon. C’est juste que je cherche un thème pour cette nouvelle et je trouve que la mort est un sujet sans fond.

— Ça doit être long ? demanda le fossoyeur, visiblement intéressé.

— 15’000 signes.

— Espace compris ?

— Espace compris.

 

Il cracha dans ses mains, reprit sa pelle et se remit au travail.

 

— Ce qu’il faut c’est la chute ; une fin bien pensée. Quelle que soit la culbute : une pointe, un arrêt.

— Mmmh. Je vois que vous écrivez un peu… Hein ?

Elle lui fit un petit sourire en coin, un sourire bien particulier qu’elle avait dans l’idée de faire breveter tant son efficacité était redoutable : immanquablement, il appelait la confession. Cela ne manqua pas, le fossoyeur inclina la tête contre son cou comme une tourterelle qui se rengorge et frotta sa joue imberbe du revers de la main.

 

— Oh, des gaudrioles ; des historiettes sur le genre humain, des trucs un peu grivois parfois… C’est que j’en vois passer des vivants !

Et vous avez d’autres histoires ? demanda Émilie intriguée.

 

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Les Gagnants du N°1 – Jean-François Foll – Exercices de style

Les Gagnants du N°1 – Jean-François Foll – Exercices de style

Jean-François Foll

Exercices de style

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Paraphilie sépulcrale : Il pleut fort. Elle est en retard pour avoir eu beaucoup de mal à garer sa voiture. Comme toujours elle est très élégante. Elle tient un énorme bouquet. Le bruit de ses chaussures à talons sur les pavés des allées du cimetière éveille une kyrielle d’émotions étranges. Que de fétichistes du pied dans ce cimetière ! Et moi, je suis seul,  bien obligé de l’attendre ; pour bien des raisons je me sens au fond du trou… Elle se penche, j’ai beau parler, crier, vociférer elle ne m’entend pas ; alors je me suis résolu à écrire un texte dont elle est l’héroïne. Mais en a-t-elle parlé récemment à l’éditeur ? Ça fait longtemps qu’il n’a pas donné de nouvelles…

 

Prendre des couleurs : Il fait gris. Ce fut une galère pour ranger sa magnifique Clio jaune. Elle a cueilli dans son jardin un camaïeu de roses rouges et pourpres mettant en valeur ses yeux vairons et son seyant tailleur fuchsia ; elle a toujours eu la main verte. Ses mocassins fauves battent le pavé à la brunante, émoustillant au passage quelques oisifs blancs-becs, rouges d’excitation. Moi, je ne suis pas un bleu ; j’ai bien vu leur manège. Je ris jaune et j’ai des bleus à l’âme… Elle a beau caresser mon rutilant marbre bleu turquin, je lui en balance des vertes et des pas mûres. Depuis peu je couche noir sur blanc mon spleen dans une nouvelle pas très fleur bleue, plutôt roman noir. Son récent forfait Orange devrait lui permettre d’obtenir le feu vert de l’éditeur

.

Boîte à lettres : Que d’O ! Il y a de l’orage dans l’R, on est AC loin du temps DT. Une 2CV eut été plus facile à stationner que cette grosse BMW  GTI! Son tailleur BCBG est très court, C talons hauts pilonnent le sol en cadence, D hurluberlus, D plus UP aux plus KP en sont tout NRV.Ci2 ! L a OT son chapeau pour se BC et poser C fleurs. L n’est pas venue I.R : balade au BHV puis à la tour FL. G.U la N. Je l’ai A.I mais je l’M quand même d’un amour XXL, c’est pour moi bien plus qu’une histoire de Q. Plus AG qu’elle (et DCD !) G un regain d’NRJ dès qu’LLA. G une ID. Tout ce VQ, GD6D de le narrer dans une nouvelle. Elle est très OQP, MM que je dois OC le ton pour qu’L appelle ou qu’L fasse un SMS à l’éditeur, rien de plus facile avec le nouveau forfait SFR 4G qu’L AHT.

 

Oublié de relire ? : Il pleuvai for. Si elle aurait su, elle aurait pas venue. Pane de voiture et donc métro ! Journée de m… Elle est venu avec un bouquet garni (pas d’échalottes ni d’autres épisses mais bien des fleurs). En harpentant  les allées du père Lachaise, elle se rang conte que plusieurs satires matent, via son gin délavé, une partie bien précise de son nanatomie… Entrenous le cou rang passe mal, on sentant mal. Quant elle est la, j’ai bot parlé for, elle mentant pas. Il faut que je me résoude à lui écrire de mes nouvelles, mais je crin un peut car je suis pas lerche for en ortograffe.                     Elle voeu en envoiller une à Lady Teur (ici personne laconnait cette dame !?) mais je crois que c’est-c’qui faut qu’elle fait, et dabord la peler avec son nouveau forfet Frit Mobil.

 

Merci Georges(1), Jacques(2) Léo(3) : il pleut(2) et il peut pleuvoir(2) l’été s’en fout(3),

 

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Les Gagnants du N°1 – Nicole Bastin –  Thème « Maman »

Les Gagnants du N°1 – Nicole Bastin – Thème « Maman »

Les auteurs du N°1

 

Nicole Bastin

À l’ombre des souvenirs en fleurs

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Des années qu’elle n’avait pas ouvert ce portail, foulé ces graviers.

Et dire que cette terre lui appartenait maintenant ! Elle avait encore du mal à concevoir la réalité d’une idée aussi folle.

Mais il fallait croire qu’elle était la seule à douter. Ni le jardin ni la maison n’avaient l’air de tenir rigueur à leur nouveau propriétaire. Bercé lentement par le vent, le peuplier majestueux qui gardait la vieille bâtisse familiale semblait gentiment la saluer et l’inviter à entrer.

 

Petite, elle pouvait à peine ouvrir la lourde porte de chêne. Aujourd’hui, elle n’eut qu’à donner un léger coup d’épaule pour faire céder le gond et pénétrer à l’intérieur.

Un étonnant mélange de senteurs enfouies, comme autant de madeleines du passé, la fit chavirer sur ses pieds. Submergée d’émotions, elle dut patienter quelques instants qu’un vertige se dissipe.

 

Au fur et à mesure, ses yeux s »habituaient à l’obscurité. Elle distinguait désormais des masses de couleur claire, comme des fantômes gisant ça et là.

Au milieu d’eux, elle ne put s’empêcher d’avancer à pas feutrés.

 

Pourtant, il était temps de les réveiller. Elle ouvrit les doubles rideaux de velours et fit entrer la tendre lumière du présent. Puis, dans un grand mouvement, elle souleva, un à un, les immenses draps blancs couvrant les dormeurs.

Dans un doux nuage de poussière, surgit alors la bergère de sa grand-mère, puis la méridienne, le secrétaire…

Des fragments d’une époque révolue lui revenaient en mémoire.

Elle pouvait presque voir sa chère Mamilou, dont les doigts délicats s’affairaient sans cesse, sur une lettre, un tricot, sa mère à la fenêtre, toujours voilée de fumée, perdue dans ses pensées et son grand-père, malin, coquin qui la pilait aux cartes avec la joie d’un gamin.

Et ce fameux guéridon ! Sur son dessus nu, dévêtu, manquait dorénavant la bonbonnière gourmande, promesse éternelle de confiseries démodées, de sucres d’orge aux mille couleurs !

 

Une ombre passa dans la pièce. Un corbeau déchira le silence.

Elle tressaillit malgré elle.

Quelle idiote ! Elle avait tenu à venir seule pour ces étranges retrouvailles avec le temps d’avant. Était-ce une erreur ?

Aaron l’attendait au café du village. Elle ferait mieux de l’appeler.

 

Non, il fallait en finir.

Elle s’approcha de l’escalier sinueux qui menait à l’étage. Comme autrefois, elle frissonna devant le sombre colimaçon qui s’enfonçait dans le noir.

Avec le grincement des marches, le malaise augmentait. Elle sentait grandir une peur sourde qui lui tordait le ventre.

 

Ça y est, elle l’avait devant elle. La « chambre rose ».

Quel nom acidulé pour un lieu tant redouté !

Elle se força à ouvrir la porte.

Tremblante, elle revit le grand lit tendu, la croix de bois au-dessus, le petit miroir fêlé et tout au fond le sinistre cabinet, triste témoin de son enfance meurtrie.

 

Avec le goût amer de ce qu’on ne peut digérer, tout lui revenait en tête.

Les gifles humiliantes, les coups sous la douche, les cris dans la nuit. La vue de ses propres mains, levées vers le plafond en un geste vain de protection. Et le regard exorbité de sa mère tandis qu’elle déchaînait sur elle ses démences passagères.

« Quand vas-tu te taire ? » criait-elle.

 

Encore maintenant, elle ne savait pas ce qui était le plus dur, les violences hystériques de sa mère ou le déchirement de la voir partir. Quand le scandale avait éclaté.

Comme un vulgaire sparadrap, il ne leur avait pas fallu longtemps pour l’arracher à elle et l’enfermer dans cette institution sordide. « Pour son bien », avaient-ils dit.

Mais comment se construire dans l’absence ?

Comment oublier, pardonner dans la distance ?

Comment guérir dans l’isolement ?

 

Aujourd’hui, tout le monde était parti. Il ne restait plus qu’elle.

Mamilou n’avait pas survécu à l’internement de sa fille. Elle avait sombré, s’était laissée faner. Papilou l’avait suivie de près, comme toujours. Depuis 15 ans maintenant, les chrysanthèmes au dessus d’eux rappelaient la ferveur de leur amour incroyable.

 

15 ans… Elle-même avait enchaîné les familles d’accueil et les centres d’aide sociale. Les visages s’étaient succédés autour d’elle dans un tourbillon administratif et sa propre indifférence.

Elle avait perdu le fil.

Jusqu’à ce qu’elle rencontre Aaron. Alors seulement, avec lui, elle avait pu émerger de ce labyrinthe opaque. Petit à petit, elle avait trouvé la sortie.

 

Pourtant, même maintenant qu’elle semblait sortie du piège, elle restait tiraillée par un lien invisible.

Rien ne pouvant plus altérer sa réalité, la figure maternelle avait pris une dimension mythique, iconique. Quoi de plus dur en effet que de confondre une légende !

Lui rendre visite peut-être, lui faire face ? Elle ne pouvait s’y résoudre.

 

Au final, la vie avait tranché. Le mois dernier.

 

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Nicole Bastin

Nicole Bastin grandit à Paris, entourée de livres, de crayons de couleur et de ses six frères et soeurs.

À 18 ans, des études de commerce lui permettent de s’évader à Grenoble puis en Angleterre.

Mais, bien vite, la capitale la rattrape. La voilà qui intègre la Walt Disney Company.  Elle y apprend, entre autres, les rudiments du métier de monteuse.

Très vite, le montage est pour elle une passion, elle décide d’en faire sa carrière.

 

Quelques années plus tard, la trentaine à peine entamée et devenue entre-temps jeune maman, Nicole perd son chat. Un événement, somme toute, extrêmement banal mais qui, de manière totalement inattendue, va raviver chez elle la flamme de l’écriture.

En imaginant ce qu’il pourrait se passer dans la tête d’un enfant qui perd son chat (et comment en le retrouvant, il aurait grandi et le chat aussi), Nicole reprend en main une plume longtemps délaissée et crée le personnage de Timothée.

Un alter-ego miniature, un Pinocchio tendre et attachant, dont Nicole tire désormais les ficelles sur son blog, « Moi Timothée » (moitimothee.blogspot.fr).

Les gagnants du N°1 – Xavier Béraud – Exercices de style

Les gagnants du N°1 – Xavier Béraud – Exercices de style

Biographie

Xavier Béraud est un musicien, chef de chœur né en 1976 à Lyon. Il commence un cursus en histoire de l’art avant d’entrer au conservatoire pour étudier le chant lyrique. En 2000, il emménage à Paris où il continuera sa formation à l’académie du gospel et dans une école de Jazz. Passionné par l’écriture, il participe depuis deux ans à l’atelier « Mot à Mot » animé par la romancière Joëlle Guillais. Cette expérience lui permet de polir son univers littéraire qui folâtre, entre autres, avec l’humour et le burlesque. Il travaille aujourd’hui sur l’écriture de plusieurs recueils de nouvelles dont un projet de chroniques autour des rois de France.

 

 

Xavier Béraud

La femme est un loup pour l’homme (Hyperbole)

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Ce jour-là, l’orage du siècle sévit. Ma femme le brava corps et âme, se précipitant sous le déluge, affrontant la tornade, luttant avec acharnement contre les éléments effrénés. Elle était cent et cent fois plus terrorisée à l’idée de trouver le cimetière fermé à double tour, que de ne pas m’y trouver moi-même. Pourtant, je reposais inéluctablement dans ma niche minuscule, flanqué à jamais dans le mur au million de défunts. Plus vite que son ombre, elle escalada l’allée centrale, foulant la cascade de feuilles mortes pour tenter de rejoindre le columbarium. Il lui fallut déployer un effort surhumain pour y parvenir. À cet instant précis, si le ciel m’avait octroyé l’immense plaisir d’être encore vivant, un insoutenable frisson m’aurait foudroyé sur le champ, tant j’étais encore éperdument amoureux d’elle.

Elle arriva devant le mur, trempée jusqu’aux os, mais la plus heureuse des femmes. Dans ses yeux de déesse, je lus de la pitié, la désolation de me voir paralyser ici pour l’éternité, alors que j’étais si jeune et sans doute l’écrivain le plus talentueux de cette dernière décennie. Ce regard fut un supplice pour moi, car je me sentais si merveilleusement bien derrière ma lucarne. Mon au-delà était un lit de ouate. Mon au-delà était délicieusement doux. Mon au-delà était un repos salvateur plus que mérité. Quant à ma femme, son sourire d’ange attestait l’amour indéfectible qu’elle me portait du plus profond de son être. Si délicieuse, si innocente, si candide, elle avait déjà oublié la guillotine sèche que je lui avais misérablement réservée en périssant dans les bras d’une autre.

Elle s’approcha timidement de mon écrin à cendres, puis délogea pléthore de chats de sa gorge, tant l’émotion la ravageait. Sa voix survint alors fluide, aussi limpide que le cristal.

« Tu peux être le plus fier de tous les hommes. Ta dernière nouvelle va être publiée chez le plus grand éditeur jamais connu jusqu’ici. Cependant, je mettrais ma main à couper que tu ne m’en as jamais parlé. Et je ne te cache pas avoir été anéantie par la manière dont je l’ai trouvée. Elle était en pièce jointe, dans l’un des mails dithyrambiques envoyés à ta sirène machiavélique, celle avec laquelle tu atteignais le nirvana chaque jeudi soir. Quelle plume déliée ! L’apothéose de la prose ! »

Cette révélation catastrophique fut pour moi comme le jugement dernier. Ma femme connaissait maintenant

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Les gagnants du N°1 – Michel Maruenda – Père Lachaise 2

Les gagnants du N°1 – Michel Maruenda – Père Lachaise 2

Ingénieur, Michel MARUENDA a fait carrière dans des grands groupes des secteurs de l’énergie et de l’environnement, sur la France et à l’international.

Depuis 2009, il accompagne des cadres dirigeants pour les aider à booster leur motivation et leur performance dans des environnements professionnels en profonde mutation.

Parallèlement, il réalise des travaux d’écriture nourris par son observation du monde qui l’entoure.

Michel Maruenda

Mes amours mortes

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J’ai un âge dit canonique, et pourtant, cela fait des lustres que je ne suis plus canon. Au fil des ans, je suis devenue transparente aux yeux de ces jeunes hommes que je croise sur les boulevards de Paris et qui me regardent sans me voir.

Quand je pense que, lorsqu’ils me rencontraient, leurs grand-pères, à leur âge, bavaient sur mes rondeurs, et sentaient leur palpitant s’emballer ! Depuis, mes attraits se sont noyés dans les eaux de la Seine et je ne suis plus qu’une vieille pomme fripée.

Alors, chaque vendredi, après ma sieste, je me rends au cimetière pour retrouver mes vieux amants. Ce rendez-vous hebdomadaire, c’est mon cinq à sept à moi, mon rancard amoureux avec les restes de mes chevaliers servants et de mes souvenirs. C’est ma vie intime de petite vieille, et c’est mon secret. Personne ne sait, pas même mes petits-enfants. Ils ne comprendraient pas. Ils se moqueraient. Peut-être-même, certains voudraient me faire interner. « Pour mon bien » qu’ils diraient.

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Les gagnants du N°1 – Emmanuelle Cart-tanneur – Thème « Maman »

Les gagnants du N°1 – Emmanuelle Cart-tanneur – Thème « Maman »

Emmanuelle Cart-tanneur

Nous ne vieillirons pas ensemble

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Ne bouge pas. S’il te plaît…

Tu vois, je n’avais jamais eu envie de te parler jusqu’à présent. Depuis le temps qu’on est ensemble, j’aurais pu. Ne serait-ce que pour te maudire. Mais j’ai préféré t’ignorer. Faire comme si tu n’avais jamais existé. Nier ton existence, pour oublier comment tu étais arrivé, et refuser de penser à ce qui allait nous arriver.

Mais ce soir il le faut bien : nous n’avons plus beaucoup de temps à passer ensemble toi et moi, et il faut que tu saches, avant de t’en aller pour toujours, pourquoi je suis dans ce car de nuit – et pourquoi je vais les laisser te tuer.

Tu ne verras jamais la couleur de mes yeux. Tu ne connaîtras jamais l’odeur de ma peau. Nous ne vieillirons pas ensemble, c’est stupide mais j’ai en tête, lancinante, la musique de ce film de Pialat que j’avais adoré. Un vieux film, je crois, mais je l’avais découvert un soir, avec lui, qui m’en avait apporté le DVD. On s’était installés sur le canapé, lovés l’un contre l’autre comme deux gros chats paresseux, comme deux petites bêtes qui se tenaient chaud, et c’est ce qu’on faisait, depuis six mois : on réchauffait nos solitudes – rien que ça, je crois. Je ne sais pas s’il m’aimait. Je ne le pense pas. Mais il m’importait peu de ne pas être aimée, j’avais un homme à moi, pour moi, des épaules pour me protéger, un toit pour m’accueillir le soir, un lit pour m’y reposer. Le futur était incertain, oui, mais je ne m’en souciais pas. Le présent était doux, et je m’y laissais glisser, détachée, sereine. Et je croyais que ça pourrait durer.

 

Je ne sais plus depuis combien de temps le car est parti. Ai-je dormi ? Somnolé, peut-être. Je n’ai pas vu la frontière – bien sûr, il n’y a plus de douane ; mon crime restera européen. Il aura pourtant fallu que je quitte la France pour accomplir ce que j’ai décidé, faute d’y avoir trouvé soutien ou compréhension. La loi l’a dit : je devais m’expatrier, ou te garder.

La loi ! Qui a pu décider un jour que la vie devait suivre des chemins rectilignes, prédéfinis, schématisés ? Quelqu’un a-t-il imaginé qu’un jour, une jeune femme de vingt-cinq ans découvrirait sa grossesse au bout de quatre mois alors qu’on l’avait dite stérile ? A-t-on codifié ce qu’elle devrait alors raconter à son père musulman qui avait toujours préféré penser que sa fille resterait vierge jusqu’au mariage ? S’est-on demandé ce qu’elle envisagerait quand son amant déciderait de reprendre sa liberté au même moment ?

Les questions sont toujours les mêmes. J’ai bien compris que personne n’aurait de réponse. Alors, j’ai décidé, toute seule. Je ne peux pas te garder.

 

Est-ce Eindhoven ou Utrecht que nous venons de passer ? J’ai consulté le trajet du car à la gare routière, avant de partir, hier soir. Il faudrait que je dorme. Mais je vois déjà le jour s’annoncer et le car arrive au petit matin.

Tu vois, on aura au moins fait un voyage, tous les deux… Je t’aurai emmené en Hollande… Quelle est cette douleur qui me rend si cynique ? Je ne voulais pas penser cela. Pardonne-moi. Même s’il est trop tard, bien trop tard pour te demander pardon.

On aurait pu… on aurait pu, oui, peut-être, s’en sortir, tous les deux. J’aurais accepté ce poste à plein temps. On aurait déménagé. On aurait pu se cacher, les premiers temps. Et puis, mon père aurait fini par comprendre.

Peut-être.

Non. Il n’aurait jamais compris.

Je n’ai pas eu le courage de l’affronter. Tu aurais été trop petit pour me le donner.

Tu aurais souffert toi aussi, tu sais. C’est aussi pour toi que je fais ça.

 

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Les Gagnants du N°1 – Philippe Pelouze – Thème « Maman »

Les Gagnants du N°1 – Philippe Pelouze – Thème « Maman »

Biographie de Philippe Pelouze

Pascal Parent est né en 1972. Photograveur de formation, il a vécu en Corée, à Séoul, en tant que displayer. Il est actuellement plasticien ; a créé un atelier, Le Collectif Antécimaise. Vit en région parisienne.

La Lorelei de L’Oréal

Philippe Pelouze

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Est-elle coupée trop court ? L’ai-je assez bien conservée ? La première question m’échappe : elle appartient à la paire de ciseaux ; à la main qui l’a tenue, à celle qui l’a ramassée. Et dans quel but ? Hagiographie de ses cheveux, la mèche est-elle un mythe ou est- ce aussi – surtout – un fragment de l’histoire ? (Elle est pour moi les deux.) Désormais, pour répondre à la question, seule la seconde m’appartient. Ou plutôt, elle est à mes regards aimants ce que le relief de la médaille à la pulpe de mon pouce a pu, lentement, avec patience, évoquer, alors qu’à celle de l’index, au même instant, d’une douce caresse, un prénom – sans atteindre celle qu’à mon cœur il appelle, espère, attend – n’était jamais qu’exploré. Ainsi, ce sachet n’était-il compris qu’entre deux sensations : tandis qu’ils n’en savaient, ces deux doigts l’explorant, ici l’ovale et là l’anneau, qu’une courbe (ils la reconstituaient comme on voit), mon regard non fortuit n’alignait, luisant, infortuné, aux cheveux vus, blonds duvets des ans passés gardant l’enclos du temps, lui, plus qu’un rêve, un souvenir recomposé. Et ce n’est pas qu’un document ! Il est là dans l’un des plis de mes habits, un peu le cœur de mon costume. Et je le puis réactiver, ce souvenir, le mettre en monde. Et même en relation avec le mien, le quotidien dira-t-on, celui de ces jours esseulé, laissé à moi-même autant qu’aux regrets, à lire le journal, celui d’aujourd’hui. Ne me parlez plus de cette date-là, du 4 septembre 1944. L’argent l’évoque où la célèbre la mèche. Hélas ! Au fond de moi je sais qu’entre ma mère et son prénom, autant qu’entre sa mèche et la médaille, il n’y a pas d’identité. Dès lors, si j’étudie les mœurs et l’économie du Nord de la France, c’est que je me suis rendu si étranger à moi-même que désormais l’histoire de ma propre famille m’est un surcroît d’étrangeté.

 

De ma mère il ne me reste que le contenu d’un petit sachet de plastique transparent à fermeture simple hermétique de fort petites dimensions : soixante millimètres utiles sur quarante-et-un de large, soixante-dix-neuf en tout dans la longueur. Ce sachet est toujours dans mon portefeuille, avec ma carte grise et le contrat d’assurance de l’automobile. Un mini-plan de métro de Lille y est collé, ancien et inutile, obsolète. Il s’agit d’une mèche de ses cheveux d’enfant, d’avant la séparation de ses parents. La couleur en est platine avec des reflets verts, comme du pollen. Il y a aussi entre les boucles, un peu ternie, une médaille d’argent. L’une des faces représente Marie, l’autre porte une date de naissance et un prénom. Non pas Maman, mais Marie-Joséphine. Et par cette médaille et par cette mèche-là, c’est tout un monde  qui m’échappe et à jamais m’échappera. Or j’ai l’intime conviction qu’alors mes doigts – le pouce un peu plus que l’index – touchaient quelque chose de marial et que cela leur permettait d’atteindre à ce que mon regard ne percevrait pas et ne pouvait percevoir : une antéposition par la voie de la mémoire. Autant dire que cette médaille m’était tout à la fois une présence actuelle et de l’oubli qui est aussi un futur et du passé autrement moins mémorable que la mèche de ses cheveux, qu’elle avait blonds comme les blés au moment du regain, lorsqu’à l’horizon stridulent les grillons. C’est bucolique à souhait mais toi mon cœur au bout de mes doigts, es-tu pour autant lavé des pailles de mon regard ?

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Les gagnants du N°1 – Monique Dahan – Thème personnel

Les gagnants du N°1 – Monique Dahan – Thème personnel

Monique DAHAN est née à Oran en 1942.

Après ses études universitaires et un parcours professionnel varié, elle crée un cabinet indépendant de conseil en gestion de patrimoine à Dijon, qu’elle dirigera pendant vingt-trois ans. Durant cette période, la rigueur mathématique et juridique ne laissera aucune place à son imagination qui soupire néanmoins, de temps en temps, à l’idée de romans qu’elle aimerait tant écrire ! Désormais libérée du poids de ses responsabilités par l’arrivée opportune de la retraite, elle peut enfin se saisir de la plume et donner libre cours à son inspiration.

 

Monique Dahan

Monsieur Emile

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Les premières lueurs du jour pointent au-dessus de la colline, puis le ciel s’embrase, annonçant l’apparition imminente du soleil. Le jour qui se lève sera, comme les précédents, brûlant et épuisant, car cet été 1947 est l’un des plus chauds depuis la création du service météorologique en 1873. C’est pourquoi le petit village auvergnat s’anime au moins deux heures plus tôt que d’habitude, afin de profiter des heures fraîches.

 

Toutes les fenêtres sont grandes ouvertes, comme autant de bouches asséchées, aspirant l’air frais du matin, que les maisons tenteront de conserver quand portes et volets se seront refermés.

Ici, on met la dernière main à la construction de l’estrade pour l’orchestre du bal du 14 Juillet ; là, on se presse déjà au marché et partout, sur les bancs, les anciens regardent s’agiter, d’un œil critique, tous ces « jeunes qui ne savent plus travailler, ma bonne dame ! »

 

Sortant de sa maison, monsieur Emile marche à pas lents, tête haute et regard fier. Ah ! C’est une célébrité locale, monsieur Emile, un authentique héros de la Résistance ! On lui a même offert la mairie, mais il l’a refusée sans donner de raison particulière. Les uns disent qu’il a quelque ressentiment à l’égard de certains villageois ; d’autres, qu’il n’en était pas capable ; d’autres encore, qu’il avait assez donné de sa personne … Mais il était résulté de cet affront fait à la commune, une partition de la population : soit il inspirait respect et admiration, soit on lui vouait rancune et hostilité. Lui, imperturbable, ne parlait plus à personne, gratifiant seulement d’un furtif signe de la tête ceux qui lui adressaient un sourire ou un salut.

 

C’est étrange, tout de même, qu’un homme aussi « bien » que lui, n’ait pas trouvé de compagne ; c’est un malheur de vivre tout seul, comme ça ! Dit une commère récemment arrivée au village.

Oh ! Mais c’est qu’il était marié avant la guerre ! Nous on l’a bien connue madame Emile, hein Janine ? Répond Marcelle, en donnant un coup de coude dans les côtes de sa voisine pour la faire acquiescer.

Ben, qu’est-ce qu’il lui est arrivé, alors ?

On n’sait pas ! C’est un mystère !

C’est pas si mystérieux que ça ! Reprend Janine ; tout le monde savait qu’ils ne s’entendaient pas !

Pour sûr ! Intervient le vieux René. Elle avait du succès la Ginette … C’était une bien jolie poulette ! Si j’avais pu …

Oh ben, toi !! Un balai avec un peu de rouge à lèvres, et tu courais derrière ! Lance Marcelle

Vieillir ne t’a pas arrangé le caractère, ma pauvre Marcelle ; toujours un mot désagréable pour chacun ! Pourtant … Si tu avais été plus gentille, je t’aurais ben fait un brin de causette !

Non, mais ; écoutez-le, celui-là ! Et Tu crois que je t’ai attendu pour … causer ? J’ai séduit les plus beaux gars du canton, moi, monsieur … Et si mon homme n’était pas mort à la guerre, j’aurais eu une famille, moi aussi !

La voix de Marcelle s’est brisée sur les derniers mots de sa tirade ; toute la rangée baisse la tête et fait silence pendant quelques secondes. C’est Janine qui ranime la discussion :

Le fait est, qu’un matin Ginette avait disparu !

On ne disparaît pas comme ça, quand même ! S’étonne la commère ; et ce … monsieur Emile, qu’est-ce qu’il a fait ?

Oh, ben il a participé aux recherches. On a ratissé les bois alentour, les ravins, les taillis … Rien ! Et puis, chez eux, il manquait une valise et des vêtements de Ginette. Les gendarmes en ont conclu qu’elle avait tout bonnement plaqué son mari !

Et elle a bien fait ! S’exclame Janine ; l’Emile, c’est peut-être un héros, mais ça ne doit pas être de la tarte de vivre avec lui ; il n’y en a que pour ses chats ! Tenez, regardez donc où il va !

 

En effet, à petits pas tranquilles, Emile se dirige vers le lavoir municipal où l’attend une dizaine de matous affamés. Il tire de son cabas une cantine en fer blanc, et distribue leur pitance aux petits félins impatients. Puis il les caresse et prend plaisir à leurs manifestations de contentement. C’est à peu près le seul moment de la journée où l’on peut le voir sourire. Ensuite, il reprend sa marche et, un jour sur deux, passe chez le boucher pour acheter du mou et, quelquefois, un morceau de viande pour sa soupe à lui.

Parce que, des chats, il en a aussi chez lui ! Ajoute Marcelle. Il ne reçoit jamais personne, mais je suis sûre que ça doit sentir la vieille pisse dans sa tanière !

René a raison ! Réplique Janine : tu es vraiment méchante ! Tu n’en sais rien du tout de l’odeur qui a chez lui ! Et puis, il trouve sans doute plus de satisfaction avec ses animaux qu’avec nous !

C’est vrai que, pendant qu’il risquait sa vie dans le maquis pour tenter de protéger les nôtres, y en a certains, ici, qui l’auraient bien vendu pour un peu d’argent ou un laissez-passer ! Ajoute René ; j’en connais au moins …

Bon, ça va, René ; la guerre est finie ! Aboie Marcelle. Eh ben, sur ces bonnes paroles, je m’en vais m’occuper un peu de chez moi !

 

Le soleil commence à chauffer ; il est temps pour chacun d’aller fermer volets et fenêtres. A partir de midi, la canicule va vider les rues jusqu’à ce que l’astre du jour entame son déclin. Alors, les enfants sortiront les premiers ; leurs jeux et leurs cris résonneront dans les ruelles étroites entre les maisons chaudes. Un peu plus tard, les anciens regagneront leurs bancs, heureux d’avoir survécu un jour de plus à la fournaise.

 

Ils sont là, comme ce matin, fidèles à leur rendez-vous informel, savourant la douceur de l’air et la chanson des grillons … pour ceux qui peuvent encore l’entendre. Les yeux fermés ou plantés dans les étoiles, à quoi pensent-ils ? A d’autres nuits aussi belles, quand ils étaient jeunes et qu’ils s’étaient échinés tout le jour à la moisson ? Aux premiers baisers maladroits, à la découverte de l’amour …

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Christian Vanlierde – Fenêtre sur cour – Recueil

Christian Vanlierde – Fenêtre sur cour – Recueil

Sept récits inspirés, policier et ciné. Du polar dans l’intrigue et la tension, du ciné dans la succession des plans et des scènes. C’est mené de main de maître.

Se procurer le recueil de nouvelles

Extrait de Fenêtre sur cour

Fred est un flic marié à une artiste peintre. Entre eux une ligne rouge à ne pas franchir, ne jamais parler boulot. La peinture ne l’intéresse pas, lui ce qu’il aime, c’est l’action. L’hémoglobine ne l’intéresse pas, elle, préfère la gouache. Le rouge doit rester dans son tube quand on ne s’en sert pas.
Alors de quoi parle-t-on à la maison ? De tout. C’est comme ça qu’un couple dure, dans le respect mutuel des centres d’intérêt de chacun.
Elle attend son nouveau modèle, jeune homme au corps parfait, qui pose nu à dix euros l’heure. Fred s’en va sur un café, un bisou, un sourire, Bon, à ce soir ma chérie.
Le commissariat est à dix minutes en voiture. Il sera en retard, une fois de plus, mais ça ne l’empêche pas d’être un super flic, apprécié de tous.
Passé le seuil de la maison, une ride profonde vient barrer son front…

Christian Vanlierde : la nouvelle policière

 

Maëlle Levacher – Cadavre exquis Lauréate du Prix Ecriture d’Azur

Maëlle Levacher – Cadavre exquis Lauréate du Prix Ecriture d’Azur

Le recueil NOUVELLES ÉMOTION en livre et en e-book

LE RECUEIL DE NOUVELLES

Maëlle LEVACHER

Docteur en littérature française du 18e siècle, Maëlle Levacher enseigne à Lille dans une école d’ingénieurs.

Elle est l’auteur d’un ouvrage critique sur l’Histoire naturelle de Buffon (Classiques Garnier, 2011), d’une nouvelle intitulée « Surpris », publiée aux Éditions de l’Abat-jour, de textes montés par la Cie des Chemins de verre (spectacles en musique), et elle contribue en tant que rédactrice et correctrice au magazine de photojournalisme Leopolis.

Maëlle nous livre ici une nouvelle dont le sujet est le livre lui-même, le livre, objet mortel, qui vit et périt, mais que nous pouvons sauver…

Cadavre exquis

Extrait

 

Alphonse se faufilait entre les badauds alentis, qui s’arrêtaient sans cesse pour rien, et sans égard pour les chineurs alertes. Non, non, il ne voyait rien, rien là, rien ici, vraiment rien cette fois. Un bruit sourd le mit soudain en arrêt et suspendit jusqu’à sa respiration. Il savait ce que c’était, s’obligea à inspirer profondément et se retourna pour le voir en face. Un livre mort. Un livre vivant a sa manière de faire clap quand on le jette sur la table basse ou sur le lit, mais celui-ci était tombé comme un corps, écrasé de l’intérieur par sa propre fin. C’est rare, les livres morts. Et c’est terrible. Quelque malédiction avait donné à Alphonse l’oreille pour entendre ce que personne n’entend : l’acte de décès d’un bouquin.

Retrouvez la nouvelle de Maëlle dans le recueil NOUVELLES ÉMOTIONS

Guy TORRENS –  Le cirque du silence

Guy TORRENS – Le cirque du silence

Le recueil NOUVELLES ÉMOTION en livre et en e-book

LE RECUEIL DE NOUVELLES

Guy TORRENS

 

Guy Torrens est né en 1952 à Alger. Après des études de philosophie, il se tourne vers le métier d’éducateur auprès de jeune délinquants, chanteur-parolier de trois groupes de rock punk (Fin de série, Dirty Bitch, L.V.3.S) il se consacre entièrement à l’écriture après la mort en 2004 de son compagnon qui a partagé sa vie pendant 25 ans

Il alterne recueils de poèmes et romans, Les Orphelins du déluge (Haïkus), Les Crépuscules d’or pâle (roman), Le dernier Lac (poèmes), Les Saisons de l’après (roman, sélectionné pour le prix du roman gay 2014), 25 rue Jean Roque (poèmes urbains), Maria et l’hippocampe (polar futuriste) et enfin en 2014, Terres Blanches (poèmes), Les mensonges des Dieux (théâtre). La Nuit de l’Aube son dernier roman est à la fois une histoire d’amour fou entre deux hommes et une dénonciation de l’intolérance et de l’homophobie. Tous ses écrits sont dédiés à son compagnon disparu comme un langage au-delà de la mort.

Ce qui caractérise son univers,  c’est un mélange de réalisme, de poésie, d’onirisme. Son écriture est à la fois, brève, violente, et lyrique comme la musique qui l’accompagne (rock, opéra). Ses recueils de poèmes expriment une poésie éparse, cinglante et nostalgique entre solitude et sensualité.

Et comme le dit un de ses personnages dans « Les saisons de l’après » :

« Si on ne courait pas après les chimères, après quoi pourrait-on courir ? »

 

Les Orphelins du déluge. Haïkus,  Editions La Tchika, 2005.

Les Crépuscules d’or pâle. Roman,  Editions Publibook. 2007

Le Dernier lac. Poèmes, Editions La Tchika. 2008

Les Saisons de l’Après. Roman, Editions Publibook. 2010

25 rue Jean Roque. Poèmes, Editions Publibook. 2011

Maria et l’hippocampe. Roman, Editions Publibook. 2011

La Nuit de l’Aube. Roman, Editions Publibook. 2014.

Terres blanches. Poèmes, Editions Edilivre. 2014

Le Mensonge des Dieux. Théâtre, Editions Edilivre 2014.

Lien internet : guy-torrens.publibook.com

LE CIRQUE DU SILENCE

 

Extrait

 

La fenêtre et le mur ont gardé leur place

Les arbres et les montagnes ont gardé leur place

Le ciel et la terre ont gardé leur place.

Mais moi je ne peux regagner ma place.

 

Henri Michaux

 

Au moins une fois trouver le repos, juste une fois ! J’en avais marre de me faire hurler dessus par des petits chefs, des clients impatients, marre d’être absent dans le regard des autres, marre d’être en attente, marre de ne ressembler à personne. J’avais tout plaqué, fermé ma porte à double tour, ramassé mes bribes de vie et étais passé de l’autre côté du miroir.

Fanny Renard –  Ci-Gît Paris

Fanny Renard – Ci-Gît Paris

Le recueil de nouvelles en livre… ou en e-book

Ci-Gît Paris

 

Extrait

 

« Bon… Bonjour, Monsieur », bafouilla le journaliste.

« Trêve de politesse. Il paraît que vous voulez me soumettre un projet ? Un journal pour le cimetière ?

– Oui, oui… Un magazine people, quelque chose de très léger, pour divertir la population du cimet…

– Montrez-moi votre maquette. Même si l’idée d’un magazine me paraît peu adéquate. Nous sommes une maison sérieuse, tout de même. »

Prenant un air plus sévère encore, l’auteur prit le manuscrit et lut scrupuleusement :

 

Ci-Gît Paris

 

Le magazine people du tout-Paris trépassé. Toute l’actu de nos stars, leurs déboires, leurs passions, leurs confidences !

 

EDITO :

Si je devais caractériser mon humaine de compagnie

(Fanny Renard  n.d.l.r.)

 

Si je devais caractériser mon humaine de compagnie en un seul mot, je dirais qu’elle est barrée. Je ne la connais que depuis quatre ans, quand elle m’a recueilli, tout chaton couvert de puces, dans une ruelle de Rouen, mais il me semble qu’elle est née à Vernon (2 juillet 1986, 6h30 du matin), y a passé une jeunesse plus ou moins ordinaire, et a ensuite rejoint la ville aux cent clochers (enfin, surtout aux cent clochards) pour ses études de Lettres. D’abord Lettres Classiques, puis Lettres Modernes. Elle ne sait rien faire de manière ordonnée celle-là ! Même son mémoire de recherche… A-t-on déjà vu une étudiante de Lettres présenter un mémoire sur Tim Burton, franchement ?

A côté de ses études, elle entretient plusieurs passions : elle collectionne les vieilles consoles de jeux vidéo, écoute le groupe Indochine jusqu’à m’en donner mal au crâne, lit des histoires de fées et de sorcières (syndrome de Peter Pan ? En tout cas, elle devrait songer à grandir un peu!). Elle aime rêver, entourée de ses figurines de Mr Jack et autres fantaisies. Elle s’évade, souvent, de ce monde qu’elle juge trop sérieux.

Puis elle m’a trouvé, un après-midi de septembre 2010. Et c’est à ce moment-là que je lui porte bonheur : trois semaines plus tard, elle trouve un poste de professeur remplaçante dans un prestigieux lycée de Rouen, à l’année. Sa carrière dans l’enseignement commence, même si elle n’ose pas passer le concours pour devenir professeur titulaire, de peur de se trouver coincée dans une carrière qui ne lui correspondrait pas.

Et elle écrit, d’abord pour elle-même (depuis de nombreuses années, semble-t-il), puis pour un  concours étudiant, dont elle obtient la première place au niveau régional. Elle rejoint l’équipe de rédaction d’un journal étudiant, créé par son meilleur ami (très sympathique ce garçon, il joue avec moi et me fait des câlins. Puis il donne plein de croquettes), y écrit quelques articles, surtout des nouvelles (les étudiants de Rouen retiendront notamment le dérangeant Voyage au Centre de ta Mère).

Décembre 2013. Pendant une virée à Paris avec sa mère, elle visite le cimetière du Père Lachaise. Elle y croise Proust, Balzac, Nerval, Eluard… Ils la saluent tous, ceux dont elle a lu les œuvres dans le cadre de ses études ou pour le seul plaisir. Elle s’émerveille de les voir tous présents à l’appel, aussi bien rangés que des élèves très studieux. Elle découvre leurs petits secrets, le voisinage de Bécaud avec la colocation Trintignant/Corneau, le coin des Communistes, le fameux saule de Musset… Ce n’est qu’un mois plus tard, après un déménagement vers les volcans auvergnats pour des raisons de santé (elle vit désormais avec le créateur du journal étudiant de Rouen, qui n’est plus seulement son meilleur ami, tant mieux!), qu’elle tombe sur ce concours de nouvelles. Le Père Lachaise ! Des souvenirs pleins la tête, elle se lance dans cette aventure fantaisiste, sans trop savoir jusqu’où cela va la mener. Mais comme elle le dit parfois (d’où sort-elle cette phrase?) :  « On ne va jamais aussi loin que lorsque l’on ne sait où on va. »

 

Beetlejuice

Gaëlle Chevet – Les rêves de JAD  – La partie de cartes

Gaëlle Chevet – Les rêves de JAD – La partie de cartes

Le recueil de nouvelles en livre… ou en e-book

Les rêves de JAD

Extrait

Les relations entre les morts et les vivants sont complexes. C’est à travers les rêves qu’ils peuvent entrer en contact. Et seuls les vivants sensibles au surnaturel peuvent communiquer avec les morts. Car les morts doivent trouver la faille dans l’inconscient des vivants, leur propension à croire à l’irréel, pour s’y glisser et discuter avec eux, dans leurs rêves.

Je ne m’étais jamais intéressé à ce lien avec les vivants, contrairement à mon voisin de cercueil, Bernard. Lui est très disposé à faire des rencontres. Surtout des femmes.

 

La partie de cartes

 

Extrait

Un silence lourd tomba sur les quatre joueurs de cartes. Le tour se termina sans qu’aucune parole ne soit échangée. Ce fut Rachel qui remporta malheureusement le pli. Elle finit par rompre le silence :

« Inutile de nous mentir. Si nous ne sommes pas montés au Paradis, c’est pour une bonne raison. Je sais que nous n’en avons jamais parlé, que c’était un accord tacite entre nous. Mais j’en ai assez de faire semblant. Nous sommes ici afin de payer pour nos crimes, point final. »

Gaëlle Chevet

 

Le jour de ma naissance, à l’heure où les bébés dorment du sommeil du juste, trois créatures enchanteresses se penchèrent sur mon berceau. L’elfe me prédit un avenir bercé par les rêves, la sorcière me promit une vie gouvernée par la logique et le fantôme m’assura que notre deuxième rencontre se ferait dans un endroit imprégné de mystères et de récits oubliés.

Comme pour la plupart des enfants, les prédictions de l’elfe s’avérèrent exactes : j’étais absorbée par les contes et la magie, rêvant de princes charmants, de quêtes impossibles et d’ennemis redoutables à combattre. Je m’inventai même des démons cachés sous mon lit. J’attendais avec impatience la sortie de l’école pour me plonger dans les aventures de mes livres. Mes talents pour les rédactions d’imagination n’échappèrent pas à mes professeurs de français. Ce qu’ils ignoraient, c’était que de petites créatures magiques venaient me souffler à l’oreille leurs histoires merveilleuses.

Mais en grandissant, de nouvelles préoccupations firent leur apparition : les loisirs tels que la danse et les travaux manuels, les études et les garçons. Grandir signifie souvent oublier ses rêves d’enfants. La réussite scolaire prima et je devins sourde aux appels des créatures fantastiques. Mes facilités en sciences donnèrent alors raison à la sorcière. Je délaissai mes chimères pour céder la place aux mathématiques et à la physique. Mon travail fut couronné de succès et, mes diplômes en poche, je me consacrai à ma nouvelle profession avec plaisir et enthousiasme : éprouver les structures de machines futuristes (engins volants et autres tokamaks).

Au bout de quelques années, un manque que j’avais ignoré pendant tout ce temps rejaillit. Mon quotidien ne me convenait pas entièrement. Il me fallait quelque chose de plus. Ce fut comme si l’on me retirait des bouchons de mes oreilles. Les voix que j’entendais autrefois se rappelèrent à ma mémoire. Leurs histoires me fascinèrent et m’exaltèrent. Je compris alors pourquoi j’avais toujours conservé cette passion pour les livres d’enfants et les dessins animés, ce qui fait toujours sourire mon entourage. Mes années d’études m’avaient permis d’avoir les outils pour assouvir ce qui me manquait inconsciemment. J’allais à présent écrire tous ces récits qui surgissaient sans cesse dans ma tête, les coucher sur le papier pour ne plus jamais les oublier, pour me souvenir, toujours, que je reste une enfant et que j’ai le droit de rêver au fantastique et au merveilleux. Ainsi l’elfe et la sorcière avaient tous deux raison : ma vie mêle harmonieusement science et rêverie.

Après avoir raconté de nombreuses histoires fabuleuses, je me rendis au cimetière du Père Lachaise pour m’inspirer de cet endroit et composer une nouvelle fable. Ce fut en ce lieu enchanteur que se produisit ma seconde rencontre avec le fantôme de ma naissance. Les sifflements des oiseaux, le bruissement des feuilles et le murmure des morts me berçaient. Le fantôme me conta son histoire et convia ses amis à faire de même. C’est ainsi que j’ai le plaisir de vous transmettre aujourd’hui ces récits, grâce au recueil de nouvelles. Place à la lecture, il est l’heure de rêver.

Bibliographie :

Recueil collectif du concours « 9 nouvelles » organisé par le Comité d’Intérêt Local de Saint-Rambert et de l’Industrie et la MJC de Saint-Rambert sur le thème « Orage »

Titre de la nouvelle : Le mystère des Wotas

Recueil collectif du concours organisé par l’association Livres sans Frontières d’Oloron Sainte-Marie sur le thème « Aventures et destinées »

Titre de la nouvelle : Duel avec la Mort

Noms des personnages célèbres auxquels ma nouvelle fait référence :

Les rêves de JAD :

Jean Auguste Dominique Ingres

La partie de cartes :

Molière, Rachel, Alexandre Aguado et Isadora Duncan

La nouvelle

Les relations entre les morts et les vivants sont complexes. C’est à travers les rêves qu’ils peuvent entrer en contact. Et seuls les vivants sensibles au surnaturel peuvent communiquer avec les morts. Car les morts doivent trouver la faille dans l’inconscient des vivants, leur propension à croire à l’irréel, pour s’y glisser et discuter avec eux, dans leurs rêves.

Je ne m’étais jamais intéressé à ce lien avec les vivants, contrairement à mon voisin de cercueil, Bernard. Lui est très disposé à faire des rencontres. Surtout des femmes. Il scrute à longueur de journée les promeneuses du bas de sa tombe, il jauge leur inconscient et, à la moindre ouverture, il leur rend visite la nuit. Rêver n’est pas tromper. Alors ses nuits sont souvent colorées, si vous voyez ce que je veux dire. Moi, je n’avais jamais cherché à parler aux vivants. Lorsque j’étais en vie, j’avais eu des enfants que j’avais aimés sincèrement, tendrement. Je les avais cachés aux yeux du monde pour leur garantir une vie tranquille. Tandis que mon nom avait donné naissance à une expression liée à ma passion pour la musique, l’Histoire les avait oubliés. Mais pas moi. Jamais. Même quand ils s’étaient détournés de moi, parce que j’étais trop absent, parce que je ne les avais pas reconnus, j’avais veillé sur eux du mieux que je le pouvais. Mais j’avais perdu la trace de ma descendance après ma mort. Je préférais ruminer sur mon sort, sur la brièveté de ma vie, pourtant longue, sur ce que je n’avais pas pu faire, sur mon amertume et l’injustice du comportement des êtres qui nous sont chers. Mais tout a changé il y a quelques mois.

 

C’était un beau matin de mai. La vie se réveillait doucement au cimetière du Père Lachaise. La rosée chatouillait les branches des arbres. Les boutons de fleurs se tendaient vers un soleil printanier. Les senteurs du renouveau de la nature s’envolaient au gré du vent. Les oiseaux célébraient l’apparition de l’astre du jour. Comme d’habitude, je regardais avec passivité les promeneurs du matin, mon esprit tout occupé à ressasser encore et toujours mes vieux souvenirs et mes rêves perdus.

J’aperçus alors un petit garçon, sans doute de six ou sept ans, jouant seul dans les allées serpentant autour des tombes. Il semblait tout à son jeu, tout à l’univers que son imagination avait créé ce jour-là. Mais quand il arriva au pied de ma tombe, il s’arrêta net. Il fixait le petit buste me représentant. Et il se mit à rire. Un petit rire cristallin et innocent, un chant musical et léger que seule la pureté de l’enfance peut restituer. Je sentis soudain mon cœur cogner dans ma poitrine. Enfin, c’est l’impression que j’eus et, si je n’avais pas été mort, c’est ce qui se serait produit. Les enfants étaient rares au cimetière et cet enfant-là, et aucun autre, s’était arrêté devant ma pierre tombale et avait ri de moi ! Mon visage, pourtant si austère sur cette statue, l’avait amusé ! Les souvenirs affluaient dans ma mémoire. Mes enfants chéris, qui se gaussaient toujours de ma tête clownesque. Les blagues que je leur faisais, surtout dans les moments difficiles, pour voir leur visage s’éclairer de bonheur, entendre leur rire, le son de leur voix criant « Encore ! ». La tendresse et le bonheur réchauffèrent mon cœur mort depuis si longtemps. Cent quarante-sept ans pour être exact.

Je tendis alors mon âme vers ce petit être et touchai son inconscient, joyeux, chaleureux et vif. Une sensation oubliée depuis si longtemps. Je gardai en mémoire ce sentiment de jeunesse et de vigueur, mêlé de malice et d’un soupçon d’espièglerie.

Le soir venu, je décidai de ne pas laisser s’échapper ce nouvel intérêt pour la vie. J’attendis avec impatience que le dernier rayon de soleil disparaisse enfin et que vienne l’heure des morts. Car ce n’est que lorsque les ténèbres s’abattent sur la terre que les morts peuvent agir et discuter entre eux, fantômes invisibles aux yeux des hommes mais qui animent notre beau cimetière sous la clarté lunaire. Je demandai donc à mon voisin, expert en la matière, de m’indiquer comment entrer en contact avec la personne rencontrée aujourd’hui. Il me fit un petit sourire coquin et me demanda :

« Une femme a réussi à susciter ton intérêt ! Elle doit être fabuleuse ! Me permettrais-tu de lui rendre visite dans quelques nuits ? Faut faire profiter les copains, hein ! D’ailleurs, j’en connais une qui…

– Ça suffit, Bernard. Ce n’est pas du tout ce que tu crois. Il s’agit d’un petit garçon, et non d’une femme. Il me rappelle mes enfants, je veux juste en savoir un peu plus sur lui.

– Oh, je vois ! C’est le petit qui s’est moqué de ta tronche ce matin. Il a l’air sympa. Ben, c’est pas compliqué. T’as touché son inconscient ce matin ?

– Oui.

– Et t’as bien enregistré ce que t’as ressenti à ce moment-là, hein ! Et ben, cette sensation est unique. T’as plus qu’à parcourir le monde pour la rechercher. Et quand tu l’auras trouvée, tu auras trouvé ton petit garçon. Tu dois aussi attendre que son esprit glisse dans les rêves pour entrer en contact avec lui. Tiens, ça me rappelle…

– Mais le monde est immense ! Grommelai-je, découragé.

– Bon sang, JAD, t’es vraiment jamais sorti de ton cercueil !? Les morts se déplacent à la vitesse de l’éclair. Tu peux parcourir le monde en un rien de temps. Et le système solaire ne te prendrait que quelques heures ! Vu que ton petit garçon habite sûrement la planète Terre, tu devrais le trouver en quelques minutes.

– Et c’est tout ? Pas de formule magique nécromancienne, pas de gestes mystiques ? »

Bernard secoua la tête en signe de négation. Je le remerciai et m’élançai aussitôt, enthousiaste. Un peu trop, peut-être. Ma vitesse me surprit au début et je tentai de freiner pour ne pas heurter le mur d’enceinte du cimetière. Je ne fus pas assez réactif et ne pus éviter le choc. Mais, à ma grande surprise, je passai au travers. J’avais complètement oublié, enfermé dans ma sépulture, que je ne faisais plus physiquement partie de ce monde. Je commençai alors mes investigations, fouillant de fond en comble la ville de Paris. Je ne m’encombrai pas de contourner les obstacles et observai tout ce qui s’offrait à moi. Le monde avait beaucoup changé depuis mon décès. Des voitures à l’aspect étrange stationnaient le long des trottoirs. Des éclairages multicolores jaillissaient dans chaque vitrine, à chaque carrefour. Des panneaux publicitaires géants envahissaient le paysage. Des tours vitrées immenses s’élevaient jusqu’à toucher les étoiles. Je croisai des femmes aux vêtements qui laissaient voir leurs jambes et une partie de leur poitrine, des jeunes avec des trous dans leurs chemises modernes, des pantalons moulants et des coiffures improbables. De mon temps, ça ne se faisait pas, mais je fus agréablement surpris de voir que les gens étaient bien plus libres qu’à mon époque, dans leur tenue vestimentaire, dans leur coupe de cheveux, mais aussi dans leur fréquentation. À un coin de rue, je vis un vieil homme noir plaisanter en compagnie d’un jeune homme asiatique. Plus loin, une jeune femme métisse dansait au son des djembés d’un trio d’hommes blancs. Quel plaisir de voir ce brassage des identités et des couleurs ! La société avait beaucoup changé, et c’était pour le mieux.

Je filais à toute allure dans la nuit quand soudain je m’arrêtai net. Quelque chose avait retenu mon attention. Tout à mes réflexions sur ce nouveau monde, j’avais oublié pendant un temps la raison de mon errance nocturne. Mais mon inconscient m’avait rappelé à mon objectif et m’avait stoppé quand il avait perçu l’émotion que je recherchais. Le petit garçon n’était pas loin. J’entrai dans la maison d’où se manifestait cette sensation si particulière : jeunesse, vigueur, malice et une pointe d’espièglerie. Tous les ingrédients étaient réunis et leurs arômes me guidèrent directement à une petite chambre aux murs jaunes. Le garçon dormait à poings fermés. Je m’approchai de lui et contemplai son jeune visage : un petit blond à la bouche souriante et aux yeux rieurs et malicieux, même dans son sommeil. Ses traits avaient la rondeur de l’enfance. Je le vis s’agiter légèrement dans son sommeil. Il rêvait. Je tendis mon esprit vers son inconscient, cherchai la petite porte d’entrée, ce petit grain de folie, cette capacité à croire en l’impossible. Et chez cet enfant, c’était comme le portail du château de Versailles ! Il ne manquait plus que les trompettes et les gens de la cour ! Les enfants sont vraiment merveilleux.

J’entrai donc dans son rêve. Il se promenait dans le cimetière du Père Lachaise à bord d’un petit avion adapté à sa taille. L’avion répondait à chacun de ses ordres, il pouvait le commander par la voix. Quand l’enfant me vit, il fit atterrir son avion, en descendit et vint à ma rencontre.

« T’es le monsieur de ce matin ! Monsieur Ingres, c’est ça ? Comme le violon d’Ingres ?

– Oui, jeune homme, c’est bien moi. Tu connais cette expression ?

– Oui, mes parents me l’ont apprise après la ballade au cimetière. T’as une tête encore plus marrante en vrai, s’exclama-t-il, hilare. »

Je souhaitais donner l’image de la figure paternelle mais ne pus m’empêcher de sourire en réponse à l’amusement du gamin, qui rit de plus belle. Je lui demandai son prénom.

« Alexandre, me répondit-il.

– Enchanté, Alexandre. Je suis Jean Auguste Dominique Ingres. Mais mes amis les morts m’appellent JAD.

– Jade ? Mais c’est un prénom de fille !

– Et ça amuse beaucoup mes colocataires, ajoutai-je avec réjouissance. Alors Alexandre, que faisais-tu ?

– J’étais en train d’explorer le royaume des morts à bord de mon avion le Destructor ! Il y a le grand méchant Skeletor qui y est caché. Tu viens m’aider à le chercher ? Tu fais un super espion avec ta tête de clown. Personne ne pensera que tu es avec moi.

– D’accord. Mais il me faut une autre tenue pour être plus crédible. »

Et je fis apparaître un costume de clown bariolé à la place de mon éternel costume trois pièces, ainsi qu’un maquillage de rouge et de blanc pour mon visage.

« Comment fais-tu ça, s’écria Alexandre.

– C’est un rêve ! Tu peux faire absolument tout ce que tu veux !

– Ouais ! »

Alexandre se mit alors à grandir jusqu’à atteindre trois mètres et ses vêtements étaient ceux d’un super-héros appelé Thor, comme il me l’expliqua par la suite. Ma nuit fut riche en aventures : je combattis Skeletor le grand méchant, je traversai les souterrains des Ténèbres pour débusquer ses complices, je trouvai une carte mystérieuse et suivis un chemin plein d’embuches pour parvenir à son trésor. Je devins tour à tour un clown, une machine de guerre, un ver de terre et une boule puante. Une nuit inoubliable. Lorsque le rêve d’Alexandre prit fin, je lui promis de venir le voir la nuit suivante. De retour à mon cercueil, je n’attendais plus qu’une seule chose : le prochain crépuscule.

Nous nous vîmes presque toutes les nuits avec Alexandre. Et il vint parfois me voir le week-end, en journée, pour me parler, sachant que je pouvais l’entendre, et profiter de la fraicheur qu’offraient les pierres et les arbres du cimetière. D’ailleurs, nos intrigues avaient souvent lieu au Père Lachaise, grande source d’inspiration pour le petit Alexandre. En général, nous choisissions une tombe avec une statue ou une épitaphe particulière, ou un nom sur les pierres tombales qui attirait notre attention, et nous inventions la vie et les péripéties qu’avaient pu connaître cette personne. Et nous les revivions grâce à nos imaginaires débordant d’idées. Bernard, enthousiasmé par mes récits d’aventures, demanda à rencontrer mon petit protégé et délaissa ses dames certaines nuits pour partager nos histoires. Au fil du temps, Alexandre et moi apprîmes à nous connaître et nos relations devinrent plus approfondies : je lui enseignai la peinture et le violon, et lui me fit découvrir son époque. Grâce aux rêves, nous pouvions faire apparaître tout ce que nous voulions. J’appris ainsi à me servir d’un ordinateur, je jouai à des jeux vidéo, je m’informai de l’actualité grâce à Internet. Les informations allaient si vite maintenant. Quand un événement se produisait au Japon le midi, l’Amérique en était informée dès son réveil ! Par contre, je ne comprenais toujours pas ce Twitter ! Alexandre me dit que c’était parce que j’étais trop vieux…

Ce garçon était très intelligent. Il apprit très vite le violon. Il me raconta une nuit que, dans la journée, ses parents et lui étaient passés devant un SDF jouant du violon. Le petit s’était approché de lui, contre l’avis de ses parents, et lui avait demandé s’il pouvait essayer, car il n’avait joué que dans ses rêves, jamais dans la réalité. L’homme avait accepté, étonné par les propos de l’enfant, et Alexandre s’était mis à jouer. Les gens autour étaient bouleversés, et lui avaient donné une petite fortune – qu’il avait laissée au SDF, bien sûr. Mais ses parents étaient abasourdis, convaincus qu’ils avaient engendré un génie du violon ! Ça m’a beaucoup fait rire quand Alexandre m’a raconté cette anecdote. Je l’ai félicité et lui ai exprimé mon immense fierté.

 

Et me voilà aujourd’hui, plus vivant que jamais depuis ma mort, grâce à Alexandre. Ce soir, je lui rends de nouveau visite. C’est un petit garçon vraiment curieux. Nous explorons régulièrement l’univers grâce à ma condition de fantôme, qui me permet de parcourir le système solaire aussi vite qu’une étoile filante. Les rêves me permettent d’emmener Alexandre avec moi. Et cette nuit, je lui ai promis d’aller voir le soleil ! L’obscurité recouvre lentement Paris. À la nuit noire, je me rue chez Alexandre et attends avec impatience le moment où il entrera au pays des songes. Vers deux heures du matin, je peux enfin le rejoindre dans son rêve.

« Je veux être explorateur, comme mon arrière-arrière-grand-père ! S’exclame-t-il avec ferveur.

– Comme ton arrière-arrière-grand-père ! Un grand homme, sans doute.

– Oh oui ! Auguste Legrand l’explorateur ! C’est son nom ! »

Mon cœur rate un battement. Du moins, c’est mon impression – un mort n’oublie jamais ses sensations de vivant. Je reste muet d’émotion. Des larmes apparaissent au coin de mes yeux, restés secs si longtemps. Je ne savais même pas qu’un mort pouvait pleurer.

« Qu’est-ce qu’il t’arrive, me questionne Alexandre. Pourquoi tu pleures ? J’ai fait quelque chose de mal ?

– Non, mon petit. Bien sûr que non. Tu viens de me procurer la plus grande joie et la plus grande fierté qu’un homme puisse connaître. Car Auguste Legrand l’explorateur est mon arrière-petit-fils. Ce qui fait de toi mon descendant. Et j’en suis le plus heureux des hommes. Tu m’as redonné goût à la vie, tu fais honneur à mes talents. J’avais perdu la trace de mes héritiers et aujourd’hui, tu m’apprends que tu en fais partie. Garde toujours en toi cette innocence, cette capacité de croire à l’irréel. C’est ce que mes enfants et moi avions perdu, cette part de rêve qui autorise l’impossible, qui pardonne l’impardonnable. Je t’aime, petit bonhomme, et j’espère que tu m’ouvriras tes rêves à jamais.

– Je te le promets, JAD. »

Didier Amouroux –  BCBG

Didier Amouroux – BCBG

Le recueil NOUVELLES ÉMOTION en livre et en e-book

LE RECUEIL DE NOUVELLES

Didier Amouroux

Né à Montpellier en 1954, y fait ses études jusqu’au baccalauréat, section littéraire déjà. Puis cap sur Paris. Il en revient diplômé de Sciences-Pô Paris, diplôme qu’il complète par une spécialisation en gestion de l’entreprise. Son entrée dans la vie active s’effectue dans le secteur informatique, mais il bifurque rapidement vers la banque où il fait tout le reste de sa carrière : il occupe des postes commerciaux puis des postes fonctionnels parmi lesquels ceux de Directeur des Ressources Humaines, Secrétaire Général et Directeur du Mécénat.

Dés ses débuts, il a l’opportunité d’écrire, sans puiser d’abord dans son imagination puisqu’il s’agit de textes professionnels : articles dans les journaux internes, locaux et nationaux ; animation d’un magazine ; et même rédaction et direction d’un ouvrage historique collectif publié par les Editions Privat. C’est en 2011 qu’il tourne cette page et écrit ses premiers textes à la veine plus personnelle : un recueil de nouvelles policières, un autre de courtes histoires languedociennes intitulé « contes solaires », un premier roman enfin.

Par ailleurs il préside une association humanitaire : www.ponteranga.com.

B C B G

 

Extrait

19, 20 ans, pas davantage. Cette fille-là a du chien, pas à dire. Un genre, quoi. Ce n’est pas de la beauté à parler vrai, mais un style, des attitudes, une fraîcheur, comme une naïve appréhension de la vie. C’est vrai, tout le monde est d’accord là-dessus, elle a un genre, Héloïse. Bon genre, vraiment. Pas étonnant d’ailleurs…

La nouvelle

19, 20 ans, pas davantage. Cette fille-là a du chien, pas à dire. Un genre, quoi. Ce n’est pas de la beauté à parler vrai, mais un style, des attitudes, une fraîcheur, comme une naïve appréhension de la vie. C’est vrai, tout le monde est d’accord là-dessus, elle a un genre, Héloïse. Bon genre, vraiment. Pas étonnant d’ailleurs puisqu’elle est née dans une famille bourgeoise, unie, catholique et tout et tout. Son père est le bon Docteur Delous, celui que s’arrachent les riches habitants du Mont Saint Clair qui domine Sète. Celui aussi qui accepte de soigner gratis les pauvres au dispensaire de l’Espoir, sur le port de pêche. Son cabinet est établi en bordure de leur propriété familiale, sur le haut du boulevard de Verdun. Les gens peuvent se garer à l’entrée, c’est commode et sûr pour leurs belles voitures. Après le portillon, un sentier gravillonné bordé de rosiers anciens très vigoureux conduit à la maison. C’est une grande bâtisse classique, qui est dans la famille depuis trois générations maintenant. Classique par sa construction sobre, rigoureuse, BCBG elle aussi. Le plus remarquable, ce qui attire le plus l’œil du visiteur, est sa grande terrasse tout autour. Côté sud, on y a une vue plongeante  sur la mer. Au nord et à l’ouest, sur l’étang de Thau et aussi sur les collines au fond là-bas qui remontent vers Villeveyrac et l’arrière-pays.

C’est Béatrice Delous, la mère d’Héloïse, qui gère la maisonnée. Pas seulement les 200 mètres carrés habitables avec les cinq chambres et cette enfilade de salons, boudoirs, bibliothèque, salle à manger, j’en oublie sans doute. Non. Surtout les trois garçons et les deux filles qu’elle a mis au monde avec une régularité de métronome tous les deux ans, que voulez-vous on est catholique pratiquant chez les Delous, pas question donc de contrôler les naissances, de limiter la vie. Et puis Béatrice et Jean forment un si beau couple. Si uni, si sportif. Si tout bien, vous voyez ? Deux tennis par semaine entretiennent leur forme, et leur classement, ils y tiennent. Ils jouent uniquement sur terre battue : d’abord c’est mieux pour leurs articulations à 45 et 50 ans bientôt ; surtout, ils aiment l’ambiance de ce club privé où se retrouve la bonne société sétoise. Privé, donc fermé bien sûr. Les cinq enfants Delous y sont inscrits avec leurs parents, ça coûte une fortune mais le sport est sacré, et puis on est entre soi.

Héloïse donc.

Elle joue, bien sûr, très bien d’ailleurs et elle est si classe dans sa tenue blanche, tee-shirt bien repassé sur jupe plissée. Chaque match est l’occasion pour elle de prouver sa technicité, elle est 15/1 maintenant. Mais aussi sa souplesse, la précision de ses coups, la vitesse de ses accélérations. Sans compter, parce que ça elle ne s’en rend pas compte, la grâce de son corps en mouvement. Ce n’est pas qu’elle soit si belle que ça à vrai dire. Elle n’est pas très grande, autour d’1,65 mètre. Elle n’est ni grosse, ni maigre, mais sa chair ferme et blanche attire le regard et tranche sur celle de ses amies bronzées. Elle est musclée et paraît tellement saine dans tous les mouvements. Et puis, il y a son sourire large, espiègle, naturel. Ses yeux vont bien avec sa bouche. Ils sont gris noisette, en harmonie aussi avec ses cheveux châtains et bouclés, qu’elle porte toujours mi- longs et qui virevoltent joliment à chaque balle ; à l’arrêt aussi d’ailleurs puisqu’Héloïse n’aime rien tant que de les balancer en tous sens.

Il n’y a pas que les cheveux qui virevoltent autour d’elle évidemment. Les garçons aussi. Enfin, ceux qui sont admis ici, ils sont triés sur le volet. Triés naturellement je veux dire : il n’y a que des gens bien qui sont invités à la maison Delous, et donc les fils de bonne famille entourent Héloïse. C’est un système qui marche depuis des générations, ce truc-là : on se fréquente entre gens du même monde, on se marie entre soi, au moins on est sûrs, vous comprenez ? Entretemps, il suffit de bien orienter les enfants vers le métier du père, ou un aussi lucratif, et la reproduction sociale est assurée pour la génération suivante.

Voilà pourquoi peut-être, tout au contraire, Héloïse profite de la charge qui lui est confiée d’acheter poissons et crustacés pour…respirer un peu. Elle descend tantôt au Barrou sur l’étang, tantôt au port de pêche de l’autre côté, vers la mer. Sur les quais, dans les marchés, ce sont plutôt des vieilles et des vieux qui font leurs courses. Les parents d’Héloïse le savent bien, qui la laissent y aller seule. Ce qu’ils ignorent, c’est que plusieurs fois Héloïse a été suivie alors qu’elle repartait et remontait vers le Saint Clair, avec son cabas chargé. Elle a été sensible à ces regards lourds de sous-entendus, à ces approches indirectes…

Mais c’est dans la ruelle Maritot, un peu au-dessus des Halles, que ça s’est passé. Ruelle dit bien l’étroitesse de la chaussée, l’absence de trottoir, de jour, de soleil. De monde aussi. Ajoutez-y la grimpette, parce que la pente est forte pour remonter sur le Saint Clair en venant du port, c’est un mont, ça ne vous a pas échappé, hein ?

Un vieux pécheur rapièce ses filets dans son garage ouvert. La casquette bleue de travers sur une tête ronde et burinée, il a bien 70 ans cet homme. Il coud, patiemment.

Elle s’arrête, observe ses gestes.

Lui observe la fille, tout en tirant sur sa cigarette.

Il lui fait signe, viens petite.

Pourquoi le suit-elle ?

Elle ne sait pas. Comme un appel. Pas de désir pourtant. Juste le bonheur d’être touchée, caressée, et puis le reste, sans cris extatiques, sans manières raffinées, sans tasse de thé après. Et celui de faire plaisir, comme ça, sans plan, sans arrière-pensée. Faire plaisir à un vieux qui lui dit qu’elle est belle, et qui n’a sans doute pas beaucoup d’occasion, n’est-ce-pas ? Dans cette ruelle, dans ce garage vieillot.

Le tout n’a pas duré cinq minutes. Puis, elle a filé, ni vu ni connu. Rien n’a changé dans son attitude en rentrant à la maison, ni sa jupe sage, ni ses cheveux au vent. Rien, même pas son visage franc et clair comme de l’eau de roche.

Une passade.

Une passade ?

Oui et non.

Oui car c’est en passant, sans rien prévoir, que ça s’est fait.

Mais non aussi parce que ce don d’elle-même lui a bien plu. Pas l’acte, classique. Davantage sa sobriété, sa simplicité sans manière ni raffinement aucun. Sans verbiage non plus. Surtout, elle a aimé l’image d’elle que le vieux lui a renvoyée. L’admiration de son corps qu’elle a lue dans ses yeux. La vénération de sa beauté, de sa fraîcheur, de ses formes musclées.

Voilà, c’est bien ça, elle a aimé être aimée simplement, fugacement, sans la plus petite préparation (vous avez dit préméditation ?) ni la moindre projection sur quelque avenir que ce soit.

Il s’en fout, le vieux. Il le sait bien qu’il va mourir. Alors, cette rose, quel cadeau du ciel, là, maintenant !

Un bol d’air pour lui.

Un autre bol d’air pour elle.

Et en plus un don, c’est bien, non ?

 

Monique GENDRAULT   –  Le café de la gare – Ecoutez la nouvelle

Monique GENDRAULT – Le café de la gare – Ecoutez la nouvelle

Monique GENDRAULT

J’ai presque envie de dire que deux passions, l’écriture et le silence, ont conduit ma vie. J’ai presque envie de dire que j’ai toujours aimé les mots. J’ai arrêté mon activité professionnelle il y a cinq ans. Depuis je suis installée à Marseille et je consacre mon temps à écrire des nouvelles. Je participe à des concours littéraires. Les nombreux prix remportés m’encouragent à continuer.

 

Quelques publications :

  • Concours de nouvelles Sébastograph’, Marseille, 2012.

Premier prix pour la nouvelle « Sans papiers » – Publication en recueil.

  • Concours de nouvelles, association ACLA Antibes, 2012.

Publication en recueil et lecture au théâtre Antibea d’Antibes de la nouvelle « Tobi ».

  • Concours de nouvelles Médiathèque Villa Marie, Fréjus, 2012.

Sélectionnée, lecture et prix pour la nouvelle « Les sentiments en comédie ».

  • Concours de nouvelles, L’Eveil-Plumes, Villeurbanne, 2012.

Publication en recueil de la nouvelle « Sous le signe du capricorne ».

  • Concours de nouvelles, Médiathèque Montélimar, 2012.

Premier prix pour la nouvelle « L’arbre aux nougats ». Lecture. Publication locale presse.

  • Concours de nouvelles, Lire à Hyères, 2012.

Prix  pour la nouvelle « La toile cirée ». Publication en recueil.

  • Concours de nouvelles, Nouvelles bibliothèques varoises, La Fardèle, 2012.

Prix  pour la nouvelle « Une journée dans la vie d’Agnès ».  Publication en recueil.

  • Concours de nouvelles, Gémenos/Horizon, 2013

Prix pour la nouvelle « Une pluie d’été » Publication en recueil.

–     Concours de nouvelles  AE, Beaufort en vallée 2013

Publication en recueil pour « Des vacances bien méritées ».

–    Concours de nouvelles Encres vives, Cholet 2013

Prix pour la nouvelle « Irène et le petit caniche » Publication en recueil

  • Concours de nouvelles Sebastrograph’ , Marseille 2013

Prix pour la nouvelle « A la porte du rêve ». Publication en recueil

  • Concours de nouvelles ARACT, Montpellier 2013

Prix pour la nouvelle « Les pyjamas de monsieur Store ». Publication en recueil

–     Concours de nouvelles Les mots d’Où. Auffargis (78) 2013

Deuxième prix pour le nouvelle « Désirs, gourmandise ».

–     Concours de nouvelles Association Jean Lescure. Vénissieux 2013

Deuxième prix pour la nouvelle « Derrière la porte »

Publications de trois nouvelles dans la revue littéraire Le Traversier

Publication pour la nouvelle « Petite foulée » dans l’Agenda 2014 Editions Jacques Flament

Publication pour la nouvelle « Rêves de thé » Editions du Bord du Lot 2014

Publication pour la nouvelle « Moi, Hermès, chat de Sarah » Chalabre 2014

 

 

LE RECUEIL DE NOUVELLES

 LE CAFÉ DE LA GARE

 

 Extrait

 

Alfredo n’est pas trop bien rangé dans sa tête. Il regarde machinalement l’heure à la montre qu’il n’a pas. A vue de nez, il pourrait dire qu’il est 6 heures 10 parce que le café de la gare ouvre à 6 heures pile. Il connaît le patron depuis longtemps, un type réglo qui ne le ferait pas attendre parce que lui, Alfredo, c’est un bon client : tous les matins, le maître de maison il lui sert un petit ballon de rouge au bout du bar avant même qu’il ait eu le temps d’ouvrir la bouche. Et chaque fois, Alfredo se dit « il est fort ce mec, il lit dans les pensées… faut quand même le faire… j’arrive et hop ! mon verre surgit de nulle part et se pose devant moi, rempli à ras bord et sans même en renverser une seule goutte… » ; il dit que ça le requinque de sa nuit passée à la belle étoile mais, ce matin, personne ne l’écoute. Il n’y avait bien que René pour lui prêter une oreille attentive et débattre avec lui de tas de sujets et pas des moindres… !

 

Mikhal KTORZA – L’amour s’en est allé

Mikhal KTORZA – L’amour s’en est allé

Le recueil de nouvelles en livre… ou en e-book

Mikhal KTORZA

 

Littéraire dans l’âme, Mikhal Ktorza a pourtant obtenu un bac scientifique avec mention (mais certainement pas grâce aux mathématiques !). Elle a ensuite poursuivi des études de Lettres modernes à la Sorbonne où elle a découvert des auteurs comme Guy de Maupassant, Miguel de Cervantes, ou encore William Styron. La littérature était sa plus grande passion… jusqu’à ce qu’elle se mette à l’écriture il y a environ dix ans.

Elle a enseigné le français et le français langue étrangère (F.L.E) en France et aux États-Unis. Mais, en vrai touche-à-tout, elle a désormais décidé de s’orienter vers le rédactionnel.

Mikhal aime écrire, aussi bien en français qu’en anglais. Vivre un an aux États-Unis lui a permis de se rendre compte qu’écrire en langue étrangère n’est pas aussi insurmontable que ça en a l’air. Elle écrit donc des nouvelles, mais pas seulement : des articles, des essais, de la poésie… L’un de ses contes est sorti dans une revue québécoise en 2013, et l’une des ses micro-nouvelles a été publiée dans un recueil la même année. Si vous lui demandez quel est son plus grand rêve, elle vous répondra sans hésitation : « Voir l’un de mes romans être publié avec succès ! ».

Mikhal est une jeune femme passionnée qui aime la littérature, l’écriture, la musique et la photographie.

Blog littéraire : http://leschroniquesdemichaela.wordpress.com/

Personnages célèbres auxquels la nouvelle fait référence : Apollinaire, Balzac, Camus (du cimetière de Lourmarin), et Sarah Bernhardt.

 

 L’amour s’en est allé

 

Extrait

« Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Et nos amours

Faut-il qu’il m’en souvienne

La joie venait toujours après la peine.

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont, je demeure… » 

La voix était douce et chantante, mais également d’une tristesse infinie. Elle fut interrompue sèchement par une voix plus grave et très clairement agacée : « Pourriez-vous mettre fin à cette complainte, je vous prie, monsieur Apollinaire ? »

 

La nouvelle

« Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Et nos amours

Faut-il qu’il m’en souvienne

La joie venait toujours après la peine.

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont, je demeure… »

 

La voix était douce et chantante, mais également d’une tristesse infinie. Elle fut interrompue sèchement par une voix plus grave et très clairement agacée : « Pourriez-vous mettre fin à cette complainte, je vous prie, monsieur Apollinaire ? »

Le silence se fit. On put entendre un soupir, puis un autre, et enfin, la réponse du poète, tout droit sortie de la profondeur du caveau : « Je ne fais qu’exprimer ma tristesse, monsieur Balzac, et je le fais de manière noble… en vers et en rimes. Qu’avez-vous contre cela ?

− Ce que j’ai contre cela ? Ce poème, voyez-vous, nous l’entendons jour après jour, et ce depuis des siècles. J’en suis lassé désormais. N’auriez-vous pas d’autres créations un peu moins… mornes ?

− Moins mornes ? Mais la vie est morne, monsieur Balzac, et vous le savez très bien. C’est ainsi que vous la dépeignez d’ailleurs dans vos romans qui infligent au cœur de chacun de vos lecteurs une morosité indélébile … Pauvres d’eux.

− Seriez-vous en train d’insinuer que ma prose est aussi terne et déprimante que votre poésie ? J’ai bien compris vos attaques précédentes contre ma littérature et sachez que je n’apprécie guère vos critiques. D’ailleurs — »

Une voix venue de plus loin (du village provençal de Lourmarin n.d.l.r.), qui n’aimait guère les disputes, interrompit les deux hommes : « Messieurs, messieurs, inutile d’en venir aux mots. Ce combat de coqs ne vous mènera nulle part. Où pourriez-vous aller d’ailleurs ? Vous êtes morts, je vous le rappelle, alors, un peu de décence.

− Vous aussi, vous êtes mort, monsieur Camus, et vous ne devriez aucunement vous immiscer dans ce léger différend qui m’oppose à monsieur Apollinaire.

− Je voulais juste vous éviter un énervement inutile, monsieur Balzac » rétorqua Albert Camus.

« J’approuve, pour ma part, l’intervention de monsieur Camus. Il s’y connait, en littérature, lui. Quel français n’a pas lu au moins une fois L’étranger ? Qui ne connait pas La peste ? J’ai moi-même eu le plaisir d’en prendre connaissance d’ici, aussi bas de bas suis-je. Monsieur Camus, en grand écrivain qu’il est, sera donc à même de juger de la qualité de mes vers ».

Un raclement gêné de voix se fit entendre, puis, un bredouillement tout aussi gêné : « C’est que… je ne me permettrai pas de juger de la prose des uns et des vers des autres. Si vous reposez là, au Père Lachaise, c’est que vous avez tous apporté votre pierre à l’immense édifice de l’art. Chacun l’a fait à sa manière, voilà tout ».

Albert Camus pensait, par ces mots, avoir mis un terme au conflit des deux hommes, mais il se rendit vite compte qu’il n’en était rien. Les ego présents dans ce cimetière étaient bien trop imposants pour en rester là.

« C’est une belle façon de ne pas se mouiller ! C’est bien comme ça qu’on dit, au XXIe siècle, n’est-ce pas ? » ricana Balzac.

Albert Camus, resté calme jusque là, commença à perdre patience : « Je n’ai pas à me mouiller, comme vous dites, parce que je ne suis pas là pour arbitrer vos différends avec le reste des pensionnaires de ce cimetière, monsieur Balzac. J’en aurais pour l’éternité, si c’était le cas.

− Cela ne poserait aucun problème en soi, Camus : vous reposez loin d’ici, à Lourmarin, avec pour seul viatique pour l’éternité les deux romans qui vous ont rendu célèbre » lança brusquement Honoré de Balzac.

 

Les mains dans les mains restons face à face

Tandis que sous le pont de nos bras passe

Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

 

Apollinaire avait profité de la joute verbale entre Balzac et Camus pour poursuivre le chant de son « Pont Mirabeau ».

« Assez ! » cria Balzac d’une voix qui résonna dans tout le cimetière. L’écrivain aurait pu réveiller tous les morts, avec ce cri, mais personne dans ce cimetière n’en avait encore le pouvoir.

« Qu’est-ce qui vous prend, enfin ? » demanda Apollinaire, totalement offusqué. « Vous préférez peut-être entendre la lecture de vos romans, et ainsi endormir pour de bon tous ceux qui cherchent la quiétude de la vie après la mort ? » ajouta le poète.

« Mes romans ne sont pas soporifiques ! Mes romans sont grands ! » s’indigna Balzac.

« Oui, on connait tous vos romans aux descriptions interminables. Il parait que vous étiez payé à la ligne… Ceci explique cela » dit Apollinaire.

« Comment osez-vous ! Mes descriptions sont mémorables ! Je suis le maître de la description. Je peux, sur le champ, vous en gratifier d’une.

− Non merci.

− Je vais quand même le faire. Là voici : “Le cimetière était silencieux. On n’avait jamais entendu un tel silence nulle part ailleurs. Tout semblait s’être arrêté : le temps, le vent, la pluie — ”

« Arrêtez-vous ! J’en ai assez ! Je suis ici pour avoir la paix et au lieu de ça, j’ai droit à des joutes verbales sans intérêt aucun » déclara Camus.

Le bruit du tonnerre se fit entendre et la pluie commença à tomber, petite goutte par petite goutte, puis, à verse. C’est alors qu’une voix féminine, douce et forte à la fois, dit : « Messieurs, messieurs, ça suffit maintenant. Vous voyez ce que vous avez fait ? Vous avez déclenché une grosse fureur par votre vaine discorde. N’y aurait-il pas un moyen que vous mettiez votre ego de côté et que vous reconnaissiez le talent des uns et des autres enterrés à vos côtés ?

− Madame Bernhardt a raison » admit Albert Camus. « Il faut cesser le combat. Je suggère donc que chacun, à tour de rôle, lise à haute voix un texte qui lui tient à cœur. Nous avons l’éternité : le tour de chacun viendra, donc » ajouta-t-il.

« Que de sagesse » dit Sarah Bernhardt d’un ton théâtralement admiratif. « Je suis d’accord avec monsieur Camus. Commençons donc. Monsieur Apollinaire, à vous l’honneur » annonça-t-elle solennellement.

« L’amour s’en va comme cette eau courante

L’amour s’en va

Comme la vie est lente

Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure », déclama Apollinaire de sa voix toujours mélancolique.

« Et c’est reparti… Voilà ce qui arrive quand on laisse les femmes se mêler des querelles des grands hommes », bougonna Balzac.

 

O’Scaryne – E-PISTOLAIRE

O’Scaryne – E-PISTOLAIRE

Le recueil NOUVELLES ÉMOTION en livre et en e-book

O’Scaryne

« On devrait toujours être légèrement improbable »

Oscar Wilde

Cet aphorisme tatoué sur son bras résume la façon de voir la vie d’O’Scaryne dont le pseudonyme est un clin d’œil à son écrivain favori.

Tombée dans les livres quand elle était petite elle rêve très vite d’inventer ses propres histoires.  Elle grandit – pas trop –, déborde d’imagination et s’essaye de loin en loin. Quelques poèmes par-ci, une ou deux nouvelles par-là puis des spectacles musicaux auquel elle participe également sur scène dans le cadre associatif.Passionnée de théâtre, de musique, de chant elle réalise, voilà un an, à l’aube de son quarante-septième automne, qu’il vaut mieux se dire « j’ai essayé de… » plutôt que « j’aurais tant aimé… ». Alors, soutenue par les trois amours de sa vie et de fabuleux amis, elle se jette enfin à l’encre en participant à des concours et appels à textes.

Le travail a porté ses fruits puisque douze mois plus tard, O’Scaryne a le plaisir de voir sa nouvelle « E-pistolaire » retenue pour le recueil des Editions du Désir. Elle y construit un échange de courriels entre deux figures du Père Lachaise qu’elle ne nommera pas ici afin que les lecteurs aient le plaisir de deviner qui ils sont au fil de leurs échanges. Bien sûr elle y évoque Oscar Wilde… et d’autres figures en rapport avec ses passions.

Une autre de ses nouvelles, « L’apocalypse selon Jonas », est publiée simultanément chez Elenya Editions dans le recueil collectif « Super-Héros » : http://elenya-editions.com/boutique/fr/a-paraitre/59-super-heros.html

Procurez-vous le recueil

E-PISTOLAIRE

 

Extrait

Mademoiselle,

Quelle belle idée ont eue les vivants de créer pour nous un espace sur « la toile » à travers lequel nous pouvons désormais correspondre !

Je souhaite que, comme moi, vous ayez trouvé le moyen d’accéder à votre boite aux lettres « virtuelle » dans laquelle j’ose déposer ce message pour vous ouvrir mon cœur… troublé.

Car je vous admire, Mademoiselle. Depuis longtemps… Maintes fois, j’ai entendu, marchant seul dans le silence de la nuit, votre voix chanter ce que fut votre vie. Chaque fois j’ai été tenté de vous approcher afin de sentir le souffle de vos mots, de frôler votre esprit, de vous dire, simplement : bravo !

Mais vous m’impressionnez Mademoiselle…

Je n’espère rien d’autre qu’une réponse à ce message que je ne signerai pas. J’aime à penser que vous chercherez à qui appartient l’étrange adresse codée qui apparaît en première ligne.

Surement suis-je bien prétentieux d’imaginer que vous vous donnerez cette peine pour la pauvre âme perdue de que je suis…

Manon Le Gallo –  L’Infatigable

Manon Le Gallo – L’Infatigable

Le recueil de nouvelles en livre… ou en e-book

Manon Le Gallo

 

Née en 1993, j’ai passé l’essentiel de ma courte vie dans un charmant petit coin de Dordogne, avant de tourner mes pas vers Toulouse en 2010 pour y étudier puis y travailler dans le monde merveilleux de l’édition. Je passe donc ma vie dans les livres, qu’il s’agisse de plancher sur ceux des autres ou d’en noircir moi-même les pages (… ou bien d’en empiler sur mes étagères bien plus que je n’ai le temps d’en lire, il faut bien le dire).

Avec une grande prédilection pour les univers de l’imaginaire, d’abord pour l’heroic fantasy et le fantastique puis plus tard pour la science-fiction, j’ai eu la chance de voir publier mes premiers livres à l’adolescence. Aujourd’hui, j’ai quelques romans et toute une série de nouvelles dans mes tiroirs, quelques premiers prix de concours à mon actif, et en particulier un titre de lauréate du prix Clara, prix littéraire caritatif pour les moins de 18 ans lancé par et publié chez les éditions Héloïse d’Ormesson.

J’ignore encore où me porteront mon imagination, ma carrière ou mon amour étrange et éclectique pour les pouvoirs surnaturels, les dragons, l’Islande, les Vikings et leurs haches, les récits mythologiques, les mers déchaînées de Turner et les overdoses de fromage fondu, mais je sais en tout cas que la route sera pavée de livres – que j’y aie œuvré en coulisses ou aie passé mes nuits blanches à les écrire…

 

Bibliographie

Éditions du Manuscrit :

Éditions Héloïse d’Ormesson :

Nouvelles d’ados – Prix Clara 2011, 2011 (recueil collectif d’un prix littéraire jeunesse)

Sencho édition – Collection « Guentra »

Raconte-moi ta liberté, 2012 (recueil collectif)

Deux textes publiés également dans les catalogues 2009 et 2011 « Des mots pour voir » suite au concours du site Texteimage.

Ma nouvelle est dédiée à l’immensément prolifique Gustave Doré, artiste aux mille talents.

L’Infatigable

 

Extrait

 

Cent, puis mille, puis mille autres encore.

Tout m’a brûlé les doigts, les mots à dompter et les mélodies à déposer sur les lignes, les mythes et les plus glorieuses pages publiées, dont il me fallait exorciser les protagonistes qui s’agitaient furieusement sous mon crâne ; l’innocence, la colère et la folie. Noircir les pages, façonner le bronze, délivrer les scènes vibrantes qui se faisaient le filigrane de mon quotidien. Les toiles, mes vieilles amies, reposaient fidèlement dans mon atelier en attendant mon retour – en attendant que Dante, Hugo, Cervantès, Byron et tous les autres daignent me libérer. La foule imposante des illustres illustrés… Ce sont eux qui pèsent à mes épaules, s’accoudent à ma table ; leurs silhouettes muettes se terrent parfois dans le creux des gravures. Et sans leur génie la moitié de mon inspiration se serait tarie d’ennui.

Souvent pourtant, je rêvais de pouvoir m’affranchir de leur lourd héritage – oublier le métier pour rejoindre la passion, délaisser bois et pointes de métal pour le réconfort des pinceaux. M’offrir à la liberté de ma propre création. Combien de tableaux pavent aujourd’hui mon histoire, et qu’en a-t-on retenu en ce siècle ? C’est à l’illustrateur bien plus qu’au peintre que le passant en mal de grands noms vient aujourd’hui rendre visite.

Mais qu’importe. Ce qui m’ennuie le plus, dans la mort, est ailleurs : l’immobilité, voilà bien le plus grand de mes maux.

 

 

 

 

 

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